CCLV
De Tignonville . * [b. 460]
our la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle Mon cuer a choisy damoiselle, Moyennant l'amoureux desir. 4
Par unug regart fait a loysir,
Se voult logier es mains'de celle,
Pour la coustume [maintenir,
Cesle saint Valentin nouvelle] 8
S’on lui fait trop de mal souffrir, Je m'accorde qu'il se rapelle,
Et puis se tieñgne a la plus belle Que ses yeulx lui pourront choisir,
Pour la [coustume maintenir] 13 Orleans. | [p. 461]
ONTRE fenoches et nox buxe, Peut servir ung « tantost » de France ; Da ly parolles de plaisance, | Au plus sapere l’en cabuze. 4
Fa cossy maintes foiz s’abuze, Grandissime fault pourveance, Contre fenoches [et nox buxe.] 7
Sta fermo toutes choses uze,
Aspecte ung poco par savance,
La Rasone fa ordonnance
De quella medicine on uze | Contre [ fenoches et n0x buxe.] 12
Orleans.
E premier jour du mois de May, ip. 461] CC Quant de mon lit hors me levav, Environ vers la matinee, | Dedans mon jardin de Pensee,
Avecques mon cueur, seul entra. | 5
CHARLES D'ORLÉANS
Dieu scet s’entrepris fu d’esmav,
Car en pleurant tout regardav
Destruit d'ennuyeuse gelee,
Ce premier ‘jour du mois de May,
Quant de mon lit hors me levav,
Environ vers la matinee.] 1
En gast, fleurs et arbres trouva.
Lors au jardinier demanday
Se Desplaisance maleuree,-
Par tempeste, vent ou nuee, Avoir fait tel piteux arrav.
Ce premier jour du mois de Mar ?] n CCLVHI Orleans. [°. 162]
Ur est celluv qui s’en tendroit De bouter hors Merancolie, Quant toute chose reverdie, Par les champs, devant ses veulx, voit ? 4
Une malade s'en gueriroit,
Et ung mort revendroit en vve. -
Qui est celluv fqui s’en tendroit
De bouter hors Merancolie ?] 5
En tous lieux on le nommeroit
Meschant, eadormv en follie :
Chasser de bonne compaignie,
Par raison, chascuu le devroit.
Qui est celluv [qui s'en tendroit=. 13
| RONDEAUX 139 CCEIX.
Orleans. . __ . [b. 462]
| LEZ vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolye, Regardez la saison jolye Qui par tout vous va reboutant.
[Elle s se rit en vous mocquant,.
De tous bon lieux estes bannye; . :
Allez [vous müsser maintenant, Ennuyeuse Merencolye d.
Jusques vers Karesme prenant,
Que. jeusne les gens’ amaigrye,
Et la saison est admortye, | = Ne vous monstrez, ne tant ne quant.
Allez [vous musser maintenant !|
Orleans.” -- : :p. 463
ui est celluy qui d’amer se tendroit, Quant Beaulté fait de morisque l’entree, De Plaisance si richement parce Qu’a l’amender jamais nul ne vendroit ?
Cueur demy mort, les veulx en ouvreroit, Disant : « C'est cy raige desesperee.
Qui est celluy {qui d'amer se tendroit, Quant Beaulté fait de morisque l’entree ? »
CHARLES D'ORLÉANS
Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il Jui diroit : « A ! vielle rassottée,
Lessés m'en paix, vous troublez ma pensee, Pour riens en ce nulluy ne vous croiroit.
Qui est cellui :qui d’amer se tendroit ? »! 13 CCEXI Orleans. [. 463]
OX fait avoir cueur a commandement, Quant il est temps, qui scet laissér ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose ou ne gist gueres d’amendement. 4
Quel besoing est, quant on est a son aise,
De se bouter en soussy et meschief !
