‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 155 sur 160 · TOS · texte numérisé non relu

TOS

CHARLES D'ORLÉANS

Que, se vous y faictes devoir

Et voulez a mon fait entendre Tellement que je puisse avoir

Celle qui tant me pluist a voir, Vostre a tousjours je m’iray rendre.

Or n'oubliez pas, Monseigneur, Vostre treshumble serviteur ; Mais escoutez mes dolans plains Desquieulx je vous fais la clameur Et vueillez, par vostre doulceur, Que par vous 117 soient estains, Car croiez qu'il? ne sont pas fains, Ains pires avant plus que mains.

Puis me donnez, de vostre grace, Je vous en pry a jointes mains, Tel responce qui, soirs et mains, Tout mon vivant joyeux me face.

IVa

REDET, j'ay receu vostre lectre, Dont vous mercie chierement, Ou dedens avez voulu mectre Vostre fait bien entierement ; Fier vous povez seurement' En moy, tout, non pas a demi, Au besoing congnoist on l’ami.

S'amour tient vostre cuer en serre,

Ne vous esbahissez en rien ;

Il n’est nulle si forte guerre Qu au derrain ne s’appaise bien ; Amour le fait, comme je tien,

Autre lectre en complainte faisant responce audit Fredet.

d'onde = de vus

PS

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Pour esprouver mieulx vostre vueil 145 Grant joye vient aprés grant dueil.

Se vous dictes : Las! je ne puis Une telle doleur porter ; Je vous respons : « Beau sire, et puis. 150 Vous en voulez vous depporter Ou au Dieu d’Amours rapporter ?

L'un des deux fault, se m’aist Dieux, voire : « Puisqu’il est trait, il le fault boire. »

Cuidez vous, par dueil et courrouz, Ainsi gangner vostre vouloir ? 15$ Nennyl, ce ne sont que coups rouz Qu’Amours met tout en nonchaloir.

De riens ne vous peuent valoir, Et se les couchez en despence ; Trop remaint de ce que fol pense. 160

Voulez vous rompre vostre teste Contre le mur ? ce n’est pas sens.

Il fault denser, qui est en feste ; Certes, autre raison n y sens ; Et pour cela, je me consens 165 Que souffrez qu'Amours vous demaine :

Grant bien ne vient jamais sans paine.

Mais de voz doleurs raconter

Faictes bien, ainsi qu’il me semble,

Et les assommer et compter Ip. 181 Devant Amours ; car il ressemble

A l’ostellier qui met ensemble, Charles d'Orléans 18

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274 CHARLES D ORLÉANS

Et tout dedens son papier couche :

Pour parler est faicte la bouche.

De pieça je fuz en ce point, 175 Encores pis, loing d’allegence ; Toutesfoiz ne vouluz je point De moy mesmes faire vengence ; Mais chauldement, par diligence, Pourchassay et plaiday mon fait: 180 Peu gangne celuy qui se tait.

Et pour ce que la lectre dit Qu’Amours veult que vers moy tirez, De moy ne serez escondit, S’aucune chose desirez 185 À vostre bien, quant l’escriprez; Paine mettray, d'entente franche, Que l’ayez de croq ou de hanche.

Combatez, d’estoc et de taille, Vostre dure merencolie, 190 Et reprenez, commant qu’il aille, Espoir, confort et chiere lie.

De ne vous oublier me lie, Autant en ce que puis et doy, Que se me teniez par le doy. 195

Or retournons a mon propos Et ne parlons plus de cecy.

Vray est que je suis en repos D’Amours, mais non pas de Soussÿ ; Et pour ce, je vous vueil aussy ‘p.182,

De me conseillier travaillier, L’amy doit pour l'autre veiller.

Soussy maintient que c’est raison Qu'il ait sur tous vers moy puissance ; Nonchaloir dit qu’en ma maison 205 Vault mieulx qu’il ait la SONNErnAnEs Car il ramenera Plaisance Que Soussy a banye a tort.

Sans reveiller le chat qui dort.

Soussy respond qu’estre ne peut, 210 Tant qu’on est ou monde vivant, | | Car Fortune par tout s’esmeut Et est a chascun estrivant,

En tous lieux va mal escrivant, Et toutes choses met en doubte ; 215 Elle à beaux yeulx et ne voyt goute.

