‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 119 sur 160 · BALLADES, CXXIII · texte numérisé non relu

BALLADES, CXXIII

In factura tua, si diz :

Noble enfant, de bonne heure né, À toute doulceur destiné, Manna du ciel, celeste don,

De tout bien fait le guerdonneé, Et de noz maulx le vray pardon !

de que j'ay leu en ung dit :

Inimicum putes,y a, Qui te presentem laudabii, Toutesfois, non obstant cela, Oncques vray homme ne cela En son courage aucun grant bien,

Qui ne le monstrast ça et la : [p.

On doit dire du bien le bien.

Saint Jehan Baptiste ainsy le fist, Quant l’aisnel de Dieu descela ; En ce faisant pas ne mesfist, Dont sa voix es tourbes vola, De quoy saint Andry Dieu loua, Qui de lui cy ne sçavoit rien, Et au filz de Dieu s’aloua :

On doit dire du bien le bien.

Envoiee de Jhesucrist, Rappeller sa jus par deça Les povres que Rigueur proscript, Et que Fortune betourna ; Cv sçay bien comment y m'en va :

De Dieu, de vous, vie je lien.

Benoist c Ile qui vous porta ! On doit dire du bien le bien.

CHARLES D'ORLÉANS

C y, devant Dieu, fais congnoissance

Que creature feusse morte,

Ne feut vostre doulce naissance,

En charité puissant et forte

Qui ressuscite et reconforte

Ce que mort avoit prins pour sien ; Vostre presence me conforte,

On doit dire du bien le bien.

Cy vous rans toute obeyssance ; Ad ce faire Raison m'exorte, De toute ma povre puissance ; Plus n’est deul qui me desconforte, N’aultre ennuy de quelconque sorte.

Vostre je suis et non plus mien ; Ad ce droit et devoir m'enhorte :

On doit dire du bien le bien.

O grace et pitié tresimmense,

. L’entré de paix et la porte,

Some et benivne clemence,

Qui noz faultes toust et supporte, Cy de vous louer me deporte, Ingrat suis, et je le maintien, Dont en ce refrain me transporte :

On doit dire du bien le bien.

Princesse, ce loz je vous porte, Que sans vous je ne feusse rien ; A vous el a vous m'en rapporte, On doit dire du bien le bien.

Euvre de Dieu, digne louee Autant que nulle crealure, De tous biens et r'ertus douee Tant d’esperis que de nalure,

Cp. 157]

BALLADES, CXXIII*, 73 — CXXINP, 2 191

Que de ceulx qu’on dit d'aventure 105 Plus que rubis noble ou balais, | Selon de Caton l'escripture :

Patrem insequitur proles. [p. 158]

Port asseuré, maintien rassiz

lus que ne peut nature humaine, 110 Et eussiez des ans trente six ; | Enfance en rien ne vous demaine Que jour ne le die et sepmaine, Je ne scay qui le me deffant. | Ad ce propoz ung dit ramaine : 115 De saige mere saige enfant.

Dont resume ce que j’ay dit :

Nova progenies celo, Car c'est du poete le dit, | Jamjam demittitur alto. 120 Saige Cassandre, bel Echo, | Digne Judich, caste Lucresse Je vous congnois, noble Dido, | A ma seule dame et maïstresse.

En priant Dieu, digne pucelle, 125 Qui vous doint longue et bonne vie.

Qui vous ayme, ma demoiselle, Ja ne coure sur lui envie.

Entiere dame et assouvie, J'espoir de vous servir aincoys, 130 Certes, se Dieu plaisi que devie Vostre povré escolier Françoys.

CXXIIP

e meurs de soif auprés de la fontaine ; [p. r60| Suffisance ay, et si suis convoiteux ;

CHARLES D'ORLÉANS

Une heure m'est plus d’une quarantaine ; Droit et parfait, je chemine boiteux ; Trespacient, plus que nul despiteux ;

Je retiens tout, et ce que j'ai depars ;

A moy cruel et aux aultres piteux,

Le neutre suis, et si tiens les deulx pars.

E n doubte suis de chouse trescertaine ; Infortuné, je me repute eureux ; Vraye conclus une chouse incertaine ; Rien je ne fois, et suis avantureux ; Flebe me tiens, quant me sens vigoreux ; Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars ; Doulx et begnin, de semblant rivoreux, Le neutre suis, et si tiens les deulx pars.

uant dueil me prant, grant joye me demaine ; Par grant plaisir, je deviens langoreux ; Indigent suis, possident grant demaine ; Qui n'a nul gcust, je le tiens savoureux ; Qui m'est amer, de luy suis amoureux ; Ygnorant suis, et si sçay les sept ars ; En grant seurté, fort craintif et paoureux, Le neutre suis, et si tiens les deulx pars.

Qui me loue, il n'est injurieux ; Je ne bouge, quant d'ung lieu je me pars ;

Par bien ouvrer, en vain laborieux, Le neutre suis, et si tiens les deulx pars.

CXXIITE

Tant plus mengue, et tant plus je me affame ;

J' meurs de soif auprés de la fontaine ; [p. 161]

Pouvre d'argent ou ma bourse en est plaine,

BALLADES, CXXIIHP, 3 — CXXIIId, 3 193

Marié suis et si n'ay point de fame ;

Qui me honnore, grandement me diffame ; S Quant je vois droit, lors est que me devoye ;

Pour loz et pris, j'é tiltre de difame ;

Grief desplaisir n'est excessive joye.

Quant l'en me toult, richement on me estraine ; Dix mile onces ne me sont que une drame ; 10 Sec et brahaing, je porte fleur et graine ; En reposant, sur mer tire a la rame " Actainé suis en tous lieux ou n’a ame ; Acompaigné, je n'ay qui me convoye ; Toute entiere est la chose que je entame ; 1; Grief desplaisir m'est excessive joye.

En aspirant, je retiens mon alaine ; Quant eur me vient, maleureux je me clame ; Fort et puissant, flexible comme laine ; Transsi d’amours sans avoir nulle dame É 20 Homme parfait, privé de corps et d'ame ; Paisible suis, et ung chascun guerroye ; Mes ennemis plus que tous autres ame :

Grief desplaisir m'est excessive joye.

Mauvaise odeur m'est Plus fleurant que basme : 2; Pasmé de dueil, angoïsseux me resjoye ; En eaue plungié, je brule tout en flame :

Grief desplaisir m'est excessive joie.

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