LANGUE DES POÈMES XXXV
Rondeaux. — Nous sommes excusables de ne pas faire une étude de cette forme dont le mécanisme gracieux et facile a en quelque sorte séduit la nonchalance de Charles d'Orléans sur son âge mûr et sa vieillesse. On trouvera les détails qui manquent ici dans l'introduction de M. G. Raynaud, Rondeuux et autres poésies du XVe siècle, p. XLIV-LIV '. La forme des rondeaux et des bergerettes est en quelque sorte infinie. Le rondeau dont a surtout usé Charles d'Orléans n’a plus rien à voir avec l’archaïque rondeau d’Eustache Deschamps. Notre poète usera surtout du rondeau double de 3 Strophes de 4, 4 et 5 vers : aRbba/abaaR/abbaaR.
Langue. — Les nombreuses pièces transcrites par le duc d'Orléans, les lettres autographes que nous possédons, permettent quelques remarques intéressantes sur la langue de notre auteur. Elle est celle du centre de la France, de l’Orléanais, qui gardera pendant tout le Xvie siècle une sorte de primauté, tandis que le langage parisien et, d’une façon générale, la langue littéraire du xve siècle demeuraient sous l'influence du picard.
1. Voir aussi H. Chatelain, Recherches sur le vers français au 1V* siècle (Bibliothèque du XV° siècle, IV).
u temps passé, quant Nature me fist
En ce monde venir, elle me mist Premierement tout en la gouvernance D'une Dame qu’on appelloit Enfance, En lui faisant estroit commandement De me nourrir et garder tendrement, Sans point souffrir Soing ou Merencolie Aucunement me tenir compaignie ; Dont elle fist loyaument son devoir :
Remercier l'en doy, pour dire voir.
En cest estat, par un temps me nourry ; Et aprés ce, quant je fu enforcy, Ung messagier, qui Aage s’appella, Une lettre de creance bailla À Enfance, de par Dame Nature, Et si lui dist que plus la nourriture De moy n'auroit et que Dame Jennesse Me nourriroit et seroit ma maistresse, Ainsi du tout Enfance delaissay
Et avecques Jennesse m'en alaiy.
Charles d'Orléans
p. ri
CHARLES D'ORLÉANS
Quant Jennesse me tint en sa maison, Un peu avant'la nouvelle saison, En ma chambre s’en vint un bien matin Et m'esvélla, le jour saint Valentin, En me disant : « Tu dors trop longuement,
Esveille toy et aprestes briefment,
Car je te vueil avecques moy mener
“+ ‘Vers un seigneur dont te fault acointer,
Lequel me tient sa servante treschiere :
[1 nous fera, sans faillir, bonne chiere. »
Je respondy : « Maistresse gracieuse, De lyé cueur et voulenté joyeuse Vostre vouloir suy content d’acomplir.
Mais humblement je vous vueil requerir Qu'il vous plaise le nom de moy nommer De ce seigneur dont je vous oy parler.
Car s’ainsi est que sienne vous tenés, Sien estre vueil, se le me commandés, Et en tous fais vous savez que desire Vous ensuîir, sans en riens contredire.
— Puis qu'ainsi est, dist elle, mon enfant,
Que de savoir son nom desirez tant, Sachiez de vray que c’est le Dieu d’Amours Que j'ay servy et serviray tousjours,
Car de pieça suy de sa retenue,
Et de ses gens et de lui bien congneue.
Oncques ne vis maison, jour de ta vie,
De plaisans gens si larcement remplie ;
Je te feray avoir d’eulx accointance,
La trouverons de tous biens habondance. »
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Du Dieu d’Amours quant parler je l’oy, ° Aucunement me trouvay esbahy ; Pour ce lui dis : « Maistresse, je vous prie Pour le present que je n'y voise mie, Car j'ay oy a plusieurs raconter s$ Les maulx qu’Amour leur a fait endurer.
