BALLADES, CXXII, 4 — CXXIII
Lez ung brasier, frissonne tout ardent ; Nu comme ung ver, vestu en president ; Je riz en pleurs, et atlens sans espoir ; Confort reprens en triste desespoir ;
Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun ; Puissant je suis, sans force et sans povoir ; Bien recueully, debouté de chascun. | 10
LEA
Rien ne m'est seur que la chose incertaine ; Obscur, fors ce qui est tout evident ;
Doubte ne fais, fors en chose certaine ; Science tiens a soudain accident ;
Je gaigne tout, et demeure perdent ; hr Au point du jour diz : Dieu vous doint bon soir ;
Gisant en vers, j'ai grant paeur de cheoir ;
J'ay bien de quoy, et sin’en ay pas ung ;
Echoicte actens, et d'omme ne suis hoir ;
Bien recueully, deboulé de chascun. 20
De riens n’ay soing, si mectz toute m'atayne D'acquerir biens, et n'y suis pretendent ; Qui mieulx me dit, c’est cil qui plus m'actaine, Et qui plus vray, lors plus me va bourdent ; Mon ami est qui me faictentendent 2$ D'ung cigne blanc que c’est ung corbeau noir ; | Et qui me nuyst, croy qui m’ayde a pourvoir ; Bourde, verité, au jour d'uy n'est tout ung ; Je reliens tout, rien ne sçuy concepvoir ; Bien recueully, debouté de chascun. | 30
Prince clement, or vous plaise sçavoir [p. 164] Que j'entens moult, et n’ay sens ne sçavoir ; Parcial suis, a toutes loys commun ; Que fais je plus ? quoy ? les gaiges ravoir ; Bien recueullx, debouté de chascun. 35
CHARLES D'ORLÉANS
CXXIIIf
arfont conseil, eximium, P En ce saint livre exortatur, Que l’omme, in matrimonium, Folement non abutatur ; Raison ? le sens hebetatur De omni viro, quel qui soit :
Fol non credit tant qui reçoit.
Et constat, par ceste leccon, Pour conserver vim et robur, Prestat ne faire mot ne son, Souffrir et escouter murmur, Sicunjunx clamat ad ce mur ;
Fingat que pas ne le conçoit :
Fol non credit tant qui reçoit.
Fortior multo que Sanson En cest assault convincitur ; Contra de Venus l’escusson Le plus fort bourdon plicatur Sed quisquis pas ne le conçoil ?
Fol non credit tant qui reçoit.
Prince tressaige, legitur Quod astucior si deçoit, Le mieulx nagent y mergitur:
Fol non credit tant qui reçoit.
CXXIIISg
e meurs de soif auprés de la fontaine ; J'ai tresgrant fain, el si ne puis mengier ;
Montbeton
BALLADES, CXXIIIf, I — CXXIII" I 2 2
Je suis au bas en la maïson haultaine,
Et en chartre en ung tresbeau vergier,
En grant peril, et hors de tout dangier ; : 4 Les biens que j'ay me font poure indigent ;
En beau logis ne me sçay ou logier ; |
Je gaigne assez, et si n’ay point d'argent.
Je fais grant deul, tristesse m’est loingtaine ; Dormir ne puis et ne fay que songier ; 10 Je suis tout sain et ay fevre quartaine ;
Tout esdenté, mon frain me fault rongier ;
Verité dy, et si suis menssongier ;
Je suy reniluz, hanté de toute gent ;
Congneu de tous et a tous estrangier ; 15 Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.
Grant doubte fay de chose bien certaine ; Incertain suy, et sien veul jugier ; :
Ou champ estroit je jouste a la quintaine; Non -offencé, je me cuide vengier; | 20 Ung pesant faiz me semble treslegier ; Je suy paillart et contrefay du gent ; Par trop couart, hardy comme ung Ovier ; Je gaigne assez, el si n’ay point d'argent.
Prince, je suy siche, pour abregier, 25 Prodigue aussi, nonchallant, diligent, | | Assez subtil, plus simple que bercier, .
Je gaigne assez, et si n’ay point d'argent !
