‹ Poésies éditéesChapitre 71 sur 183 · ÉD · texte numérisé non relu

ÉD

Voile n'a que Decevance,

Ne soutte que de Pacience,

Jamais n'y vente que Maleur,

En la grant mer [de Desplaisance.] er

Duei, Soussy ont la gouvernance,

Qui ne luy donnent, pour pitance,

Que bescuit durcy de Langueur,

Avecques eaue de Rigueur ;

Aïnsi linguist, faisant penance,

En la grant mer [de Desplaisance.] 15

Orleans.

UAXT Pleur ne pleut, Souspir ne vente, p.172] Et que cessee est la tourmente De Dueil, par le doulx temps d’Espoir, La nef de Desireulx Vouloir À Port Eureux fait sa dessente. | 5

Sa marchandise met en vente

Et a bon marché la presente

A ceulx qui ont fait leur devoir,

Quant Pleur [ne pleut, Souspir ne vente,

Et que cessee est la tourmente

De Dueil, par le doulx temps d’Espoir.] 1:

Lors les marchans de Longue Actentc, Pour engaiger et corps et rente En ont ce qu’en peuent avoir, D’en acheter font leur povoir

CHARLES D’ORLÉANS

Tant que chascun cueur s’en contente,

Quant Pleur [ne pleut, Souspir ne vente.] 17 Orleans. [p. 173]

UANT Pleur ne pleut, Souspir ne vente [e] Le bruit sourt de Jeux et Risee, Et Joye vient appareillee De recevoir d’Espoir sa rente, 4.

[A Jssignee sur Longue Actente, Mais aprés loyaument paiée, [Q Juant Pleur [ne pleut, Souspir ne vente. ] 7

La, Reconfort est mis en vente,

Et Plaisance fait sa livree

De biens si richement ouvree

Que Dueil fuyt et s'en malcontente,

‘Q fuant Pleur [ne pleut, Souspir ne vente.]| 12 CCLXXXII Pour Monseigneur de Beaujeu. [h. 475]

uiIs qu’estes de la confrarie D'Amours, comme moustrent voz yeulx, Vous y trouvez vous pis, ou mieux ; Qu'en dictes vous de telle vie ? 4

Souffler vous y fault l’alquemye,

Ainsi que font jennes et vieux,

Puis qu’estes [de la confrarie

D’Amours, comme moustrent voz yeulx.| 8

Ne cuidez par nygromancye

Estre invisible ; se m’aist Dieux, On congnoistra, en temps et lieux, Commant jourez de l’escremye,

Puis [qu’estes de la confrarie.] ‘13 CCLXXXIII Orleans. [p. 475}

EDANS l’amoureuse cuisine, Ou sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaux, ; Pour reconforter la poitrine. 4

Saulce ne faut, ne cameline,

Pour jennes appetiz nouveaux,

Dedans [l’amoureuse cuisine,

Ou sont les bons, frians morceaux.] &

[1 souffist de tendre geline

Qui soit sans octz, ne veilles peaux,

Mainssee de. plaisans cousteaux ;

C'est au cueur vraye medecine,

Dedans [l'amoureuse cuisine.] 1j

454 CHARLES D'ORLÉANS

CCEXXXIV

Orleans. [p. 476]

u le trouvez vous en escript, Se dient a mon cueur mes yeulx, Que nous ne soions vers vous tieulx Que devons, de jours et de nuyt ? 4

Se ne vous conseillon prouffit,

Nous en croirés vous ? nennyl, Dieux !

Ou le trouvez [vous en escript,

Se dient a mon cueur mes yeulx ?| 8

Quant rapportons quelque deduit Que nous avons veu en mains lieux, Prenez en ce qui vous plaist mieux, L'autre lessez, esse mau dit ?

‘Ou le trouvez [vous en escript ?] 13 Orleans. [b. 476]

’EAUE de Pleur, de Joye ou de Douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensee,

Dessus lequel la rente est ordonnee, Qui doit fournir la despense du cueur, 4 Despartir fait farine de Doulceur, D’avecques son de Dure Destinee, L’eaue de Pleur, [de Joye, ou de Douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensee.] 8

Lors le mosnier, nommé Bon, ou Mal Eur,

En prant prouffit, ainsi que luy agree;

Mais Fortune souvent desmesuree

Lui destourbe maintes fois, par rigueur,

L’eaue de Pleur, de Joye, ou de Douleur.! 13

: CCLXXXVI Orleans. [P. 477]

N verrai ge jamais la fin De voz euvres, Merancolie ?