Je tiens amans pour folx, ne leur desplaise,
De travailler sans riens mener a chief. 8
C'est par Espoir ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d’aprendre ; Il fait pechié, on l’en devroit reprendre ; J'en parle au vray, a mon entendement :
Bon fait avoir {cueur a commandement. 13 CCELXII Orleans. | [h. 4641
E vous entens a regarder, Et part de voz pensers congnovs, Essayé vous ay trop de foys, De moy ne vous povez garder. 4
Cuidez vous par voz motz farder, Mener les gens de deux en troys !
Je vous [entens a regarder,
Et part de voz pensers congnoys.|
Vous savez tirer et tarder, Le
Rage faictes et feu gregoys ;
Bien gangnez voz gages par mOYs, Parachevez sans retarder :
Je vous lentens a regarder.
CCEXIII
| Orleans.
LUS de desplaisir que de joye, Assez d’ennuy, souvent a tort,
Beaucoup de soucy sans confort,
Oultraige de peine, ou que soye!
Trop de douleur a grant montjoÿe, Foison de trespiteux rapport,
Plus de desplaisir [que de joye, Assez d’ennuy, souvent a tort !]
Tant de grief que je ne diroye ; Mains amant ma vie que mort ; Pis que mourir, n’esse pas fort ?
Telz beaulx dons Fortune m'envoye, Plus de desplaisir ‘que de joye !|
CHARLES D'ORLÉANS
Orleäns.…
jour mon cueur qui est en prison,
Mes yeulx vont l’aumosne querir ;
Guerez n’y peuent acquerir, Tant petitement les prise on.
Reconfort, qui est l’aumosnier,
Et Espoir, sont allez dehors ; .
On ne donna point l’aumosne hier, Refuz estoit portier alors,
Pour mon cuer {qui est en prison.|
Îl est si plain de mesprison,
De rien ne le faut requerir, N’essaier de le conquerir, Tousjours tient sa vielle aprison, Pour mon cuer [qui est en prison. |
Orleans. !” ORTUNE ! sont ce de voz dons, Engoisses que vous aportés ?
À present vous en deportés, Ce sont trop doloreux guerdons.
D'’entrer ceans vous'deffendons, Dures nouvelles rapportés, * Fortune ! sont ce de voz dons, Engoisses que vous: aportés ?}-
Ch. 465]
Et oultre plus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportés ; Jouez vous, et vous deportés Autre part, baïllant telz pardons.
Fortune ! [sont ce de voz dons ?] 15 CCEXVI Orleans. 0 [p. 466]
Tr commant l’entendez vous, Annuy et Merencolie, Voulez vous toute ma vie Me tourmenter en courrous ? 4
Le plus mal eureux de tous
Doy je estre ? je le vous nye.
Et commant [l’entendez vous,
Annuy et Merencolie ?\ | 8
De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, | Se Raison n'y ne
Tout va s'en dessus dessous.
Et commant [l’entendez vous ?| 13 Orleans. | LP. 466]
OIRE, dea! je vous ameray, Aauyeuse Merencolie, - Et servant de Plaisance lie, :
Par vous plus re me nomrheray ! 4
CHARLES D'ORLÉANS
Foy que doy a Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie.
Voire, deal! [je vous ameray, Anuyeuse Merencolie !]
Jamais ne m’y rebouteray,
En voz lactz, se je m’en deslie, Et se Bon Eur a moy s’alie,
J’é fait a vous... mais non feray,
.Voire, dea ! [je vous ameray !|
CCEXVHI
Orleans.
\ORTUNE, passez ma requeste, Quant assez m’aurez tort porté, Ung peu je soye deporté, Que Desespoir ne me conqueste !
Veu que je nie suis, en la queste D’Amours, loyaument deporté, Fortune, [passez ma requeste, Quant assez m’aurez tort porté.|
Mon droit, sans que plus y acqueste,
Aux jeunes gens j’ay transporté ; Se riens est de moy rapporté,
Je vous prie qu’on en face enqueste ; -Fortune, [passez ma requeste:!]
Orleans.
\E quoy vous sert cela, Fourtune ?
Voz propos sont, puis longs, puis cours,
Une foiz estes èn decours, L'autre plaine comme la lune !
"On ne vous treuve jamais une, Nouveltez sont en voz cours ; De quoy | vous sert cela, Fourtune ?
