Poésies et lettres de Malherbe
Ces Lettres, est-il dit clans ravertisfcment qui précède les Poésies de Malherbe, sont adressées à un sieur de Peiresc(et non Peyresq). Ce personnage mérite qu'on parle de lui moins légèrement. Nous allons réparer cette inconvenance, en transcrivant ici l'article Peiresc du Dictionnaire universel historique, etc., neuvième édition, Paiis, 1810.
i< Peiresc ( Nicolas-Glaude-Fabri , seigneur de ) , conseiller au parlement de Provence, né au château de Beaugencier en Provence, en i58o, d'une famille noble, originaire d'Italie, et établie en Provence depuis le treizième siècle , embrassa dans ses reclierches les langues, l'histoire, les mœurs, les médailles des anciens, leurs monuments : le droit, la physique, occupèrent tout à-la-fois son esprit avide de connoissances. Il parcourut l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, la Hollande, et visita en observateur éclairé toutes les bibliothèques, tous les dépôts qui pouvoient lui offrir des débris de l'antiquité, des monuments des arts , ou des productions rares de la nature. Peiresc fut accueilli avec empressement par tout ce que l'Europe possédoit alors de savants et d'hommes de génie. Fra Paolo , de Thou, F. PithoUy
rv AVERTISSEMENT,
les deux frères Sainte -Marthe, Casaubon, Grotius, Jos. Scaliger, admirèrent l'érudition du jeune savant. Peiresc, de retour dans sa patrie, entretint un commerce de lettres avec les illustres personnages qu'il avoit connus dans ses voyages. Uni par l'amitié avec Guillaume du Vair, premier président du parlement de Provence, il vint à Paris avec ce magistrat, lorsque les sceaux lui furent confiés en 1616. Il revint à Aix après la mort de du Vair; et sa maison , sa bibliothèque , sa bourse même, demeurèrent ouvertes pour les savants jusqu'à sa mort, en lôSy. Son éloge fut composé dans presque toutes les langues de l'Europe. L'académie degli lumioristi de Rome, dont il étoit membre , se distingua par les honneurs funèbres qu'elle lui rendit. La trop vaste érudition de Peiresc, jointe peut-être à la passion d'embrasser trop de matières, l'empêcha de finir aucun ouvrage. On n'a de lui qu'une Dissertation curieuse et savante sur un trépied ancien, imprimée dans le tome X des Mémoires de littérature du P. Desmolets. Il n'a laissé que des manuscrits , dont on trouvera une notice détaillée dans le Magasin encyclopédique, troisième année (1797), tome II, page 5o3. Samuel Sorbières dit que M. Bégon possédoit dans sa bibliothèque huit volumes de Peiresc, qui lui avoient coûté sept cents écus. Gassendi a donné la vie de ce savant, écrite avec beaucoup de pureté et d élégance, et traduite en francois par Requier. »
Dreux du Radier, dans son Europe illustre, n'a
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pas oublia P<Mr('S(\ « Il fMiil)iassa, dil-il, loiitcs les scÙMicos, toimnc sH iTiMlt été occupé qn<; (Tune seule, et y fil d<'s cli'coiiveites qui avoient éclia|)[)é aux plus fjrauds maîtres. L'inscription qu'il trouva sur un(^ améthyste, où étoit gravé le portrait de Selon, )c la main du fameux Dioscoride, et sur laquelle, au lieu de caractères, on ne découvroit que quelques trous rangés dans un ordre bizarre, suffiroit à prouver sa sagacité en matière d'inscriptions. Cette méthode le conduisit à la découverte d'une autre inscription d'un ancien temple d'Assise. Le monde entier étoit le livre qu'il avoit toujours sous les yeux. En 1607, il se fit recevoir conseiller; mais, avouons-le, la plus brillante magistrature qu'il ait exercée fut dans les sciences. Les savants le regardoient comme leur Mécène par ses bienfaits , leur conciliateur par ses bontés , et leur j uge par ses lumières. >'
Nous allons insérer ici quelques rectifications relatives au gentilhomme qui tua en duel le fils de Malherbe. Nous les tirons d'une notice très intéressante qui nous a été confiée, et que nous n'aurion> pas manqué de publier en entier , si les bornes d'un simple avertissement nous l'avoient permis.
« Le nom de celui qui se battit en duel avec le fils de Malherbe a donné lieu à une erreur qui se trouve répétée dans toutes les éditions de Voltaire ( i). Voltaire , sur l'autorité , à la vérité très grave , des Mémoires du maréchal de La Force, affirme que
(j) Notes sur le second chant de la Henriade.