Quant au soir de vous me deslie, Vous me ratachez au matin. | 4

J'amasse mieulx autre voisin

Que vous, que sy fort me guerrie.

En verrai ge : jamais la fin

De voz euvres, Merancolie ?] 8

Vers moy venez en larrecin, Et me robez Plaisance Lie ; Suis je destiné, en ma vie, D’estre tousjours en tel hutin ?

En verrai ge ‘jamais la fin ?] 13 CCLXXXVII Orleans.

U’EST cela ? — C’est Merencolye. [p. 478)

— Vous n’entrerez ja. — Pourquoy ? — Pour ce Que vostre compaignie acourse Mes jours, dont je foys grant folie. 4

CHARLES D'ORLÉANS

— Se me chassez par Chiere Lye, Brief revendray de plaine cource, — Qu'est cela ? — [C'est Merencolye.

— Vous n’entrerez ja. — Pourquoy ? — Pour ce.] 8

__ [1 fault que Raison amolye

Vostre cueur, et plus ne se cource, Ainsi pourrez avoir ressource,

Mais que vostre mal sens deslye.

— Qu'est cela ? — [C’est Merencolye.])

CCEXXX VII

Orleans. [p. 479]

E cessés de tenser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx Que nous trouvons, vous et moy, tieulx Qu'ilz nous font trop souffrir douleur.

Estrectement commandez leur Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx :

Ne cessés [de tenser, mon cueur,

Et fort combatre ces faulx veulx.:

* Et leur monstrez telle rigueur Qu'ilz vous craingnent, car c’est le mieulx Qu’ilz obeissent, se m'’aist Dieux, À vous, vous monstrant leur seigneur.

Ne cessés [de tenser, mon cueur !]

CCEXXXIX

Orleans. [p. 479]

E ne voy rien qui ne m'anuye, ] Et ne sçay chose qui me plaise ; Au fort, de mon mal me rapaise, Quant nul n’a sur mon fait envye. 4

D'’en tant parler, ce m'est follie,

Il vault trop mieulx que je me taise.

Je ne voy rien qui ne m’anuye,

Et ne sçay chose qui me plaise.| 8

* Vouldroit aucun changer sa vie

À moy, pour essaier mon aise ?

Je croy que non, car plus mauvaise, Ne trouveroit, je l’en deffye.

Je ne voy {rien qui ne m’anuye.] 13 Orleans. [p. 480]

E bien, ne mal, mais entre deulx, N J'ay trouvé au jour d’ui mon cueur Qui, parmi Confort et Douleur, Se seioit ou meilleu d’entreeulx. 4

Î1 me dit : « Qu'esse que tu veulx ? »

Peu respondy pour le meilleur.

Ne bien, ne mal [mais entre deux,

Jay trouvé au jour d’ui mon cueur.] 8

CHARLES D'ORLÉANS

Aux dames et aus paons faiz veulx, Se Fortune me tient rigueur,

De sa foy requerray Bon Eur

Qu'il s’aquicte, quant je me deulx,

Ne bien, ne mal [mais entre deulx.]

Orleans.

ERMEZ luy l’uis au visaige, Mon cueur, a Merancolye, Gardez qu'elle n’entre mye, Pour gaster nostre mesnaige.

Comme le chien plain de raige, Chassez la, je vous en prye ; Fermez [luy l’uis au visaige, Mon cueur, a Merancolie.]|

C’est trop plus nostre aventaige D'estre sans sa compaignye,

Car tousjours nous tanse, et crye, Et nous porte grand dommaige.

Fermez [luy l’uis au visaige !|

Orleans.

u milleu d’Espoir et de Doubte

Les cueurs se mussent plusieurs jours,

Pour regarder les divers tours Dont Dangier souvent les deboute.

L’oreille je tens et escoute

Savoir que, sur ce, dit Secours.

Ou milleu [d’Espoir et de Doubte

Les cueurs se mussent plusieurs jours. | 8

Éslongnié de mondaine route Me tiens, comme né en decours, Entre les aveugles et sours ; Dieu y voye, je n’y voy goute

Ou milleu |d'Espoir et de Doubte !] 13 Orleans. Cp. 481]

TN EVENONS saiges, desormais, Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx; Noz oreilles, aussi noz yeulx, Ne croyons de legier jamais. 4

Passer fault nostre temps en paix ;

Veu que sommes du renc des vieulx.