Voz propos sont, puis longs, puis cours.] 8
S'est vostre maniere commune ; Car, quand je vous requier secours, Vous fuyez, aprés yous je cours, Et pitié n’a en vous aucune.
De quoy [vous sert cela, Fourtune ?.
Orleans.
ERVITEUR plus de vous, Merancolie,
Je ne seray, car trop fort y traveille ; Raison le veult, et ainsi me conseille Que le face, pour l'aise de ma vie:
À Non Chaloir vueil tenir compaignie, Par qui j’auray repos sans que m'esveille.
Serviteur plus [de vous, Merancolie,
Je ne seray, car trop fort y traveille.
CHARLES D'ORLÉANS
Se de vous puis faire la departie,
Et il seurvient quelque ‘estrange merveille, Legierement passera par l'areille !
Au contraire jamais nul ne me die
Serviteur plus {de vous, Merancolie !] 13 Orleans. [p. 468]
OURQUOY moy, plus que les autres ne font, Doy je porter de Fortune l’effort ?
Par tout je vois criant : « Confort, Confort! » ;
C’est pour nyent, jamais ne me respont. 4
Me couvient il: tousjours ou plus parfont
De Dueil nager, sans venir a bon port!
Pourquoy mov, plus que les autres ne font,
Doy je porter de Fortune l’effort?] 8
J'appelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu’il dort, Ou je cuide qu'il contrefait le mort ; Confort, n’Espoir, je ne sçay ou ilz sont.
Pourquoy moy, ‘plus que les autres ne font ?] 1; CCEXXII Orleans. {?. 469]
OURQUOY moy, mains que nulluy P Que je congnoiïsse au jour d’ui, Auray je part en Liesse, Veu qu'ay despendu Jennesse Longement, en grant anuy ? s
Doy je donc’estre celluy
Qui ne trouvera en luy
Bon Eur qu'a peu. de largesse ?
Pourquoy moy, {mains que nulluy ?]
J'ay Leal Desir sûy
A mon povoir, etfüy
Tout ce qui a tort le blesse ; Desormais, en ma veillesse, .
Demouray je sans apuy ?
Pourquoy moy, [mains que nuiluy ?]
CCEXXIIT ;
Orleans.
*EST pour rompre sa teste De Fortune tanser Qui a riens ne s’areste !
Trop seroit fait en beste.
C’est pour [rompre sa teste!
: Quant elle tient sa feste, Lez aucuns fait danser, Et les autres tempeste, C’est pour [rompre sa teste |
:CCLXXIV
u tout retrait en hermitage De Non Chaloir, laissant Folie,
| pe 470.
CHARLES D'ORLÉANS
Desormais veult user sa vie Mon cueur que j'ay veu trop volage.
Et savez vous’ qui son courage À changié ? s’a fait maladie,
Du tout [retrait en hermitage De Non Chaloir, laissant Folie.]
Fera il que fol ou que sage ?
Qu'en dictes vous, je vous en prie ?
Il fera bien, quoy que nul die, Mouit y trouvera d'avantage,
Du tout [retrait en hermitage.:
ANS faire mise ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur en propos je maintien Que mal et bien en gré accepte.
Se Fortune est mauvaise ou bonne, À chascun la fault endurer ;
Quant Raison y mectra la bonne, Elle ne pourra plus durer.
Rien n’y vault engin, ne decepte, Au derrain on congnoistra bien Qui fera le mal ou le bien,
-Grans, ne petiz, je n’en excepte,
Sans faire [mise ne recepte.]
SSE tout ce que m'apportez À vostre jour, Saint Valentin ?
N’auray je que d’Espoir butin, L’actente des desconfortez ?
Petitement vous m’enhortez D’estre joyeulx ad ce matin.
Esse tout [ce que m’aportez, À vostre jour, Saint Valentin ?]
Nulle rien ne me rapportez,
Fors bona dies en latin,
Vielle relique en viel satin ;
De telz presens vous deportez.
Ess A sse tout [ce que m'apportez ?]