A M. DE PEIRESC ( I VIUII DE
Paris, ft'vricr i6ijG.
Lundi au soir M. le Grand ( i )ine commanda de faire des vers pour les dames. Je fis ce que je pus pour m'en excuser, mais il n'y eut ordre. Vous pouvez jnger si nn homme qui a mauvaises jambes, comme j'ai, peut faire beaucoup de chemin en si peu de temps. J'en fis pourtant, car il fallut obéir; mais ce furent des vers de nécessité : ils ne laissent pas d'être loués ; le mal est que je ne les loue pas, et que je ne veux pas qu'on les voie. Toutefois, pourceque je ne vous saurois l'ien nier, vous les aurez sitôt que j'aurai le moyen de les écrire; à cette lieure j'ai compagnie qui ne me le permet pas. Je suis hien-aise que vous fûtes (2) bien accommodé à la carrouselle : je vous regrettai et vous cherchai par-tout, sinon là où vous étiez. Vous fûtes bien , et vous n'eussiez pas été uial ; car vous eussiez soupe avec M. le comte de Caudale
* Le fameux antiquaire, l'un des hommes les plus savants des seizième et dix-septième siècles.
(0 Le grand-ëcuyer, le duc de Bellegarde.
(2) Locution méridionale et vicieuse, usitée encore. Je fus hier, etc., «c dit h Toulouse, à P>orde.Tux, dan* la meilleure compagnie.
et^MM. ses frères, à la chambre de M. le Grand, et eussiez CT^i^le plaisir de dessus un échafaud qfti ne vous eût rien coûté. On voulut que je la visse (je parle de la carrouselle); c'est pourquoi je la vis, car autrement je ne suis pas bien curieux, et n'achète guère de choses avec le travail. La papier nie faut; je m'en vais finir, et me recommander humblement à vos bonnes graÇes , comme votre très humble serviteur,
F. MALHEUBE.
Je vous renvoie vos cartels, qui sont bons et beaux; il n'en est point d'autres de ce pays-là.
AU MEME
Février iGoG.
• MONSIELTR,
Afin que vous ayez part aux carrouselles , je v us prie de penser à quelque belle devise; j'y penserai de mon côté, mais j'ai tant de besogne tailli^-? que je ne sais où donner de la tête. Pline et Pierius vous en fourniront quelque sujet, si vous voulez voir leurs tables sous le nom à'cnnour; car c'est là qu'il faut que tout se rapporte ( i ). Je vous baise très humblement les mains. Excusez-moi si je suis importun; mais qui ne le seroit en une occasion où cinquante chevaux de la taille du mien ne fourni-
(i) Henri IV étoit alors amoureux de la princesse de Condé, et donnoit en son honneur des fêtes dont Malherbe coniposoit les devises emblèmes , etc. Il étoit gentilhomme ordinaire du roi et poète de la Gour.
!)K MAIJIi:i!|{|;. ;j
loioni pas.' 11 luut recourir aux amis, .-t je sais tn-, hicu que vous êtes des iiiieus; aussi suis-je votre nés liiiml.Je
s( I viteiu
AL MtMI-;
__ Fontainebleau, 2 octobre i HoG
Monsieur ,
J'écris toujours très mal, tuais ce soir j y fais des metveilles, pourcequ il est tard et que je suis si lassé de brouiller le papier que je vous jure que je ne sais ni ce que je fais ni ce que je dis; et puis, au même temps que ce porteur est entré en ma chambre, il s'est rencontré avec lui un laquais qui est venu exprès de Paris m apporter une lettre. Je vous laisse à penser comme je suis glorie^; la réponse a épuisé tout ce que j avois de belles paroles, et a lassé Fesprit aussi bien que la main : il vaut donc mieux .ne tai"e que de ne dire rien qui vaille. Je vous envoie les vers de M. Critton , bien gâtés et bien fripés ; mais nous sommes à Fontainebleau , où nous ne pourrons pas en recouvrer comme à Paris. J'en envoie un à M. le premier président, qui est un petit plus entier; mais votre amitié me défend les cérémonies. Pour des nouvelles , il n y en a du tout point que le mariage de M. le marquis de Rosni avec la fille de M. de Créqui, moyennant quatre cent mille livres que lui donne M. Lesdiguières. On attend de jour à autre la prise de Rbinberghe : je ne sais ce que cela nous amènera; pour moi, je ne prévois que paix. Le vendredi après votre parte-