En son dangier bouter ne m’oseroye, Car ses tourmens endurer ne pourroye :
Trop jenne suyÿ pour porter si grant fais, Il vault trop mieulx que je me tiengne en pais. 60
— Fy, dist elle, par Dieu tu ne vaulx riens ! [p.3] Tu ne congnois l’onneur et les grans biens Que peus avoir, si tu es amoureux.
Tu as oy parler les maleureux, Non pas amans qui congnoissent qu'est joye ; 65 Car raconter au long ne te sauroye Les biens qu'Amours scet aux siens departir.
Essaye les, puis tu pourras choisir Se tu les veulx ou avoir ou laissier :
Contre vouloir nul n’est contraint d’amer. » 70
Bien me revint son gracieux langage Et tost muay mon propos et courage, Quant j’entendy que nul ne contraindroit Mon cueur d’amer, fors ainsy qu'il vouldroit ; Si lui ay dit : « Se vous me promettés, 75 Ma Maistresse, que point n'obligerés Mon cueur ne moy contre nostre plaisir, Pour ceste fois je vous vueil obéir Et a present vous suivray ceste voye ; Je prie a Dieu qu’a honneur m'y convoyel » 80
CHARLES D ORLÉEANS
— Ne te doubtes, se dist elle, deamoy.
Je te prometz et jure, par ma foy, Par moy ton cueur ja forcé ne sera, Mais garde soy qui garder se pourra ; Car je pense que ja n'aura povoir De se garder, mais changera vouloir Quant Plaisance lui monstrera a l’ueil Gente Beaulté plaine de doulx acueil, Jeune, sachant, et de maniere lve Et de tous biens à droit souhait garnie. »
Sans plus parler, sailli hors de mon lit, Quant promis m’eut ce que devant est dit ; Et m'aprestay le plus joliement Que peu faire. par son commandement.
Car jennes gens qui desirent honneur, Quant veoir vont aucun roval seigneur, Ilz se doivent mettre de leur puissance En bon array, car cela les avance Et si les fait estre prisiez des gens,
Quant on les voit netz, gracieux et gens.
T'antost aprés tous deux nous en alasmes Et si longtemps ensemble cheminasmes Que venismes au plus pres d’un manoir Trop bel assis et plaisant a veoir.
Lors Jennesse me dist : « Cy est la place Ou Amour tient sa court et se soulace.
Que t'en semble, n’est elle pas tresbelle ? » Je respondy : « Oncque mais ne vi telle. »
Ainsi parlant approchasmes la porte,
Qui a veoir fut tresplaisant et forte.
Lors Jennesse si hucha le portier, Et lui a dit : « J’ay cy un estrangier Avecques moy ; entrer nous fault leans :
On l'appelle Charles, duc d’Orlians. »
Sans nul delay le portier nous ouvry, Dedens nous mist et puis nous respondv :
« Tous deux estes cyens les bien venus ; Aler m'en vueil, s’il vous plaist, vers Venus Et Cupido : si leur raconteray Qu'estes venuz et ceans mis vous ay. »
Ce portier fut appellé Compaignie Qui nous receu de maniere si lye.
De nous party, a Amour s’en ala ; Briefment aprés devers nous retourna Et amena Bel Acueil et Plaisance, Qui de l’ostel avoient l'ordonnance.
Lors, quant de nous approuchier je les vy, Couleur changay et de cueur tressailly.
Jeunesse dist : « De riens ne t'esbahys ; Soies courtois et en faiz et en dis. »
Jennesse tost se tira devers eulx, Aprés elle m’en alay tout honteux, Car jennes gens perdent tost contenance Quant en lieu sont ou n’ont point d’acointance Si lui ont dit : « Bien soyez vous venue. »
Puis par la main l'ont liement tenue.
