LIVRE CONTRE TOUT PECHÉ
Toutesfoiz, je ne dy mie
Qu’on ne doie amer pour sa vie Soustenir l’or, aussi l’argent, Aux povres en distribuant.
De luxure
Luxure si est deshonneste Peché, car la vie de beste Prendre souvent fait, et laissier La nature et abaissier
De l’amour de Dieu, dont souvent
Aucuns meurent vilainnement.
Car par l’enseignement Cathon Bonne renommée en pert on, Et aussi toute bonne vie
" On laisse, et en la baillie
De l’ennemi pour son plaisir On se met, et pour son desir.
De envie
Cil qui vueult bonté ensuir,
1] doit envie moult fuir;
Car Alain si nous enseigne
Que, tout ainsi que la montaigne Qui est Ethna appelée
Est tousjours de feu embrasée, Ainsi l’envieux tousjours art
Du feu d'envie de toute part.
Pour ce appert que desplaisant Est a Dieu et moult ennuiant.
Lo)
CHARLES D'ORLÉANS
Du pechié de gloulonnie
Par gloutonnie tout pechié
S’ensuit et toute mauvaistié, 80 Et pour ce, un chascun fuir
La doit, et non pas ensuir ;
Mais regarder on doit souvent
De Godeffroy l’enseignement, [ue] Par lequel il vitupere
Les glous et les acompere
A l’ours, au chien et a la truie.
Pour ce appert que gloutonnie 88 Est un pechié que on doit fuir,
Car mauvaistié fait ensuir,
Et en pert on sens et memoire, | Aussi la souverainne gloire. 92
Du pechié dire
Pour ensuir tousjours mes diz,
Dire vueil, parler, et si diz,
Qu'un chascun qui du pechié d’ire
Est plain ne peut faire ne.dire 96 Aucun bien a lui pourfitant,
Tant est ce pechié empeschant.
Et Alain en son livre dit |
Que, ainsi comme jour et nuyt, 100 Les rivieres, aussi les flues,
Par les rives sont tenues,
Ainsi attrempance si tient
L'ire des gens quant elle vient. | 104