nient, comme je parlois, en la chambre du roi, avec M. de Saint-André de vous, M. le Grand me fit entrer au cabinet, où de nouveau le roi me fit promettre de lui donner des vers, tellement qu'à cette heure il ne s'y faut plus endormir. Vous les aurez , mais quils seront faits (i). J'ai fait chercher à Paris les vers &its par M. Barclay pour le roi d'Auj^leterre. Si je ne vous impatiente, permettez que je voie les vôtres, et je vous les renverrai par celui même qui me les apportera. Que direz-vous de mon effronterie? Mais vous le voulez ainsi, et puisquejenepuis vous servir, pourlemoinsje vous veux contenter. Adieu , monsieur, j'avois de la peine à me mettre en train, et à cette heure je ne me puis taire. Tenezmoi en votre bonne grâce pour votre serviteur le plus affectionné, le plus humble et le plus fidèle que votre honnêteté ait jamais acquis. Dieu veuille que vous puissiez lire mon écriture, et vous ait en sa très sainte garde. A Fontainebleau, en la chambre que vous savez , où je suis accommodé comme un prince, votre très humble et très affectionné serviteur, „
Je vous prie , monsieur, si vous écrivez à M. Canden (2) en Angleterre, souvenez-vous de lui ramentevoir ["i) ce qu'il vous a promis touchant notre généalogie. Marc-An-
(1) Locution vieillie et regretlable. Mais que est une nuance entre sitôt que et lorsque. Cette préposition est encore usitée dans le patois normand, qui conserve en 1822 la langue et la prononciation du quatorzième et du quinzième siècle. Alais que j'aille^ que je vienne^ etc., se dit sans cesse chez les habitants du Bocage normand et percheron.
(2) Cambden.
(3) Mot heureux, dérivé de l'italien rammentare et du latin redflere in mente. Il est perdu , et on doit le regiefter.
DE MAI- m; mu:. fv
t()ino(i)voiis servira coiniiuî y ayant la priiicipuJc obli{;atioii, on punr le moins ayant, s'il plaît à Dicn, à en jouir plns lonfj-tcnips.
Vons lui ('(rirez, s'il vous [)laîr, qu'en TaNbaye de Saint-Ktiennc de Caen, qne bâtit le duc (iuillaunic, sont nos armoiries, parmi un f[rand nombre de celles des seigneurs qui raccompagnèrent à la conquête d'Angleterre, et que ce sont des liermiues de sable sans nombre en champ d'argent , et six roses de gueules (?.).
AU MÉiME.
Monsieur ,
Vous recevez bien des importunités tout à-la-fois , mais voici le comble de mon impudence. Il y a une certaine dame à qui madame la comtesse de Saul avoit promis de lui faire venir deux camisoles de toile blanche picpiée de la façon de Turin , dont elle avoit pris envie pour en avoir vu à madame la marquise de Montlaur ; toutefois elle ne s'en est point souvenue. Cette plainte s'est faite devant moi , ce qui m'a fait résoudre à faire ce qu'elle a oublié ou dédaigné. Je vous supplie, monsieur, que j'en recouvre un couple par votre moyen; mais que ce soit de la plus belle et blanche toile , et du plus bel ouvrage qu'il
(i) Cctoit son fils.
(2) Ces armoiries existent encore. Je les ai vues. Elles sont gravées dans l'Histoire de Normandie par Desmoulins. Le Malherl)e dont il est ici qnestion , et dont le poète descendoit en ligne directe, etoit chevalier banneret lors de la conquête.
se pourra. Vous me les ferez, s'il vous plaît, tenir à Paris, bien empaquetées, chez M. Ycart; encore que je croî5(i) bien que nous y serons dans un mois, vous me manderez le prix, et je vous en rembourserai. Vous donnerez au diable Tamitié et la reconnoissance, mais Tindiscrétion n'ira point plus outre; c'est bien assez de le vous témoigner si hardiment ; mais c'est pour l'homme (2) de qui le laquais m'a apporté aujourd'hui une lettre. Il suffit de vous dire cela pour avoir mon excuse, même avec vous, de qui les exercices ordinaires sont la courtoisie et rhonnêteté, etc.