Devenons [saiges, desormais,

Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx.] &

Se nous povoions par souhaiz

Rasjeunir, ainsi m'aide Dieulx,

Feu grejoix ferions en mains lieux ;

Mais les plus grans coups en sont faiz.

Devenons [saiges, desormais. ] 1}

CHARLES D'ORLÉANS

Orleans. [b. 482]

u1 le vous a commandé, Soussy, de me mener guerre ?

Avant qu'on vous aille querre,

Venez sans estre mandé. 4

M'ordonnez vous almandé, Quant Mort de son dart m’enferre !

Qui le vous [a commandé,

Soussy, de me mener guerre?] 8

Pour Dieu, tost soit amendé Le mal qui tant fort me serre !

Aprés que seray en terre, Vous en sera demandé,

Qui le vous [a commandé? 13 Orleans. | [p. 247]

SPOIR, Confort des malheureux, Tu m'estourdis trop les oreilles .

De tes promesses non pareilles, Dont trompes les cueurs doloreux. 4

En amusant les amoureux

En faisent baster aux corneilles, Espoir, confort {des maleureux, Tu m'estourdis trop Si oreilles. ] 8

Ne soiez plus si rigoreux,

Mieux vault qu’a raison te conseilles,

Car chascun se donne merveilles .

Que n'as pitié des langoreux,

Espoir, confort [des maleureux.] 13

AIX ou treves je requier, Desplaisance : {p.248 S’en toy ne tient, pas ne tendra a moy, Que ne soyons desormais en requoy ; Acordon nous, chargeons en Esperance. 4

Que gaingne tu a me fere grevence ?

Assez me mects en devoir, sur ma foy.

Paix ou [treves je requier, Desplaisance :

S’en toy ne tient, pas ne tendra a moy. 8

Ou combatons tellement a oultrance

Que l'ung die : Je me rens ou ren toy ; Mieulx estre mort je veil, s’estre le doy, Qu'’ainsi languir ; d'offrir premier m’avance.

Paix ou [treves je requier, Desplaisance.] 13 E je fois lealle requeste, (p.249 |

Soing et Soucy, et bon vous semble, Pour Dieu, acordons nous ensemble ; Qui a tort soit mis en enqueste. 4

CHARLES D'ORLÉANS

Quant vous, ne moy bien n’y aqueste,

Pour juger droit conseil asemble,

Se je fois [lealle requeste,

Soing et Soucy, et bon vous semble. 8

Je ne requier autre conqueste

Que d’Espoir, qui larron resemble

Et sans cause de mon cueur s’emble ;

Dieu me secoure en cette queste,

Se je fois [lealle requeste !] 13

E hurtez plus a l’uis de ma Pensee, [p. 250] Soing et Soussi, sans tant vous traveiller, Car elle dort et ne veult s’esveiller, Toute la nuyÿten paine a despensee. 4

En dangier est, s’elle n’est bien pensee :

Cessez, cessez, laissez la sommeiller.

Ne hurtez plus {a l’uis de ma pensee,

Soing et Soussi, sans tant vous traveiller.] 8

Pour la guerir Bon Espoir a pensee Medecine qu'a fait apareiller ;

Lever ne peut son chief de l’oreiller, Tant qu’en repos se soit recompensee.

Ne hurtez plus fa l’uis de ma pensee.: 13 CCXCIK ’ux ou l’autre desconfira, [p.251]

De mon Cueur et Merencolye ;

Auquel que Fortune s’alye, L’autre « je me rens » lui dira. 4

D'estre juge me suffira,

Pour mettre fin en leur folye.

L’un ou l’autre ‘desconfira,

De mon cueur et Merencolye.] 8

Dieu scet comment mon cueur rira,

Se gangne, menant chiere lye,

Contre ceste saison jolye,

On verra comment en yra:

L'un ou l’autre ‘desconfira.! | 13

Passez, presens ou avenir, Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en penser n'est pas coy. 4

Q° ? quoy ? comment ? a qui? pourquo\.? {p.252

Au fort, plus avant que ne doy,

Ja mais je ne pense enquerir ;

Qui ? quoy? comment ? a qui? DOMANE ee ?

