I. — LE POÈTE ET L'HOMME
__ La vie de Charles d'Orléans est bien connue grâce à d’innombrables pièces comptables et diplomatiques dont le grand intérêt est de montrer le caractère autobiographique de la PARPÈrUS dés poésies que nous éditons aujourd’hui.
Charles d'Orléans naquit à Paris, le 24 novembre 1394, dans l’hôtel royal de Saint-Pol. C'était le quatrième fils que Valentine, duchesse de Milan, donnait à Louis, duc d'Orléans, frère du roi Charles VI, qui fut parrain de l’enfant. Celui-ci grandit, au milieu d’un luxe raffiné, dans la maison de France. Il suivit sa mère, femme “douce et lettrée, quand elle fut éloignée de la cour, et il eut pour maître Nicole Garbet, bachelier en théologie et bon latiniste, qui : lui enseigna le latin et l’écriture. L'enfant se montrait bien doué, « langaigier » : vers l’âge de dix ans, il était capable de mettre en rimes la morale qu’il tenait de son maître. On le fiance, en 1406, avec la jeune veuve du roi d’Angleterre, Richard II.
Charles était auprès de sa mère, à Château-Thierry, quand il apprit l’assassinat de son père par les sicaires de Jean-sans-Peur, le 23 novembre 1407; il fut plus étonné que triste. A treize ans, Charles reçoit comme conseiller et chambellan messire Sauvage de Villiers, doit s'exercer aux armes, faire défendre ses terres, tandis que sa mère Valentine, inconsolable de la mort de son volage mari, accourait à Paris pour soutenir sa querelle et poursuivre une action judiciaire contre l’assassin. Elle mourut à Blois, le 4 décembre 1408, de son chagrin.
Émancipé par lettres du roi, le 10 décembre, dans sa quatorzième année, Charles d'Orléans épouse Isabelle, sa fiancée ; il met la ville de
IV CHARLES D'ORLÉANS
Blois en état de défense, puis se laisse réconcilier, à Chartres, avec le duc de Bourgogne. Isabelle devient grosse et meurt.
Ce que le jeune prince n’eût pas su faire, le connétable Bernard d'Armagnac, un homme rude et bataïilleur, le réalise à sa place. Une alliance est signée entre les maisons d'Orléans et d’Armagnac et Charles épouse Bonne, fille de Bernard(1410). Le jeune duc d'Orléans marche à la tête des dures bandes méridionales qui montent vers Paris(les Armagnacs). Jean-sans-Peur soulève les bouchers de Paris, enrôle les Anglais d’Arundel et ses propres partisans (Écorcheurs). Charles recrute également des Anglais. Une révolution éclate à Paris (1413). Un mouvement de réaction y ramène le roi et les princes. Charles d'Orléans quitte ses vêtements de deuil, obtient la condamnation de l'apologie de l’assassinat de son père ; il poursuit le meurtrier jusque dans Soissons (1414).
Ce fut une année heureuse pour le jeune prince. On peut croire qu'il composa en cé temps là quelques poésies, car sur la manche d’une robe tissée d’argent il avait fait broder ces vers d’une chanson : Madame, je suis plus joyeulx.
Ce n’est pas sans danger qu’on appelle à son aide l'étranger, si juste que soit une cause. Instruit de nos divisions, le roi d'Angleterre Henry V prépara la conquête de notre pays. La grosse armée royale subit une sanglante défaite à Azincourt où Charles d'Orléans retrouvé parmi les morts, est fait prisonnier Gs octobre 1415). C'était un bon gage pour les vainqueurs.
Charles d'Orléans suivit le roi dans son triomphe à Londres, où il séjourna d’abord, puis à Windsor, fréquentant les autres princes prisonniers. En 1417, il était transféré à Pontefract, dans une solitude rigoureuse, où il vécut avec un seul serviteur, sous la garde de Robert Waterton : les vainqueurs le tenaient pour un homme intrigant et dangereux. Sa situation était comme désespérée. Les Anglais occupaient alors une partie de ses domaines; Charles demeurait léger d’argent : il en réclamait à ses amis de France dans de nonibreuses missives, assurant qu'il ne l’emploierait pas en « folies ». En 1422, on le retrouve à Fotheringay, puis à Bolingbroke. Son sort l’adoucit vers 1424, époque où il vécut à ses frais chez ceux qui sollicitèrent sa garde et exerçaient l’industrie d’exploiter les prison-