Si ne sçay que je doye faire, Ne lequel d’eulx me laissera ; Car veu que tousjours j’ay affaire, Soussy jamais ne cessera, 220 Mais mon plaisir rabessera En quelque place que je voyse ; Bien est aise qui est sans noyse.

Quant en Nonchaloir je m’esbas Et Desplaisir vueil debouter, 225 Jamais ne sçay parler si bas Que Soussy ne viengne escouter.

Las ! je le doy tant redoubter,

CHARLES D'ORLÉANS

Car a tort souvent me ravalle ; Mais sans mascher fault que l'avalle. [p. 183]

Je ne sçay remede quelconques, Quant ay mis ces choses en poys, Pour tous deux contenter adoncques, Fors les faire servir par moys; Mandez moy sur ce quelque foys, 235 Fredet, bon conseil, par vostre ame, Foy que devez a vostre Dame.

IVPb Responce de Fredet au duc d'Orleans.

onseigneur, j'ay de vous receu [p.183] | \ | Et aussi de mot a mot leu Une lectre qu’il vous a pleu 240

Moy rescripre, touchant mon fait,

‘Par laquelle j'ay apperceu

Le bon vouloir qu'’avez eu

Vers moy tousjours, qui n'est pas peu,

Dont tout mon dueil avez deffait. 24; Et oultre plus, comme j'ay veu,

Avez voulu que j'aye sceu,

De quoy il ne m'a point despleu,

Ce qui tant vous griefve ou refait.

Sur quoy, de vous obeir meu, | 250 Non pas ainsi comme il est deu,

Mais du tout au mieulx que j'ay peu,

Mon conseil tel quel vous ait fait :

Vous plaignez de la rigueur Et aigreur, [p.184] Que vous fuit, par sa fureur Et chaleur,

COMPLAINTES, IV*, 229 — IVP, 291 277

Cellui que nommez Soucy, Qui sans cause et sans couleur Et langueur, 260 Par son ennuyeux labeur Et muleur, Vous tourmente sans mercy ; - Dont par force de douleur Vostre cueur 265 Est noyé par grant longueur, Tout en pleur, Et souvent devient transy.

Puis racontez, Monseigneur, Quel doulceur | 270 Nonchaloir, par son bon eur Et valeur, Se offre vous faire aussi.

De Soussy vous vueil escripre :

C'est ung tresmerveilleux sire, | as Et fault dire Que cellui n’a pas courage D'omme saige, Qui veult qu'avec lui demeure, Car il ne sert que de nuyre, 280 Et ne pense, ne desire Quwa destruire, Et fait a chascun dommaige Et oultraige.

Ne lui chault qui vive ou meure, [p. 16;] Et fust il seigneur d’empire, Ou qui que soit, tout fait frire Et martire ; Tant qu’il est en son servaige, Avantige 290 N'a nul, je le vous asseure.

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CHARLES D'ORLÉANS

Mille maulx, tous d’une tire, Ne lui peuent trop suffire ; Il n’est pire, Tant fait de tourmenter rage, Et enraive Qu’a son gré tout ne demeure.

Soussy tolt d’estre joyeux,

Et fait merencolieux

Par tous lieux Et bien souvent furieux Tous ceulx ou il a puissance; Par lui les biens gracieux Deviennent mal gracteux ; Jennes, vieulx,

Tout fait trouver ennuyeux

À qui plaist son acointance,

Puis, par sa grande savance, IT avance Autour d’eulx Desesperance Qui, par ses diz ennuyeux Et ses fais malicieux Et crueux, Les met en ceste creance 7 Que jamais ilz n'auront mieulx. [p.186] Lors sont a tel despluisance Que plus seroit leur plaisance, Sans doubtance, Brief mourir qu’estre mais tieulx.

Se les maulx compter vouloye, Et la puissance en avoye, De Soussy vous feroit bien !

Mais a quoy l’entreprendroye ?

Car certes je ne sauroye

D'un an vous dire combien. 325 Et pour ce, a tant je m'en tien.

Et maintenant je revien,'

Pour faire vostre vouloir,

À parler, se j'en sçay rien,

Du grant aise, du hault bien, 330 Lequel donne Nonchaloir. |

ui a Nonchaloir s'adresse, El tout, pour estre sien, lesse Et delesse, En leesse, 335 Sans que jamais mal le blesse, Pourra sa vie passer.

