BALLADES, XXXIV, $ — XXXVI
Le me vendy, de sa bonté.
Ou quel voy tousjours la beauté De celle que l’en doit nommer, Par droit, la plus belle de France.
Grant bien me fait à m’y mirer, En attendant Bonne Esperance.
Je n’ay chose qui tant m’agree,
Ne dont tiengne si grant chierté, Car, en ma dure destinee, Maintesfoiz m’a reconforté ;
Ne mon cueur n’a jamais santé, Fors quant il y peut regarder Des yeulx de Joyeuse Plaisance ; Il s’y esbat pour temps passer, En attendant Bonne Esperance.
Advis m'est, chascune journee Que m’y mire, qu’en verité Toute doleur si m’est ostee ; Pour ce, de bonne voulenté,
Par le conseil de Leauté, Mettre le vueil et enfermer
Ou coffre de ma souvenance, Pour plus seurement le garder, En attendant Bonne Esperance.
E ne vous puis ne sçay amer,
Ma Dame, tant que je vouldroye;
Car escript m'avez pour m'oster
CHARLES D'ORLÉANS
Enauy qui trop fort me guerroye :
« Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx,
Je vous pry que soyez joyeux
En esperant que brief vous voye. »
Je sens ces motz mon cueur percer Si doulcement que ne sauroye Le confort, au vray, vous mander Que vostre message m’envoye.
Car vous dictes que querez voye De venir vers moy; se m’aid Dieux, Demander ne vouldroye mieulx, En esperant que brief vous voye !
Et quant il vous plaist souhaidier D’estre emprés moy, ou que je soye, Par Dieu, nompareille sans per,
C’est trop fait, se dire l’osoye.
Se suy ge, qui plus le devroye Souhaïidier de cueur tressoingneux; C’est ce dont tant suis desireux, En esperant que brief vous voye.
’AUTR'IER alay mon cueur veoir, [p. 57]
Pour savoir comment se portoit ; Si trouvay avec lui Espoir Qui doulcement le confortoit Et ces parolles lui disoit :