‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 3 sur 160 · VI LE POÈTE ET L'HOMME · texte numérisé non relu

VI LE POÈTE ET L'HOMME

de la Toison d’or, gagne ses états, suspect aux yeux du roi de France, Charles VII. |

Le bon Charles d'Orléans vécut surtout à Blois, qui fut son séjour de prédilection, mais sans savoir d’abord goûter le repos qui l’enchantera plus tard. Il prend à cœur son rôle d’allié des Bourgui- -gnons et cherche à tenir aux Anglais la promesse qu’il leur avait faite d'amener la paix entre les deux royaumes. Tantôt on le trouve en Bretagne, tantôt en Flandre ou en Bourgogne, intriguant même contre le roi de France qui finit par l’acheter, car il ne le prenait pas trop au sérieux. En 1447, il descend en Italie pour conquérir l’héritage maternel, la ville d’Asti, mais sans aucun succès. Trahi dans ses espérances, il n’aspira plus désormais qu’à goûter le repos dans « ses pays », avec des amis de son choix, Bourguignons, Italiens, des domestiques qui étaient des familiers, et à qui il imposait ses goûts poétiques. C'est donc vers la soixantaine qu’il se prit à vivre, comme cela lui était déjà arrivé en Angleterre, d’une vie intérieure. Charles sourit de ses propres aventures, de tant de travaux demeurés sans profits ; il converse avec son cœur, voyage en des contrées imaginaires, forgeant mille allégories, écrivant des rondeaux surtout : il jouissait d’une véritable réputation d’ami de la poésie, « se délectant aux faits d’autrui ». Ainsi il se console, passe le temps, accueillant dans sa maïson tous les poëtes ses contemporains. Alors François Villon le nommera le « doulx seigneur ». Ce fut le règne de « Nonchaloir ».

Les poésies de Charles d'Orléans nous retracent en quelque sorte sa vie de chaque jour dans cette période. Un vieil homme nous apparaît, précieux et charmant ; nous tournons en sa compagnie les pages d’un de ces calendriers enluminés des beaux livres d’Heures où se voient les travaux des saisons et des jours, les occupations des divers âges de la vie. Il semble que nous observions vivre le duc d’Orléans avec des amis qui partagent toutes ses manies.

Charles sortit une fois de sa retraite, au mois d’octobre 1458, pour plaider devant la chambre des Pairs, à Vendôme, la cause de son gendre, le duc d'Alençon, qui venait de trahir son roi et son pays. Il le fit avec beaucoup d’éloquence et de cœur, en présence du roi Charles VIT, évoquant les vicissitudes de sa propre vie ;

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