‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 76 sur 160 · BALLADES, LXII, 24 — LXIV · texte numérisé non relu

BALLADES, LXII, 24 — LXIV

— Helas! dis je, souverainne Princesse, Mon fait savés, pourquoy le vous diroye ?

C’est par la Mort qui fait a tous rudesse, Qui m’a tollu celle que tant amoye, 20 En qui estoit tout l’espoir que j'avoye, Qui me guidoit, si bien m'acompaigna En son vivant, que point ne me trouvove L'omme esgaré qui ne scet ou il va.

« Aveugle suy, ne sçay ou aler doye ; 25 De mon baston, aflin que ne forvoye,

Je vois tastant mon chemin ça et la;

C’est grant pitié qu’il couvient que je soye

L’omme esgaré qui ne scet ou il va! »

] ’Ay esté de la compaignie [p. gr]

Des amoureux moult longuement, Et m'a Amour, dont le mercie, Donné de ses biens largement ; Mais au derrain, ne sçay comment, s Mon fait est venu au contraire ; Et, a parler ouvertement, Tout est rompu, c’est a refaire.

Certes, je ne cuidoye mie Qu’en amer eust tel changement ; 10 Car chascun dit que c’est la vie Ou il a plus d’esbatement ; Helas ! j’ay trouvé autrement ;

CHARLES D'ORLÉANS

Car, quant en l’amoureux repaire Cuidoye vivre seurement, 15 Tout est rompu, c'est a reftaire.

Au fort, en Amour je m'affye Qui m'aidera aucunement, Pour l’amour de sa seigneurie Que j'ay servie loyaument ; 20 N’oncques ne fis, par mon serement, Chose qui lui doye desplaire, Et, non pourtant, estrangement Tout est rompu, c’est a refaire.

Amour, ordonnez tellement 25 Que j'aye cause de me taire, Sans plus dire de cueur dolent :

Tout est rompu, c’est a reffaire.

LAISANT Beauté mon cueur nasvra, (p. 92]

Ja pieça, si tresdurement Qu'en la fievre d’Amours entra, Qui l’a tenu moult asprement ; Mais, de nouvel, presentement, Un bon medecin qu’on appelle Nonchaloir, que tiens pour amy, M'a guery, la sienne mercy, Se la playe ne renouvelle.

LEA

Quant mon cueur tout sain se trouva, 10 11 l’en mercia grandement

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