‹ Poésies diversesChapitre 31 sur 47 · TESTAMENT DE SCARRON · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE SCARRON

Il n'est plus temps de rimailler On m'a dit qu'il faut détaller :

Moi qui suis dans un cul-de-jatte, Qui ne remue ni pied ni patte, Et qui n'ai jamais fait un pas, Il faut aller jusqu'au trépas.

Je ferai pourtant ce voyage, Ce me semble, d'un bon courage, Car la rigueur de mon tourment Adoucit fort mon monument :

Je ne crains les eaux du co?ite Pourvu que la goutte me quitte, Et que je trouve du repos.

Mais quand je vois cette Atropos, Et que mon mal est sans remède, Je la trouve encore bien plus laide Et bien plus affreuse que moi.

Dieux ! que c'est une dure loi ! Je n'y trouve rien de burlesque, Rien de plaisant, rien de grotesque Si ce n'était qu'assurément Je passerais pour un Normand,

Je me dédirais bien encore A voir la mort, qui tout dévore :

Je resterais dans mon grabat, Sans manchette, ni sans rabat, A composer quelques sornettes, Tant cette vie a d'amourettes.

Mais un médecin très- méchant M'a dit en son funeste chant, Comme oiseau de mauvais augure, Qu'il fallait payer à nature Le tribut, vendredi prochain ; Ainsi j'ai signé de ma main Mon testament en ce langage Que je vous ai laissé pour gage

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