Dueil, Soussy, Couroux, Aspresse, Et tous ceulx de leur promesse, Soit Tristesse 340 Ou Destresse Ou Rudesse, | Qui de mains grever ne cesse, Tous les fait avant passer.

Contre lui n’ont hardiesse ; [p. 187] 345 IT les vaint par sa sagesse | Et abesse Leur duresse, Leur haullesse.

Nul ose lui faire presse, 350 N'encontre lui s’amasser, Car il maine Joye en lesse, Qui le deffent d’eulx sans cesse Par prouesse.

Or donc qu’esse ? 355 Est il ou monde richesse | Qui sceust ung tel bien passer ?

CHARLES D'ORLÉANS

De lui vient Plaisante Vie

Qui desvie

Dueil, Soucy, de toute place ;

De repos Aise assouvie, Sans envie

De bien qu'a autruy se face,

Les autres bonnes efface Et defface.

Tout est en Joye ravye,

Tout fait a joyeuse face, Dont la grace

De vous a bien desservye.

Nonchaloir, de sa nature, Lui soit Fortune ou non dure ; L'un et l’autre tout endure,

Et prent en gré l’avanture,

Car il ne tient d’'ame conte.

Joye, dueil, paix ou murmure, Gangner, perdre sans mesure, Soit a tort, ou par droiture, Tout lui est ung, je v'ous jure.

Ne lui chault s’il besse ou monte, Ou se maindre le surmonte ;

. D'un chascun a son gré compte ;

De quanque Ilui vient n’a honte, Soit bien ou mal, rien n’en compte.

À tout faire s'avanture ;

Autant lui est roy que conte,

La cause est, comme il raconte, Car a nulluv ne rent compte.

Et pour ce, la fin de conte, Tousjours sa vie en paix dure.

Pour quoy servir je vous conseille De nostre muistre Nonchaloir ;

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Et bannissez, vueille ou non vueille, Soucy, sans plus vous en chaloir ; De lui mieulx ne povez valoir, Mais soit hors de vostre memoire :

Qui demande conseil doit croire.

Je vous supply qu'il vous suffise, Et aussi il ne vous desplaise,

D'une question qu'ay cy mise,

D'un mien amy tres en malaise.

Dont, Monseigneur (mais qu’il vous plaise), Vostre conseil avoir m'en fault :

L'adviz de deux mieulx que d’un vault.

Celui que diz est si espris D'une tant belle, bonne dame, Qu'il ne pourroit estre [relpris Tellement si tresfort il ame; - Maïs espoir n’a point, sur son ame, D'avoir jamais d'elle secours ; Pas n'est en paix qui sert Amours.

Oue autre dame, se lui semble, Qui n’a point de meilleur vivant, Par le bien qu’en elle s'assemble,

Le vouldroit bien pour son servant ; Non pourtant il mourroit avant Que son cueur se peust sien clamer :

Par force l'en ne peut amer.

FE! pour ce, maintenant demande Qui lui sera mains chose forte, Celle amer qu Amours lui commande, Ou toute s'esperance est morte, Ou l'autre, combien qu’il rapporte

Cp. 189

CHARLES D'ORLÉANS

Qu’amer ne la peut ne desire ?

De deulx maulx on prent le mains pire.

4 cez la de mon amy le cas, 425 Auquel fauldroye bien envis ; Mais conseiller ne le puis pas, Sans en avoir de vous l'adviz.

Fait en soit a vostre devis, Monseigneur, car c’est bien raison. 430 Et a tant fine ma raison. |

’AUTRIER en ung lieu me trouvay, [p.306] Triste, pensif et doloreux, Tout mon fait, bien au long, comptay Au hault Prince des amoureux, Lequel m'a esté rigoreyx $ Ou temps que mon cueur le servoit ; Et, ainsy qu’il me respondoit, Souvenir, qui fut au plus prés, Ses ditz et les miens escripvoit En la maniere cy aprés : 10

L'AMANT. — Helas! Amours, de vous me plains ;

Mais les griefs maulx le me font faire,

Dont mon cueur et moy sommes plains,

Car trop estes de dur afaire.

Sun peu me feussiez debonnaire, 1j Espoir, que j'ay du tout perdu,

Si me seroit tantost rendu ;

Mais pas n'avez tel vostre vueil

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