‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 44 sur 160 · BALLADES, VII, 19 — IX · texte numérisé non relu

BALLADES, VII, 19 — IX

Moy mesmes ne m'en puis lasser : ES Ainsi je laisse le dormir.

Se mes yeulx demandent respit Par Sommeil qui les vient grever, Il les tense par grant despit, Et si ne les peut surmonter : 20 Il ne cesse de soupirer À part soy ; j'ay lors, sans mentir, Grant paine de le rapaiser :

Ainsi je laisse le dormir.

Amour, je ne puis gouverner 25 Mon cueur ; car tant vous veult servir Qu'il ne scet jour ne nuit cesser :

Ainsi je laisse le dormir.

RESCHE beauté, tresriche, de jeunesse, [p. 25| Riant regard, trait amoureusement, Plaisant parler, gouverné par sagesse, :

Port femenin en corps bien fait et gent, Haultain maintien, demené doulcement, s Acueil humble, plain de maniere lye, Sans nul dangier, bonne chiere faisant, Et de chascun pris et los emportant ; De ces grans biens est ma Dame garnie.

T'ant bien lui siet a la noble Princesse 10 Chanter, dancer et tout esbatement, Qu'on la nomme de ce faire maistresse.

CHARLES D'ORLÉANS

‘Elle fait tout si gracieusement,

Que nul n’y scet trouver amendement ; L’éscolle peut teuir de courtoisie : 1S

En la voyant aprent qui est sachant,

Et en ses fais qui va garde prenant :

De ces grans biens est ma Dame garnie.

Bonté, Honneur, avecques Gentillesse Tiennent son cueur en léur gouvernement, 20 Et Loyaulté nuit et jour.ne la laisse.

Nature mist tout son entendement À la fourmer et faire proprement.

De point en point, c’est la mieulx acomplie

. Qui au jourduy soit ou monde vivant, 25.

Je ne dy riens que tous ne vont disant :

De. ces grans biens est ma Dame garnie.

Elle semble, mieulx que femme, deesse :

Si croy que Dieu l’envoya seulement En ce monde pour moustrer la larvesse 30 De ces haultz dons, qu'il a entierement [p.26] En elle mis abandonneement.

Elle n’a per : plus ne sçay que je dye; Pour foul me tiens de l’aler devisant, Car moy ne nul n’est a ce souffisant ; | 35 De ces grans biens est ma Dame garnie.

S'il est aucun qui soit prins de tristesse Voise veoir son doulx maintenement, Je me fais fort que le mal qui le blesse Le laissera pour lors soudainnement, 40 Et en oubly sera mis plainement: + C’est Paradis que de sa compaignie,

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