Passez, presens ou avenir !] 8

On s’en puet rapporter a moy

Qui de vivre ay eu beau loisir,

Pour bien aprendre et retenir,

Assez ay congneu, je m'en croÿ,

Qui ? quoy ? [comment ? a qui ? pourquoy ? 13

CHARLES D'ORLÉANS

E prens en mes mains voz debas p.253 Desormais, mon cueur et mes veuls :

Se longuement vous seufre tieuls, Moy mesmes de mon tour m’abas. 4

Pour vostre prouffit me combas,

Le desirant de bien en mieuls.

Je prens en mes mains [voz debas

Desormais, mon cueur et mes veuls.: 8

Quant voz desirs souvent rabas

Desordonnés, en aucuns lieus,

Mon devoir fais, ainsi m’aid Dieus ;

Passons temps en plus beaus esbas.

Je prens [en mes mains voz debas. 13

ON cuer se combat a mon eueil, p. 254 Jamais ne les treuve d’acort ; | Le cuer dit que l'oeil fait rapport Que touzjours lui acroist son dueil. 4

La verité savoir j’en veil :

Que semble il qui en ait le tort ?

Mon cuer {se combat a mon eueil,

Jamais ne les treuve d’acort.] 8

Se je treuve que Bel Acueil

Ayt gecté entre eulx aucun sort, Je la condampneray a mort ; Doiz je souffrir ung tel orgueil ?

Mon cuer [se combat à mon eueil. ] 13.

ANT que Pasques soient passees, [p. 255° :

Se nous avons riens trespassé, | Prions mercy du tems passé,

Et pour les ames trespassees, | 4

Chascun, pas a pas, ses passees

Face, avant que soit trespassé,

Tant que Pasques [soient passees,

Se nous avons riens trespassé. |’ 8

Foleur à fait grandes passees, Mains cueurs ont tout oultre passé ; Pour ce, par nous soit compassé D'’eschever faultes compassees,

Tant que Pasques [soient passees.] 13 ANS ce, le demourant n’est rien. [p. 256]

— Qu’esse ? — Je le vous ay a dire ?

N'enquerez plus, il doit souffre, C'est conseil que tressegret tien. 4 Charles d'Orléans 31

CHARLES D'ORLÉANS

Pour tant n’y entendez que bien,

Autrement je ne le desire.

Suns ce, ile demourant nu est rien.

— Qu esse ? — Je le vous av a dire ?] 8

Ainsy m'esbas ou penser mven,

Et mainte chose faiz escripre

En mon cueur, pour le faire rire,

Tout ung est mon fait et le sien.

Sans ce, le demourant n’est rien. 13

SSEZ pourveu, pour de €v a grant piece, [p.257] Et plus qu'assez, de penser et anuv, Je me treuve sans congnoistre aulluy Qui se vente d'en avoir telle piece.

Fortune dit, qui tout mon fait despiece,

Que j’endure comme maint au jour d'huv,

Assez pourveu, pour de cv a grant piece,

Et plus qu'assez, de penser et anuv.; 8

Pourquoy souvent je metz soubz mon picce, Prenant confort d’'Espoir. comme celluy

Qui me fve parfaictement en luv,

Ainsi remains, qui le croiroit, empiece,

Assez pourveu, pour de cy a grant piece, 13

a, venez avant, Esperance, p.258, Or v perra que respondrez,

Et comment vous vous deffendrez ;

On se plaint de vous a oultrance. 4 .

L'un dit que promectez de loing,

Et qu’en estes bonne maistresse.

L’aultre que faillez au besoing,

En ne tenant gueres promesse.

[Ca, venez avant, Esperance,

Or y perra que respondrez.] 10

Quoy que tardez, c’est la fiance Qu’aux faiz de chascun entendrez Et au derrain guerdon rendrez.

Dy je bien, ou se trop m'avance ?

Ça, venez javant, Esperance.| LS OX cuer, estouppe tes oreilles, p.259]

Pour le vent de Merencolie ; S'il y entre, ne doubte mye, Il est dangereux a merveilles. 4

Soit que tu dormes ou tu veilles,

Fays ainsi que dy, je t’en prie :

Mon cuer, [estouppe tes oreilles, .

Pour le vent de Merencolie.]| 8

Ï1 cause doleurs nompareilles, Dont s’engendre la maladie Qui n’est pas de leoier guerie ;

CHARLES D'ORLEANS

Croy moy, s’a Raison te conseilles, Mon cuer [estouppe tes oreilles.!