Elle leur dit : « De cueur vous en mercy ; J'ay amené ceans cest enfant cy, Pour lui moustrer le tresroyal estat Du Dieu d’Amours et son joyeux esbat. »
CHARLES D'ORLÉANS
Vers moy vindrent me prenant par la main,
Et me dirent : « Nostre Roÿ souverain,
Le Dieu d'Amours, vous prie que venés
Par devers lui, et bien venu serés. »
Je respondy humblement : « Je mercie Amour et vous de vostre courtoisie ; De bon vouloir iray par devers luy, Pour ce je suy venu cy au jour d’uy, Car Jennesse m'a dit que le verray
En. son estat et gracieux array. »
Bel Acueil print Jennesse par le bras, Et Plaisance si ne m'oublia pas, Mais me pria qu'avec elle venisse Et tout le jour pres d’elle me tenisse.
Si alasmes en ce point jusqu’au lieu La ou estoit des amoureux le Dieu.
Entour de lui son peuple s’esbatoit, Dançant, chantant, et maint esbat faisoit.
Tous a genoulz nous meismes humblement,
Et Jennesse parla premierement
Disant : « Treshault et noble puissant Prince,
A qui subgiet est chascune province
Et que je doy servir et honnorer
De mon povair, je vous vien presenter Ce jenne filz qui en moy a fiance,
Qui est sailly de la maison de France, Creu ou jardin semé de fleur de lis, Combien que j'ay loyaument lui promis Qu'en riens qui soit je ne le lyeray, Mais a son gré son cueur gouverneray. »
Amour respond : « Il est le bien venu; Ou temps passé j'ay son pere congneu, Plusieurs autres aussi de son lignage Ont maintes foiz esté en mon servage, Par quoy tenu suy plus de lui bien faire, 175 S'il veult aprés son lignage retraire.
— Vien ça, dist il, mon filz, que penses tu?
Fus tu oncques de ma darde feru ?
Je croy que non, car ainsi le me semble ; Vien pres de moy, si parlerons ensemble. » 180
De cueur tremblant pres de luim’aprochay, [p.7] Si lui ay dit : « Sire, quant j acordav À Jennesse de venir devers vous, Elle me dist que vous estiez sur tous Si trescourtois que chacun desiroit IN De vous hanter, qui bien vous congnoissoit ; Je vous suply que je vous treuve tel.
Estrangier suy venu en vostre hostel, Honte seroit a vostre grant noblesse Se fait m’estoit ceans mal ou rudesse ! 190
— Par moy contraint, dist Amour, ne seras, Mais de ceans jamais ne partiras Que ne soies es las amoureux pris Je m'en fais fort, se bien l’ay entrepris.
Souvent mercy me vendras demander 195 Et humblement ton fait recommander ; Mais lors sera ma grace de toy loing ; Car, a bon droit, te fauldray au besoing.
Et si feray vers toy le dangereux, Comme tu fais d’estre vray amoureux. 200
CHARLES D'ORLÉANS
« Venez avant, dist il, Plaisant Beauté, Je vous requier que, sur la loyauté Que me devez, le venez assaillir ; Ne le laissiez reposer ne dormir
Ne nuit, ne jour, s’il ne me fait hommage.
Aprivoisiez ce compaignon sauvage.
Ou temps passé vous conqueistes Sampson Le fort, aussi le sage Sal[e]mon :
Se cest enfant surmonter ne savez,
Vostre renon du tout perdu avez. »
Beauté lors vint, decoste moy s’assist ; Un peu se teut, puis doulcement m’a dit :
« Amy, certes, je me donne mervueille Que tu ne veulx pas que l’en te conseille ; Au fort saches que tu ne peuz choisir :
Il te couvient a Amour obeir. »
Mes yeulx prindrent fort a la regarder, Plus longuement ne les en peu garder.
Quant Beauté vit que je la regardoye,
Tost par mes yeulx un dard au cueur m’envoye.
Quant dedens fu, mon cueur vint esveillier,
Et tellement le print a catoillier
Que je senti que trop rioit de joye.
I me despleut qu’en ce point le sentoÿe.
Si commençay mes yeulx fort a tenser, Et envoyay vers mon cueur un penser, En lui priant qu'il giectast hors ce dard.
Helas ! helas! g’y envoiay trop tard :
Car quant Penser arriva vers mon cueur, Il le trouva ja pasmé de doulceur.
