‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 94 sur 160 · BALLADES, LXXXIII, I —LXXXIV · texte numérisé non relu

BALLADES, LXXXIII, I —LXXXIV

oN gracieux cousin, duc de Bourbon, [p.212] Je vous requier, quant vous aurez loisir,

Que me faittes, par balade ou chançon,

De vostre estat aucunement sentir ;

Car quant a moy, sachiez que, sans mentir, Je sens mon cueur renouveller de joye,

En esperant le bon temps avenir

Par bonne paix que brief Dieu nous envoyé.

Tout crestian, qui est loyal et bon, Du bien de paix se doit fort resjoir, Veu les grans maulx et la destruccion Que guerre fait par tous pays courir.

Dieu a voulu Crestianté punir Qui a laissié de bien vivre la voye; Mais puis aprés, il la veult secourir Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

Et pour cela, mon treschier compaignon, Vueilliez de vous desplaisance bannir, En oubliant vostre longue prison Qui vous a fait mainte doleur souffrir ; Merciez Dieu, pensez de le servir, Il vous garde de tous biens grant montjoye Et vous fera avoir vostre desir

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

Resveilliez vous en joyeux souvenir, Car j'ay espoir qu’encore je vous voye, Et moy aussi, en confort et plaisir Par bonne paix que brief Dieu nous envoye!

oN chier cousin, de bon cueur vous mercie [p.213] Des blans connins que vous m'avez donnez ;

Et oultre plus, pour vray vous certiffe,

Quant aux connins que dittes qu’ay amez,

[lz sont pour moy, plusieurs ans a passez, s

Mis en oubly ; aussi mon instrument

Qui les servoit à fait son testament

Et est retrait et devenu hermite ;

Il dort tousjours, a parler vrayement,

Comme celui qui.en riens ne prouffite. 10

Ne parlez plus de ce, je vous en prie, Dieux ait l’ame de tous les trespassez !

Parler vault mieulx, pour faire chiere lie, De bons morceaulx et de frians pastez, Mais qu'ilz soient tout chaudement tastez ! 15 Pour le present, c’est bon esbatement, Et qu’on ait vin pour nettier la dent :

En char crue mon cueur ne se delitte.

Oublions tout le vieil gouvernement, Comme celui qui en riens ne prouffite ! 20

Quant Jeunesse tient sens en seigneurie, Les jeux d'amours sont grandement prisez; Mais Fortune, qui m'a en sa baillie, Les a du tout de mon cueur deboutez; Et desormais, vous et moi, excusez 25 De tels esbas serons legierement, Car faiz avons noz devoirs grandement Ou temps passé : vers Amours me tiens quicte.

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