BALLADES, LXXXI, 12 — LXXXII
Qui m’ayment de loyal vouloir, |
Comme mes bons et vrais amis. [p. 210] Si fais a toutes gens savoir
Qu’encore est vive la souris!
Je n’ay eu ne mal ne grevance, 10 Dieu mercy, mais suis sain et fort, | Et passe temps en esperance Que paix, qui trop longuement dort, S'esveillera, et par accort A tous fera liesse avoir. 15 Pour ce, de Dieu soient maudis Ceulx qui sont dolens de veoir Qu’encore est vive la souris!
Jeunesse sur moy a puissance, Mais Vieillesse fait son effort 20 De m'avoir en sa gouvernance; A present faillira son sort.
Je suis assez loing de son port, De pleurer vueil garder mon hoir ; Loué soit Dieu de Paradis, 25 Qui m'a donné force et povoir Qu’encore est vive la souris!
Nul ne porte pour moy le noir, On vent meillieur marchié drap gris; Or tiengne chascun, pour tout voir, 30 Qu’encore est vive la souris!
134 CHARLES D'ORLÉANS
P% qu'ainsi est que vous alez en France, [p.271] Duc de Bourbon, mon compaignon treschier, Ou Dieu vous doint, selon la desirance
Que tous avons, bien povoir besongnier,
Mon fait vous vueil descouvrir et chargier s Du tout en tout, en sens et en folie;
Trouver ne puis nul meillieur messagier :
Il ne fault ja que plus je vous en die.
Premierement, se c’est vostre plaisance, Recommandez moy, sans point l’oublier, 10 À ma Dame ; ayez en souvenance,
Et lui dictes, je vous pry et requier,
Les maulx que j’ay, quant me fault eslongnier, Maugré mon vueil, sa doulce compaignie.
Vous savez bien que c’est de tel mestier, 15 Il ne fault ja que plus je vous en dye.
Or y faictes comme j’ay la fiance, Car un amy doit pour l’autre veillier.
Se vous dictes : Je ne sçay, sans doubtance, Qui est celle, vueilliez la ensaignier ? 20 Je vous respons qu’il ne vous fault serchier, Fors que celle qui est la mieulx garnie De tous les biens qu’on sauroit souhaidier :
[ ne fault ja que plus je vous en dye. |
Sy ay chargié a Guilleaume Cadier 2 Que par dela bien souvent vous supplie ; Souviengne vous du fait du prisonnier,
[l ne fault ja que plus je vous en dye.