Quand je le sceu, je dis par desconfort :
« Je hé ma vie et desire ma mort, Je hé mes yeulx, car par eux suy deceu, Je hé mon cueur qu’ay nicement perdu, Je hé ce dard qui ainsi mon cueur blesse. 235 Venez avant, partués moy, Destresse, Car mieulx me vault tout a un cop morir Que longuement en desaise languir !
Je congnois bien, mon cueur est pris es las Du Dieu d’Amours, par vous, Beauté, helas ! » 240
Adonc je cheu aux piez d’Amours malade, [p.9| Et semblay mort, tant euz la coleur fade.
Il m'apperceu ; si commença a rire, Disant : « Enfant, tu as besoing d’un mire !
Il semble bien par ta face palie 24 Que tu seuffres tresdure maladie; Je cuidoye que tu fusses si fort Qu'il ne fust riens qui te peust faire tort ; Et maintenant, ainsi soudainement, Tu es vaincu par Beauté seulement ! 250
WA
« Ou est ton cueur pour le present alé ?
Ton grant orgueil est bientost ravalé :
Il m'est advis tu deusses avoir honte Si de legier quant Beauté te surmonte Et a mes piez t'a abatu a terre. 255 Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre ; Ou a elle il vault mieulx de toy rendre, Se tu ne scez autrement te deffendre :
Car de deux maulx, puis qué tu peuz eslire, C’est le meillieur que preiynes le moins pire.» 260
CHARLES D'ORLÉANS
Ainsi de moy fort Amour se mocquoit; Mais non pourtant de ce ne me challoit, Car de doleur je estoie si enclos Que je ne tins compte de tous ses mos.
Quant Jennesse vit que point ne parloye, 26 Car tout advis et sens perdu avoye,
Pour moy parla et au Dieu d'Amours dist :
« Sire, vueilliez qu'il ait aucun respit. »
Amour respont : « Jamais respit n'aura Jusques a tant que rendu se sera ! »
Beauté mist lors en son giron ma teste [p. ro] Et si m’a dit : « De main mise t’arreste, :
Rens toy a moy, et tu feras que sage,
Et a Amours va faire ton hommage. »
Je respondy : « Ma Dame, je le vueil, 275 Je me soubzmetz du tout a vostre vueil ;
Au Dieu d’Amours et a vous je me rens.
Mon povre cueur a mort feru je sens,
Vueilliez avoir pitié de ma tristesse,
Jeune, gente, nompareille Princesse! » 280
Quant je me fu ainsi rendu a elle :
« Je maintendray, dist elle, ta querelle Envers Amour, et tant pourchasseray Qu'en sa grace recevoir te feray. »
À brief parler, et sans faire long compte, 28; Au Dieu d’Amours mon fait au vray raconte.
Et lui a dit : « Sire, je l’ay conquis, Il s’est a vous et a moy tout soubzmis :
Vueilliez avoir de sa doleur mercy, Puis que vostre se tient, et mien aussi. 290
« S'il a meffait vers vous, il s’en repent, Et se soubzmet en vostre jugement.
Puis qu’il se veult a vous abandonner, Legierement lui devez pardonner ; Chascun seigneur qui est plain de noblesse Doit departir mercy a grant largesse.
De vous servir sera plus obligié, Se franchement son mal est allegié ; Et si mettra paine de desservir Voz grans biensfais par loyaument servir. »
Amours respont : « Beauté, si sagement Avez parlé et raisonnablement Que pardonner lui vueil la malvueillance Qu’ay eu vers lui; car par oultrecuidance Me courroussa quant, comme foul et nice, Il refusa d’entrer en mon service.
Faictes de lui ainsi que vous vouldrés, Content me tiens de ce que vous ferés ; Tout le soubzmetz a vostre voulenté, Sauve, sans plus, ma souveraineté. »
Beauté respond : « Sire. c’est bien raison Par dessus tous et sans comparaison,
[p. zr]
Que pour seigneur et souverain vous tiengne,
Et ligement vostre subgiet deviengne.
