LE POÈTE ET L'HOMME V
niers. Charles donnait l’ordre de vendre ses biens et jusqu’à ses livres. Il séjourna chez John Cornwal, seigneur de Fanhope, à Londres, à Amphtill.
En 1432, le comte de Suffolk sollicita sa garde à Wingfeld. C'était un homme cultivé et bon, poëte à ses heures, et tout à fait capable de comprendre son prisonnier. La situation de Charles d'Orléans changea donc beaucoup. Les Anglais subissaient d’ailleurs des revers en France. Le gouvernement anglais cherchait à se servir du prisonnier pour négocier. C’est ainsi qu’il fut conduit à Douvres en
1433, prêt à passer en France. Charles, qui ignorait tout des choses de notre pays, se croyait l’arbitre indispensable de la paix, tandis qu'il n'était qu'un pion poussé tantôt par le conseil d'Angleterre, tantôt par le duc de Bourgogne. Il était exaspéré. Toute paix lui semblait bonne, même celle qui eût assuré le trône de France au roi d’Angleterre. Charles promettait tout ce qu'on lui demandait. Il se sentait vieux, alourdi, plein d’ennui et de mélancolie, souhaitait de mourir. Il s’était « anglicisé », parlait l'anglais ;. et il semble qu’il ait fait la cour à une dame anglaise qui pourrait bien être la femme de Suffolk, Alice Chaucer ; il connaissait parfaitement la politique et les institutions d'Angleterre. Il lisait de graves traités de théologie, transcrivait des oraisons. Et parfois aussi, il s’amusait au jeu de ses pensées, écrivait des vers, de fraiches chansons, des ballades et des complaintes, surtout en l’honneur d’une dame qu'il nomme « Beauté ». Elle mourut avant le mois de novembre 1437; ce fut une date solennelle dans la vie sentimentale de Charies.
Entre l’année du traité d'Arras (1435) et l’année 1441 qui amena sa délivrance, Charles d'Orléans vécut soutenu par l'idée d’une liberté prochaine que l’amitié du duc de Bourgogne devait lui procurer. Isabelle, l'épouse du duc Philippe, s’intéressait fort à lui. En 1439, il débarquait à Calais et il priait pour la paix, de toute son âme : mais bientôt il repassait la mer. L’année suivante, malgré la campagne ardente que fit Gloucester, Charles d'Orléans était mis en liberté contre une forte rançon. C'était pour devenir, en quelque sorte, le prisonnier de la maison de Bourgogne, car il avait épousé Marie de Clèves, nièce du duc Philippe, une très jeune femme, coquette et lettrée, parée des légendes du Rhin. Charles reçoit l’ordre