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le brave de Piles, égorgé devant le Louvre, au massacre de la Saint-Barthélémy, en 1672, étoit père de celui qui tua en duel le fils de Malherbe. Ces Mémoires disent la vérité, puisque M. de Clermont de Piles fut en effet massacré le jour de la Saint-Barthélémy; mais Voltaire, qui connoissoit beaucoup mieux Malherbe que M. de Clermont , a cru embellir son récit, et y intéresser le lecteur, en ajoutant que le brave de Piles étoit père de celui qui tua en duel le fils de Malherbe. 11 ne s'est pas aperçu qu'il faisoit un anachronisme évident; car si ce fait étoit vrai, le fils de M. de Piles nauroit pu avoir, en 1628, moins de cinquante-six ans , et Balzac dit formellement que c'étoit un gentilhomme de Provence, qui n'avoit pas encore vingt-cinq ans. Ce qui a donné lieu à la méprise de Voltaire, c'est le nom de Piles ^ qui étoit commun à M. de Clermont, l'une des victimes de la funeste journée de la Saint-Barthélémy, et à Ludovic de Fortia , gentilhomme de Provence, qui tua le jeune Malherbe : celui-ci n'avoit f>as vingt-cinq ans en 1628. Ce Ludovic étoit frère puîné de Paul II de Fortia, gouverneur de Marseille, bisaïeul de Toussaint-Alphonse, duc de Fortia, aussi gouverneur de Marseille, mort en 1801. Ce dernier a eu long-temps en sa possession l'épée de combat de Ludovic , dont la poignée étoit garnie en fer de tous les côtés : elle a été perdue dans un déménagement. 11 fut tué en i646, non pas au siège de Porto-Longone, dans l'ile d'Elbe, comme le por-
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tcnl loiitrs les irlalions, mais à la roptise drs îles SaiiiU'-MaqjiuMitc. On le trouva mort, tenant encore son épée passée au travers du corps d'un ennemi (i). »
On a dit que de Bormes, second de de Piles, étoit fils de M. de(Miiivet, conseiller au parlement d'Aix, et beau-père de de Piles : ceci est encore une inexactitude. Ludovic de Fortia de Piles n'a jamais été marié; c'est son frère, Paul II de Fortia, alors mestrede-camp de la cavalerie légère et étrangère en France, qui avoit épousé mademoiselle de Cauvet de Marignanne, en 1627. Ainsi le jeune de Bonnes étoit seulement beau-frère du frère de Ludovic.
Le sonnet de Malherbe sur la mort de son fils est terminé par ces deux vers :
Ta justice t'en prie, et les auteurs du crime Sont (ils de ces bourreaux qui tout crucifié!
Le poète croyoit ou feignoit de croire que la famille de Fortia étoit d'origine juive, et il ne doute pas que cette circonstance ne soit un excellent moyen pour engager Dieu lui-même dans sa querelle. En Provence, il est vrai, plusieurs familles, quoique très anciennes, et même illustrées, étoient notées comme ne pouvant entrer dans l'ordre de Malte, parceque, soit par elles-mêmes , soit par des alliances , on les croyoit d'origine juive ; mais ici l'erreur est mani-
(i) Nous devons la notice qui nous a fourni ces éclaircissements à M. le comte de Fortia d'Urban.
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feste , puisque dans toutes ses branches la famille des Fortia n'a cessé de fournir des chevaliers à l'ordre de Malte. Sans doute les Juifs ont aussi leur noblesse , et même peut-être plus ancienne et mieux constatée que celle des autres nations. On peut fort bien descendre d'eux, et ne rougir nullement de cette descendance. Mais enfin la maison de Fortia est d'origine espagnole, et alliée aux souverains de cette nation; elle n'est point juive, puisque l'ordre respectable et souverain qui excluoit une telle origine l'a reconnu solennellement , dans le temps même où Malherbe venoit d'écrire le contraire.
Revenons à nos Lettres. Malgré les illusions presque inséparables du rôle d'éditeur, nous ne nous flattons pas que ces Lettres aient le charme de celles de madame de Sévigné et de quelques autres épistolaires; mais nous avons pensé que les anecdotes et les traits de mœurs dont elles fourmillent ne pouvoient pas être dénués d'intérêt. Nous nous proposions de les terminer par une table raisonnée des matières; mais ce travail, peu utile en soi-même, devenoit ici presque impossible. Des lettres dont le sujet change presque à chaque phrase ne sont guère susceptibles d'analyse, et la table seroit aussi volumineuse que l'ouvrage même.
En faveur de ceux qui, ayant déjà les Poésies de Malherbe, de quelque autre édition que la nôtre, se contenteroient d'acheter ce volume de Lettres, nous l'avons orné du même/«c simile. On y trouvera en-
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con> 11110 vue tic l.i ville de Cacn, prise de l'arrivée de l>aris, et celle de la maison de Malherbe; l'une et l'autre sont dues an talent distingué de M. Normand.
M. Dureau de I.a Malle nous avoit promis de donner ses soins à ce volume , ainsi que nous l'avons annoncé dans l'avertissement des Poésies ; mais ses occupations ne le lui ont pas permis.
Monsieur ,