BALLADES, LIV, 23 — LV
Content suis de passer destresse En vous servant joyeusement, Ma Dame, ma seule maistresse.
elas ! helas ! qui a laissié entrer
Devers mon cueur Doloreuse Nouvelle ?
Conté lui a plainement, sans celer, Que sa Dame, la tresplaisant et belle, Qu'il a long temps tresloyaument servie, Est a present en griefve maladie ; s Dont il est cheu en desespoir si fort Qu'il souhaide piteusement la mort Et dit qu’il est ennuyé de sa vie.
Je suis alé pour le reconforter, En lui priant qu’il n’ait nul soussy d’elle, Car, se Dieu plaist, il orra brief conter Que ce n’est pas maladie mortelle, Et que sera prochainement guerve.
Mais ne lui chault de chose que lui dye, Ainçois en pleurs a tousjours son ressort Par Tristesse, qui asprement le mort, Et dit qu’il est ennuyé de sa vie.
Quant je lui dy qu’il ne se doit doubter, Car Fortune n’est pas si trescruelle, Qu'elle voulsist hors de ce monde oster Celle qui est des princesses l’estoille, Qui partout luist des biens dont est garnie ;
CHARLES D’ORLÉANS
Il me respond qu’il est foul qui se fie En Fortune, qui a fait a maint tort.
Ainsi ne voult recevoir reconfort
Et dit qu’il est ennuyé de sa vie.
Dieu tout puissant, par vostre courtoisie, Guerissez la, ou mon cueur vous supplie Que vous souffrez que la mort son effort Face sur lui, car il en est d’accort Et dit qu’il est ennuyé de sa vie!
ITOST que l’autre jour j’ouy Que ma souveraine sans per
Estoit guerie, Dieu mercy, Je m'en alayÿ sans point tarder Vers mon cueur pour le lui conter ; Mais certes tant le desiroit, Qu’a paine croire le povoit, Pour la grant amour qu’a en elle, Et souvent a par soy disoit :
Saint Gabriel, bonne nouvelle !
Je lui dis : « Mon cueur, je vous pry, Ne vueilliez croire ne penser Que moy, qui vous suy vray amy, Vous vueille mensonges trouver, Pour en vain vous reconforter.
Car trop mieulx taire me vaudroit Que le dire, se vray n’estoit ; Mais la verité si est telle :
ce