BALLADES, XX, I — XXI
- Que sans mort en ce point manoir Ce n’est que miracle d’'Amours.
OUÉ soit cellui qui trouva Premier l1 maniere d’escrire ;
En ce, grant confort ordonna Pour amans qui sont en martire ; Car quant ne peuent aler dire A leurs dames leur grief tourment, Ce leur est moult d’alegement Quant par escript peuent mander Les maulx qu’ilz portent humblement Pour bien et loyaument amer.
Quant un amoureux escrira Soa dueil, qui trop le tient de rire, Au plus tost qu'envoyé l’aura À celle qui est son seul mire,
S’il lui plaist a la lectre lire,
Elle peut veoir clerement
Son doloreux gouvernement ;
Et lors Pitié lui scet moustrer Qu'il dessert bon guerdonnement, Pour bien et loyaument amer.
Par mon cueur je congnois pieça Ce mestier, car quant il souspire, Jamais rapaisié ne sera Tant qu’il ait envoyé de tire Vers la belle que tant desire.
Cp. 39]
CHARLES D'ORLÉANS
Et puis, s’il peut aucunement Oîr nouvelles seulement
De sa doulce beauté sans per, Il oublie Pennuy qu’il sent Pour bien et loyaument amer.
Ma dame, Dieu doint que briefment Vous puisse de bouche compter Ce que j'ay souffert longuementt Pour bien et loyaument amer !
ELLE, combien que de mon fait, BP Je croy qu'avez peu souvenance, Toutesfois se savoir vous plait Mon estat et mon ordonnance, Sachiés que, loingtain de Plaisance,
Je suis de tous maulx bien garny, Autant que nul qui soit en France, Dieu scet en quel mauvais party.
Helas ! or n’ay je riens forfait Dont porter je doye penance, Car tousjours je me suis retrait Vers Leauté et Esperance, Pour acquerir leur bien vueillance ; Mais au besoing ilz m'ont failly Et m'ont laissié, sans recouvrance, Dieu scet en quel mauvais party.
IS