CXXIIR
] e meurs de soif auprés de la fontaine ; [p. 166]
Je treuve doulx ce qui doit estre amer ; J'aime et liens chier tous ceulx qui me font hayne,
198 CHARLES D'ORLÉANS
Je bé tous ceulx que fort je deusse amer ; Je loue ceulx que je deusse blamer :
Je prens en gré plus le mal que le bien;
Je vois querant ce qu’a trouver je doubte ; Croire ne puis cela que je sçay bien ;
Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.
Robertet Je prens plaisir en ce qui m'est atayne ; 10 Ung peu de chose m'est grant comme la mer ; Je tiens de prés celle qui m'est loingtaine ; Je garde entier ce que deusse entamer ; Saoul suis de ce qui me fait affamer ; Jay largement de tout, et si n’ay rien; 1j J'oublie ce que plus a cuer je boute ; Ce qui me lasche, me tient en son lien ; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.
Je liens pour basse chose qui est haultaine ; Je fuy tous ceulx que deusse reclamer, 20 Je croy plus tart le vray que une fredaine ; Tant plus suis froit, plus me sens enflamer ; Quant j'ay bon cuer, lors je prens a pasmer; - - Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien ; Je prise peu ce qui bien chier me couste ; 2ÿ Sote maniere m'est plus que beau maintien, Je me tiens seur de ce dont plus j’ay doubte.
Prince, j'ay tout, et sine sçay combien ; : [p. 167] J’atire a moy ce qui plus me deboute ; Ce que j'esloigne m'est plus pres qu'autre rien ; 30
Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.
CXXIIH
] e meurs de soif auprés de la fontaine ; … [p. 168]
Verbe normal, sans conjugacion,
BALLADES, CXKUIP, 4 — CXXIIII, 3
Congruité de incongruité plaine ;
Declinable, sans declinacion ;
Apfroprié par appellacion ;
Determiné, sans quelque terminance ;
Ou brief ou long, sans variacion,
C’est plus fort fait que ouvrer par nigromance.
Mat ét vaincu, je frape la quintaine ; Sans violence, je fois invasion ; Affirmatif d'une chouse incertaine ; Sillogisant sans proposicion ; Meuf figure ou n’a conclusion ; Emptimeme sans quelque consequence ; Convertible ou n’a conversion ; C’est plus fort fait que ouvrer par nigromance.
‘ame repos, et desire la paine ; Corruptible en generacion ; Le vray au faulx je reduis et ramaine ; De maxime je fois opinion ; Diffinient je fois descripcion, Et laccident je mue en suslance ; Aveugle suis en clere vision ; Cest plus fort fait que ouvrer par nigromance.
I ncomplexif, avant complexion ; Irregulier, je suis de l'observance ; Je suis actif, designant passion ; C’est plus fort fait que ouvrer par nigromance.
CXXITI;
maistre Berthault de Villebresme [b.
e meurs de soif auprés de la fontaine, Tout affaméen mengier sumptueux :
Comblé de dueil, en leesse haultaine :
CHARLES D'ORLÉANS
Sec et brahaing en pays fructueux ;
Loing de vertuz, entre les vertueux ; $ Entre joieux, plainctif et souspirant ; è
En lieu de bien, de mal affectueux ;
Et va mon fait tousjours en empirant.
Entre tous biens je suis de mal quintaine ; <langoré, entre les vigoreux ; 10 Entre esbanays, de regreiz cappitaïne ; Amertumé, entre les doulcereux ; Tremblant de froit en manoir chalereux ; En grand santé, tousjours mal endurant ; Entre courtois, despit et rivoreux ; 15 Et va mon fait [tousjours en empirant.]
Forvoyé suis par hanter voye cerlaine, Et avouyé, en lieu avantureux ; Ma nacion m'est region loinglaine ; En lieu tresseur, je suis fort paoreux, 20 Espris d'amour, sans estre amourenx ; La lerme a l'ueil, je me voiz deduisant ; Tout me desplaist, sans estre dangereux ; Etva mon [fait tousjours en empirant.]
Prince, cesser fay le mal qui m'attaine, 25 Ou autrement je m'en iruy mourant, Car je suis prés d'avoir fievre quarlaine, Et va mon fait [tousjours en empirant !]
CXXIIK de M. J. Cailluu. [p. 170]
| e meurs de soif auprés de la fontaine ;
Tramblant de froit ou feu des amoureux ; Je suis tout sein en langueur et en paine;