Premierement devant vous jurera
Que loyaument de cueur vous servira, Sans espargnier, soit de jours ou de nuis, Paine, soussy, dueil, courroux ou ennuis; Et souffrera, sans point se repentir,
Les maulx qu’amans ont souvent a souffrir.
CHARLES D'ORLÉANS
« Îl jurera aussi secondement Qu'en ung seul lieu amera fermement, Sans point querir ou desirer le change ; .
Car, sans faillir;, ce seroit trop estrange
Que bien servir peust un cueur en mains lieux, 325 Combien qu’aucuns cueurs ne demandent mieulx
Que de servir du tout a la volée,
Et qu’ilz ayent d’amer la renommée ; Mais au derrain ilz s’en treuvent punis Par Loyauté dont ilz sont ennemis.
« En oultre plus promettra tiercement Que voz conseulx tendra secrettement, Et gardera de mal parler sa bouche.
Noble Prince, ce point cy fort vous touche;
Car mains amans, par leurs nices paroles, Par sotz regars et contenances follés,
Ont fait parler souvent les mesdisans,
Par quoy grevez ont esté voz servans,
Et ont receu souventesfoiz grant perte, Contre raison et sans nulle desserte.
es
« Avecques ce, il vous fera serment Que s’il reçoit aucun avancement En vous servant, qu'il n'en fera ventance.
Cestui meffait dessert trop grant vengeance : Car quant dames veulent avoir pitié De leurs servans, leur moustrant amitié, Et de bon cueur aucun reconfort donnent, En ce faisant leurs honneurs abandonnent Soubz fiance de trouver leurs amans
Secrez, ainsi qu’en font les convenans.
« Ces quatre poins qu’ay cy devant nommez
De tous amans doivent estre gardez, Qui a honneur et avancement tirent Et leurs amours a fin mener desirent.
Six autres pointz aussi accordera,
Mais par serement point ne les promettra,
Car nul amant estre contraint ne doit De les garder, se son prouffit n’y voit; Mais se faire veult, aprés bon conseil,
A les garder doit mettre son traveil.
« Le premier est qu’il se tiengne-jolis, :
Car les dames le tiennent a grant pris.
Le second est que trescourtoisement
Soy maintendra et gracieusement.
Le tiers point est que, selon sa puissance, Querra honneur et poursuivra vaillance.
Le quatriesme qu’il soit plain de largesse,
Car c’est chose qui avance noblesse, Le cinquiesme qu’il suivra compaignie Amant honneur et fuiant villenie.
« Le siziesme point et le derrenier Est qu’il sera diligent escolier, En aprenant tous les gracieux tours, À son povair, qui servent en amours :
C’est assavoir a chanter et dansser, Faire chançons et balades rimer, Et tous autres joyeux esbatemens.
Ce sont ycy les dix commandemens Vray Dieu d’Amours, que je feray jurer A cest enfant, s’il vous plaist lapeller. »
CHARLES D'ORLÈEANS
Lors m’appella, et me fist les mains mettre Sur ung livre, en me faisant promettre Que feroye loyaument mon devoir Des poins d’amours garder, a mon povair; Ce que je fis de bon vueil, lÿement. 385$
Adonc Amour a fait commandement
A Bonne Foy, d’Amours chief secretaire,
De ma Lettre de retenue faire. |
Quant faicte fut, Loyaulté la seella
Du seel d’Amours et la me delivra. 390
Ainsi Amour me mist en son servage, [p.14] Mais pour seurté retint mon cueur en gage ; Pour quoy lui dis que vivre ne pourroye En cest estat, s’un autre cueur n’avoye.
I] respondit : « Espoir, mon medicin, 395 Te gardera de mort, soir et matin, | Jusques a tant qu’auras en lieu du tien Le cueur d'une qui te tendra pour sien.
Gardes tousjours ce que t’ay commandé, Et je t’auray pour bien recommandé. » 400