Philippe de Boulainvillier.

| ola ! hola ! Soupir, on vous hoit bien,

Vous vous cuidez embler trop coiaement, Contrefaisant ung peu le cayement, Grant fain avez qu’on vous die : tien !

Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, C'est de tieulx gens tousjours l’esbatement.

Hola ! hola ! [Souspir, on vous boit bien, Vous vous cuider embler trop coiaement.]

Trop vous hastez, de vray, comme je tien, Cur l’on congnoist vostre fait clerement, Ung autresfoiz faictes plus saivement, Cur maintenant vous n’y gangnerez rien.

Hola ! hola ! [Souspir, on vous hoit bien.]

De Gilles des Ormes.

ola ! hola ! Souspir, on vous oyt bien.

C’est à ung sourt a qui il le fault faire ;

Kelrayez vous et pensez de vous taire, Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien.

Se d'avanture il vous oyt, je vous tien Pour rué jus, car c'est vostre adversaire ; Hola ! hola ! [Souspir, on vous oyt bien, C’est a ung sourt a qui il le fault faire.]

Ne saillez plus, acttendez aucun bien ;

Vous voulez vous de vous mesmes deffaire !

Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire ; Et pour le mieulx, croyez, sans plus, le mien ; Hola ! hola ! [Souspir, on vous oyt bien.]

IDEZ Ce povre caÿment,

Souspir, je le vous recommende ;

De vous, quant aumosne demende, Ne se parte meschantement.

Son cas monstre piteusement,

11 semble que la mort actende.

Aidez [ce povre caÿment, Souspir, je le vous recommende.]

Donnez lui assez largement,

Qu'il ne meure, Dieu l’en deffende ;

Affin que n’en faictes amende, Au jour d’amoureux jugement, Aïdez ce povre caÿment. |

CCCKI

N faulte du logeis de Joye, L’ostellerie de Pensee M'est par les fourriers ordonnee, . Ne sçay combien fault que je y soye.

CH3&LES D'ORLEANS

Autre part ne me bouterove, Content m'en tien ; et bien m’agree, En faulte du logeis de Jove, L'ostellerie de Pensee.

Je parle tout bas, qu’on ne l'oye, Pensant de veoir, quelque annee, Qu'elle sera ma destinee

Et en quel lieu Gemourer doye, En faulte ‘du logeis de Joye.:

T bien, de par Dieu, Esperance, Fsse doncques vostre plaisir ?

Me voulez vous ainsi tenir Hors cet ens tousjours en balance ?

Ung jour j'ay vostre bienveillance, L'autre ne la sçaÿ ou querir.

Et bien, [de par Dieu, Esperance, Esse doncques vostre plaisir ?|

Au fort, puis que suis en la dance, Bon gré maugré, m’y fault fournir, Et n’y sçay de quel pié saillir,

Je reculle, puis je m’avance ;

Et bien, [de par Dieu, Esperance !!

RMEZ vous de joyeux Confort,

Je vous en prv, mon povre cueur . » 2

Que Destresse, par sa rigueur, Ne vous navre jusqu’a la mort. 4

Vous couvrant d’un paveis, au fort,

Tant qu’arez passé sa chaleur,

Armez [vous de joyeux Confort,

Je vous en pry, mon povre cueur.] 8

Faictes bon guet, tant qu’elle dort ;

Espoir dit qu’il sera seigneur,

Et fera vostre fait meilleur ;

Contre Dangier, qui vous fait tort,

Armez vous [de joyeux Confort.] 1j

ousJouRs dictes : « Je vien, je vien », [p.266] L Espoir” je vous congnois assez, De voz promesses me lassez, Dont peu a vous tenu me tien. 4

Se vous requier au besoing mien,

Legierement vous en passez. |

Tousjours [dictes : « Je vien, je vien »,

Espoir ! je vous congnois assez. | &

Vous ne vous acquictez pas bien

Vers moy, quant ung peu ne cassez

Les soussis que j'ay amassez ;

En me contentant d’un beau rien,

Tousjours [dictes : « Je vien, je vien. »! 1;

CHARLES D'ORLÉANS

CCCXV ;

IVRE et Mourir soubz son danger [p. 267

Me veult faire Merancolye ; Jamais vers moy ne s’'amolye, Mais plaisir me faist estranger.

D'’ainsi demourer, sans changer, Se me seroit trop grant folye:

Vivre [et mourir soubz son danger Me veult faire Merencolye.]

