BALLADES, LXXII, 29—LXXIV
Et trop plains de leur vouloir :
Au fort, je les metz au pis, Facent selon leur advis;
Plus ne crains, dont Dieu mercie, L’amoureuse maladie !
Quant je voy en doleur pris Les amoureux, je m'en ris; Car je tiens pour grant folie, L'amoureuse maladie !
ON cueur m'a fait commandement De venir vers vostre jeunesse,
Belle que j’ayme loyaument, Comme doy faire ma Princesse.
Se vous demandés pour quoy esse ?
C'est pour savoir quant vous plaira Alegier sa dure destresse.
Ma Dame, le sauray je ja ?
Ditez le par vostre serment ; Je vous fais leale promesse :
Nul ne le saura, seulement Fors que lui pour avoir leesse ; Or lui moustrés qu’estes maistresse, Et lui mandez qu’il guerira ; Ou, s’il doit morir de destresse, Ma Dame, le sauray je ja?
CHARLES D ORLÉANS
Penser ne pourroit nullement Que la douleur qui tant le blesse Ne vous desplaise aucunement ; Or faitez dont tant qu’elle cesse, 20 Etle remettés en l'adresse D’Espoir, dont il party pieca ; Respondez sans que plus vous presse :
Ma Dame, le sauray je ja ?
N regardant vers le païs de France, {p. 194] Un jour m'avint, a Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la doulce plaisance Que souloye oudit pays trouver ; Si commençay de cueur a souspirer, $ Combien certes que grant bien me faisoit De voir France que mon cueur amer doit.
Je m’avisay que c’estoit non savance De telz souspirs dedens mon cueur garder, Veu que je voy que la voye commence 10 De bonne paix, qui tous biens peut donner ; Pour ce, tournay en confort mon penser.
Mais non pourtant mon cueur ne se lassoit De voir France que mon cueur amer doit.
Alors chargay en la nef d’Esperance ‘© 15 Tous mes souhaitz, en leur priant d’aler Oultre la mer, sans faire demourance, Et a France de me recommander.
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