LES ÉDITIONS XXVII
homme de goût, et d'esprit curieux, qui avait découvert à la Bibliothèque du roi le beau manuscrit fr. 1104 parmi la collection de Colbert. Il jugea qu’on en « pouvoit tirer de grandes lumières pour l’histoire de la langue française et du progrès que la poésie avoit fait, même avant que Villon fût né ». Pour mettre quelque ordre dans les remarques que ce manuscrit lui avait suggérées, l’abbé les rangea sous trois articles différents : 1° celles qui concernent la nature et le mérite des ouvrages de Charles d'Orléans, 2° celles qui ont rapport aux circonstances de sa vie; 3° celles qui regardent les auteurs français que le commerce de ce prince a honorés. L'abbé Sallier a surtout compris ce qu’il y avait de précieux dans l’art de notre poète : « Les sujets qu’il manie sont moins considérables par ce qu’ils ont de grand, que par ce qu’ils ont d’agréable et d’amusant. Ce sont des sujets de pure galanterie, ils ne demandent qu’une imagination douce et tranquille ; la plus simple fiction et la plus facile suffit, pourvu qu’elle se présente d’elle-même... mais avec cette même simplicité, les idées sont nobles, inspirées par le sentiment, réglées par la bienséance, exprimées avec autant de naïveté que d’élégance... » Si Boileau avait connu ses productions, il n’est pas douteux qu’il eût reconnu Charles d'Orléans, plutôt que Villon, pour l’un des fondateurs du Parnasse français. On trouve chez lui « avec la liberté françoise et une heureuse facilité pour exprimer ce qu’il pense et ce qu'il sent, toute la décence et la retenue que la noblesse d’une haute origine, et que des mœurs douces et formées par une éducation convenable, pouvoient imprimer dans le discours. On sent déjà dans la langue cette délicatesse qui fait que le moindre sens grossier l’offense. »
En somme de très courtes citations, un jugement assez fin, voilà ce que nous trouvons chez l’abbé Sallier, ce que nous rencontrerons encore chez l’abbé Goujet, dans sa Bibliothèque françoise :.
En 1778, le t. I des Annales poëtiques ou Almanach des Muses de Barthélémy Imbert, imprimées par Delalain, donne 2$ pièces de Charles d'Orléans avec une préface inspirée de l’abbé Sallier 2.