Pour d’elle plus tost me venger, Force m’est qu’a Confort m'alye, Acompaigné de Chere Lye ;

À lo süyr me vueil ranger,

Vivre et mourir [soubz son danger.]

OUR tant, s'avale soussiz mains, Sans macher, en peine confis, Si ne seront ja desconfis, Les pensces qui m'ont en leurs mains.

En ce propos seurement mains Qu'il vendront a aucuns proffis, Pour tant [s’avale soussiz mains, Sans macher, en peine confis.]

Travail mectray, et soirs et mains, Autant ou plus qu’onques je fs, S'a les achever ne souffis,

D’en faire quelque chose au mains,

Pour tant, s’avale |soussiz mains.] 13 ROP entré en la haulte game, [p. 269]

Mon cuer, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, Fut ja pieça, quant l’afola Le trait du regart de ma Dame. 4

Fors lui, on n’en doit blasmer ame,

Puis qu’ainsi fait, comme fol la,

Trop entré jen la haulte game,

Mon cuer, d’ut, ré, mi, fa, sol, la.] 8

Mieulx l’eust valu estre soubz lame,

Car sottement s’en afola ;

Si, lui dis je : « Mon cuer, hola !»

Mais conte n’en tint, sur mon ame,

Trop entré [en la haulte game.] 13

OUR nous contenter, vous et moy, [p.270] = De bon cueur et entier povoir, Ne s’espargne Leal Vouloir, Viengne avant sans se tenir quoy. 4

Comandez moy je ne sçay quoy,.

Vous verrez se feray devoir,

pd

CHARLES D'ORLÉANS

Pour nous contenter, vous et moy De bon cueur et entier povoir.]| 8

Se faulz, par Pamoureuse loy,

Mis en fossé de Nonchaloir

Soye sans grace recevoir ;

Baillez la main, prenez ma foy,

Pour nous contenter, vous et mov.: * 33

OÙS JOURS dictes : « Actendez, actendez » ; ff. 271] Pas ne payez vos reconfors contens, Joyeux Espoir, dont maints sont malcontens, Qui ne scevent comment vous l’entendez. 4

De Fortune, pour Dieu, l’arc destendez ; Ne souffrez plus qu’elle face contens.

Tousjours fdictes : Actendez, actendez, Pas ne payez vos reconfors contens.} 8

Vostre grace tost sur moy estandez,

Vous cognoissez assez a quoy contens ;

Plus ne perdray ung tel tresor com temps

Ainsi que fait qui son eur met en dez;

Tousjours :dictes : « Actendez, actendez ». 13

ESJOUISSEZ plus ung peu ma pensee, {p. 272] Leal Espoir, et me donnez secours ; Tousjours fuyez et aprés vous je cours, Ou j'ay assez de peine despensee. 4

tte Vi nt aSnntnts 2

La verray je jamais recompensee ?

Quelque office luy donnent en voz cours :

Resjouissez [plus ung peu ma pensee,

Leal Espoir, et me donnez secours.] 8

La peneance soit par vous dispensee,

Car desormais mes temps deviennent cours ; Ne soutfrez plus son plaisir en decours ; Veu que vers vous n’a faulte pourpensee,

Resjouissez | plus ung peu ma pensee.] 13 ’AMYE Esperance, [p.273]

Pour quoy ne s’avance Joyeux Reconfort ?

Ay je droit ou tort, S’en lui j'ay fiance ? | S

Peu de desplaisance

Prent en ma grevance,

Il semble qu’il dort.

M’amye | Esperance,

Pour quoy ne s’avance

Joyeux Reconfort? II

Quoy qu’a lui je tence,

Pour sa bien vueillance

Acquerir, au fort,

Je suis bien d'accort

D’actendre allegence, |

M'amye [Esperance.] 17

"ESPOIR, et que vous en dirove ? p. 274:

C’est ung beau baïlleur de parolles, Il ne parle qu’en parabolles, Dont ung grant livre j'escrirove. 4

En le lisant. je me rirove,

Tant auroit de choses frivoliles.

D'Espoir, et que vous en dirove ?

C’est ung beau ba'ieur de parolles.] 8

Par tout ung an ne le lirove,

Ce ne sont que promesses folles Doat il tient chascun jour esvolles :

Telles estudes neslirove.

