BALLADES, LXVIII, 4 — LXIX
AY fait l'obseque de ma Dame Dedens le moustier amoureux,
Et le service pour son ame À chanté Penser Doloreux ; Mains sierges de Soupirs Piteux Ont esté en son luminaire ; Aussi j’ay fait la tombe faire De Regrez, tous de lermes pains :
Et tout entour, moult richement, Est escript : Cy gist vrayement Le tresor de tous biens mondains.
Dessus elle gist une lame Faicte d’or et de saffirs bleux, Car saffir est nommé la jame De Loyauté, et l’or eureux.
Bien lui appartiennent ces deux ; Car Eur et Loyauté pourtraire Voulu, en la tresdebonnaire, Dieu qui la fist de ses deux mains Et fourma merveilleusement :
C’estoit, a parler plainnement, Le tresor de tous biens mondains!
N'en parlons plus : mon cueur se pasme
Quant il oyt les fais vertueux D’elle, qui estoit sans nul blasme, Comme jurent celles et ceulx Qui congnoissoyent ses conseulx ; Si croy que Dieu la voulu traire
CHARLES D'ORLÉANS
Vers lui, pour parer son repaire De Paradis ou sont les saints;
Car c’est d'elle bel parement,
Que l’en nommoit communement Le tresor de tous biens mondains.
De riens ne servent plours ne plains :
Tous mourrons, ou tart ou briefment ; Nul ne peut garder longuement Le tresor de tous biens mondains.
uis que Mort a prins ma maistresse, Que sur toutes amer souloye, Mourir me convient en tristesse ; Certes plus vivre ne pourroye.
Pour ce, par deffautte de joye, Tresmalade, mon testament J'ay mis en escript doloreux, Lequel je presente humblement Devant tous loyaulx amoureux.
Premierement, a la haultesse Du Dieu d’Amours donne et envoye Mon esperit, et en humblesse Lui supplie qu’il le convoye En son Paradis et pourvoye ; Car je jure que loyaument L’a servi de vueil desireux ; Advouer le puis vrayement Devant [tous loyaulx amoureux.|