‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 83 sur 160 · LA DEPARTIE D’AMOURS EN BALLADES · texte numérisé non relu

LA DEPARTIE D’AMOURS EN BALLADES

Qu'Amours tenoit son Parlement, Je lui presentay ma requeste

Cr vint a la prochaine feste 275$

Laquelle leut tresdoulcement,

Et puis me dist : « Je suy dolent Du mal qui vous est avenu,

Mais il n’a nul recouvrement, Quantla Mort a son cop feru.

« Eslongnez hors de vostre teste Vostre douloreux pensement, Moustrez vous homme, non pas beste, Faictes que, sans empeschement,

Ait en vous le gouvernement

Raison, qui souvent a pourveu

En maint meschief tressagement, Quant la Mort a son cop feru.

« Reprenez nouvelle conqueste, Je vous aideray tellement

Que vous trouverés dame preste De vous amer tresloyaument, Qui de biens aura largement ; D’elle serez amy tenu :

Je n’y voy autre amendement, Quant la Mort a son cop feru. »

« ELAS ! sire, pardonnez moy, Se dis je, car toute ma vie,

Je vous asseure par ma foy,

Jamais n’auray dame n'amie.

Plaisance s’est de moy partie

Qui m’a de Liesse forclos.

CHARLES D'ORLÉANS

N'en parlez plus, je vous supplie, Je suis bien loings de ce pourpos.

« Quant ces parolles de vous OY, Vous m'essaiés, (ne faittes mye), À vous dire vray, je le croy ;

Ou ce n’est dit qu’en moquerie.

Ce me seroit trop grant folie, Quant demourer puis en repos, De reprandre merencolie :

Je suis bien loings de ce pourpos.

« Acquittié me sui, comme doy, Vers vous et vostre seigneurie, Desormais me vueil tenir coy.

Pour ce, de vostre courtoisie, Accordez moy, je vous en prie,

Ma requeste ; car a briefs mos, [p. 1171]

De plus amer, quoy que nul dye, Je suis bien loings de ce pourpos. »

MOUR congnu bien que j’estoye En ce pourpos, sans changement.

Pour ce respondy : « Je vouldroye, Que voulsissiez faire autrement, Et me servir plus longuement, Mais je voy bien que ne voulés, Si vous accorde franchement La requeste que faicte avés.

« Escondire ne vous pourroye,

Car servy m'avez loyaument,

N’onques ne vous trouvay en voye,

N’en voulenté aucunement

De rompre le loyal serement 335 Que me feistes, comme savés ;

Ainsi le compte largement

La requeste que faicte avés.

« Et afin que tout chascun voye

Que de vous je suis trescontent, ; 340 Une quittance vous octroye,

Passee par mon Parlement,

Qui relaissera plainement

L’ommage que vous me devés,

Comme contient ouvertement 345 La requeste que faicte avés. »

ANTOST Amour, en grant arroy, [p. 112] Fist assembler son Parlement.

En plain conseil mon fait contay, Par congié et commandement ; 350 La fut passee plainement La quitance que demandoye, Baillee me fut franchement, Pour en faire ce que vouldroye.

Ouitre plus, mon cueur demanday 355 Qu’'Amour avoit eu longuement,

CHARLES D'ORLÉANS

Car en gage le lui baillay, Quant je me mis premierement En son service ligement ;

Il me dist que je le r’auroye, Sans refuser aucunement, Pour en faire ce que vouldroye,

À deux genoulz m'agenoillay, Merciant Amour humblement Qui tira mon cueur, sans delay, Hors d’un escrin priveement, Le me baillant courtoisement, Lyé en un noir drap de soye; En mon sain le mist doulcement, Pour en faire ce que vouldroye.

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