D’Epoir, ‘et que vous en dirove ?] 13 assez oultre, Decevant Vueil, [p. 275]

Ou portez vous cest estandart De plaisant Actravant Regart, Soubz l'emprise de Bel Acueil ? 4

De ma maison n’entrez le sueil Plus avant, tirez autre part, Passez oultre, 'Decevant Vueil.” 7

Vous taschez a croistre mon dueil Et gens engigner par vostre art ; À l'a! maistre sebelin regnart,

On vous congnoist tout cler a l’ueil :

Passez oultre, [Decevant Vueil !] 12 A plus chier tenue richesse [p. 276]

Ou parfont tresor de Pensee Est soubz clef, seurement gardee, Par Esperance, ma Deesse. | 4

Se vous me demandez : et qu’esse ?

N’enquerez plus, elle est mussee ;

Ma plus [chier tenue richesse

Ou parfont tresor de Pensee.] 8

ÂAvecques elle, seul, sans presse, .

Je m’esbas soir et matinee ;

Ainsi passe temps et journee.

Au partir dy : « Adieu, maistresse,

Ma plus [chier tenue richesse! »| 1} CCCXKXV u puis parfont de ma merencolie p. 278]

L’eaue d’Espoir que ne cesse tirer, Soif de Confort la me fait desirer, Quoy que souvent je la treuve tarie. 4

Necte la voy ung temps et esclercie, Et puis aprés troubler et empirer,

Ou puis [parfont de ma merencolie L’eaue d’Espoir que ne cesse tirer.]| 8

CHARLES D'ORLÉANS

D'’elle trempe mon ancre d'estudie,

Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, Fortune vient mon pappier dessirer,

Et tout gecte par sa grant felonnie

Ou puis [parfont de ma merencolie.] 13

ONSTREZ les moy ces povres yeulx, [p.279] Tous batuz et deffigurez, Certes ilz sont fort empirez Depuis hier qu'ilz valloient mieulx. 4

Ne se congnoissent ilz. pas tieulx ?

Mal se sont au matin mirez.

Monstrez les moy [ces povres yeulx,

Tous batuz et deffigurez.| 8

Ont ilz pleuré devant leurs Dieux .

Comme de leur grace inspirez ?

Ou s’ilz ont mains travaux tirez Priveement en aucuns lieux ?

Monstrez [les moy, ces povres yeulx !] - 3 CCCKAVI RAYTRE repart, ct que fais tu [p. 280;

Quant tu vas souvent 1 queslu ?

Tu fiers sans dire : garde toy ; Et ne scés la raison pourquoy, N’il ne t’en chault pas ung festu. s

Tues de courage testu

Et de fureur trop 1n estu, Change ton propos et me croy, Traytre [regart ; et que fais tu Quant tu vas souvent 1# questu ?

Tu fiers sans dire : garde toy.]

On te deust batre devestu

Par my les rues cum mestu, Par l’ordonnance de la loy ; Car tu n'as leaulté, ne foy,

On le voit in fuo gestu.

Traytre ‘regart, et que fais tu ?

CCCXKXVII

NUY, Soussy, Soing et Merancolye, p. 281!

Se vous prenez desplaisir a ma vie Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentés moy de plus fort en plus fort, Pour en passer tout a coup vostre env'e.

Ay je bien dit ? Nennil, je le renye,

Et, par conseil de Bon Espoir, vous prye Que m’espargnez ; ou vous me ferez tort, Anuy, Soussy, [Soing et Merancolye,

Se vous prenez desplaisir a ma vie

Et desirez tost avancer ma mort.|

Et qu’esse cy ? je suis en resverie,

Il semble bien que ne sçay que je dye ;

Je dy puis l’un, puis l’autre, sans accort ; Suis je enchanté ? veille mon cueur ou dort ?

480 CHARLES D'ORLÉANS

Vuidez, vuidez de moy telle folye,

Anuy, Soussy, [Soing et Merancolye.| 17 IENS ne valent ses mirlifiques, [p. 284]

Et ses menues oberliques ; D'ou venez vous, petit mercier ? :

Gueres ne vault vostre mestier, Se me semble, ne voz pratiques.

ri

Chier les tenez comme reliques,

Les voulez vous mectre en croniques,

Vous n’y gangnerez ja denier.

Riens ne valent [ses mirlifiques,

Et ses menues oberliques ;

D'ou venez vous, petit mercier ?] 1

En plusieurs lieux sont trop publiques,

Et pour ce, sans faire repliques, Desploiez tout vostre pannier,

Affin qu'on ÿ puisse serchier

Quelques bagues plus autentiques :

Riens ne valent [ses mirlifiques.] 17 | CCCXXX ETIT mercier, petit pannier ! [b. 285]

Pour tant se je n'ay marchandise Qui soit du tout a vostre guise, Ne blasmez, pour ce, mon mestier. 4

Je gangne denier a denier, C'est loings du tresor de Venise, Petit mercier, [petit pannier!] 7

Et tandiz qu’il est jour ouvrier, Le temps pers quant a vous devise :

Je voys parfaire mon emprise

Et par my les rues crier :

Petit mercier, [petit pannier !| 12 ’OSTELLERIE de Pensee, [p. 286]

Plaine de venans et alans Soussis, soient petis ou grans, À chascun est habandonnee: 4

Ëlle n’est a nul reffusee,

Mais preste pour tout les passans,

L’ostellerie [de Pensee,

Plaine de venans et alans.] | 4

Plaisance chierement amce

S’i loge souvent, mais nuisans Lui sont anuis, gros et puissans, Quant ilz la tiennent empeschee,

L’ostellerie [de Pensee.] 13 CCCXXXII ATRON vous fays de ma galee, [p. 287]

Toute chargee de pensee, Confort, en qui j’ay ma fiance ; Charles d'Orléans 32

CHARLES D'ORLÉANS

Droit ou pays de Desirance, Briefment puissiez faire arrivee,

Affño que, par vous, soit gardee De la tempeste fortunee

Oui vient du vent de Desplaisance.

Patron fvous fays de ma galee, Toute chargee de pensee, Confort, en qui j'ay ma france.]

Au port de Bonne Destinee

Descharger tost, sans demoree,

La marchandise d'Esperance ;

Et m'aportez quelque finance,

Pour paier ma joye empruntee :

Patron [vous favs de ma valee.] \

CCCNXXHI

VER, VOUS n estes qu'un villain, Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril Qui l'acompaiguent soir et main.

Esté revest champs, bois et fleurs, De sa livree de verdure

Et de maintes autres couleurs,

Par l'ordonnance de Nature.

Mais vous, Yver, trop estes plun De nege, vent, pluve et grezil:

On vous deust banir en essil.

IT

ES

Sans point flater, je parle plain,

Yver, [vous n'estes qu’un vilain! on CCCXXXIV E le retiens pour ma plaisance, [p. 289:

Espoir, mais que leal me soit, Et se jamais il me deçoit, Je renie son acointance. 4

Nous deus avons fait aliance,

Tant que mon cueur tel l’aparçoit ;

Je le retiens [pour ma plaisance,

Espoir, mais que leal me soit.] 8

Monstrer me puisse bienveuillance,

Ainsi que mon penser coriçoit,

Dont mainte liesse reçoit ;

* Quant a moy, j'ay en luv fiance,

Je le retiens [pour ma plaisance.] . 13

CCEXXXV

"ors du propos si baille gaioe, |p. 2907 Ce n’est que du jeu la maniere, Nulle excusacion n’y quiere, Quoyque soit prouffit ou domage. 4

Tousjours parle plus fol que sage,

C’est une chose coustumiere ;

Hors du propos fsi baille gaige,

Ce n’est que du jeu la maniere. 8

CHARLES D'ORLÉANS

Se l'en me dit : « Vous contez rage»,

Blasmez ma langue trop legere ; Raison, de Secret tresoriere, La tance, quant despent lengage,

Hors du propos [si baille gaige !] ‘13 CCCXXXVI tresdevotes creatures, (p.291!

En ypocrisies d’amours Que vous querez d'estranges tours Pour venir a voz aventures ! 4

Vous cuidez bien par voz paintures

Faire sotz, aveugles et sours,

O tresdevotes {creatures, En ypocrisies d’amours.] 8

On ne peut desservir deux cures, Ne prendre gaiges en deux cours ; Prenez les champs ou les faulbourgs, J1z sont de diverses natures,

O tresdevotes [creatures!]| 13 CCCXXX VIT uIs ça, puis la, [p. 293

Et sus et jus, De plus en plus, | Tout vient et va. | 4

Tous on verra Grans et menus, Puis ça, [puis la, Et sus et jus. |

Vieuls temps desja S’en sont courus, Et neufs venus, Que dea! que dea !

Puis ça, [puis la.!

Page 1