y, AU MÊME
A Paris, ce 3 avril 1628 (1).
Quand j'ai vu votre lettre, que m'a fait tenir M. de Porchères-Arbaud , j'ai été ravi , comme d'une chose tout inopinée; tout ce que j'y blâme, c'est que vous ne vous excusiez point d'avoir été si long-temps sansm'écrire. Je ne savois certes à quoi imputer votre silence. J'aurois de la peine à croire que deux hommes de si basse condition comme sont mes parties , vous fissiez plus considérables que je ne suis : toutefois je ne savois à quoi me résoudre. Loué soit Dieu, que vous m'avez témoigné d'avoir encor«^ quelque souvenir de moi : cette franchise dont je vous parle, conforme à mon naturel, vous doit assurer de la vérité dCjpies sentiments. Je ne saurois perdre votre amitié qu'avec douleur; on n'estime point ce que l'on perd sans s'émouvoir. Je vous remercie de vos nouvelles : je crois que c'est ce que vous avez de plus illustre en Provence que l'affaire de madame de Créqui ;
(i) On voit, par la date de cette dernière lettre, que la mort de Malherbe n'a pu arriver en 1627, comme le disent plusieurs notices biographiques, et comme nous nous accusons de l'avoir répété, d'après ces mêmes notices, dans la vie de Malherbe qui précède le recueil de poésies. Il jiaroit constant que sa mort arriva en 1628, ainsi que le portent la Biographie universelle et YEurope illustre. Le Dictionnaire historique, tome XI, page 3, fait mourir Malherbe en 1620; ijl^ais cette erreur est si loin de la vérité qu'on peut y soupçonner une faâté typographique .
U y a là de quoi en soutenir la cause. Je vous ai déjà accusé d'une chose, je vous accuserai encore d'une seconde; c'est que vous me dites que si Timprimeur qui a imprimé mes vers en eût eu encore des exemplaires, vous ne m'en eussiez pas demandé : ce n'est pas , ce me semble, venir avec moi comme avec celui que je vous suis. Je vous envoie une dernière douzaine d'exemplaires, mais c'est d'une impression faite sans mon soin et sans mon aveu. Je m'en suis, au demeurant, offensé à bon escient; mais à cette heure que je suis au bout des trois cent cinquante exemplaires que j'avois fait faire , je suis bien aise que cette commodité se soit offerte de satisfaire à mes amis qui en désirent avoir. Je promis hier au roi d'en faire sur la prise de la Rochelle; mais je vous jure que j'en ferai faire douze ou quinze cents exemplaires, et avec privilège, afin que je ne retombe en ce déplaisir que j'ai eu de voir les fautes faites e . cette dernière impression. Pour nos nouvelles, le roi est parti ce matin, environ les sept heures; Monseigneur, qui lui venoit dire adieu , comme il a été devant la porte de mon logis , s'est arrêté à la vue du roi , qui sortoit de la barrière du Louvre; il a mis pied à terre, et de là est monté au carrosse du roi , qui Ta fait mettre auprès de lui au derrière du carrosse. Sa majesté lui donna samedi cinquante mille écus. Il dit qu'il veut que tout cela s'en aille en bisques incontinent après Pâques. M. de Lorraine vient cette semaine ; si le roi est sorti de Versailles ou de Dourdan, il lira trouver en poste. Je crois que par gravité le roi n'a pas voulu l'attendre plus longtemps; mais quelle qu'en soit la signifiance, il ne m'en pscient puisque l'affaire est accommodée. Hier un Ecos-.
DE MALHERBE. Bif)
«ois, iionuur Tiainoii, qui est Tiin de ceux que. {^'ardoit M. de VendôiiK, dit au roi qu'il avoit nouvelles de Londres queBuckin{;liani, pour se parer de la haine du peuple qui s'étoil ému contre lui , étoit retiré à iMinioutli (;t de là en Ecosse; que sa maison avoit été pillée et volée de fond en comble, et ses carrosses brûlés emmi la rue. Je ne pense pas que cette affaire-là soit bonne pour les Rochelois : s'ils ont bon nez , cela leur doit grandement diminuer Tespérance d'être secourus. Hier au soir le roi, après avoir soupe, descendit chez la reine sa mère. Comme ils y ont été environ demi-quart d'heure, il se leva, prit congé de ce qui étoit dans le cercle. Madame la Princesse fut la première, madame la princesse de Conti la seconde, et madame la comtesse de Soissons la troisième. Il parla à elle quelque temps; aux autres il ne fit autre chose que les baiser. Il avoit un pourpoint de France, que les reines et toutes les princesses louèrent grandement. Je dis tout bellement à la reine que je soubaitois que ce pourpoint-là fût vu dans les rues de la Rochelle; elle me dit qu'elle le souhaitoit bien aussi, mais que ce fût dans peu de temps. Je lui répondis que je ne croyois pas que l'affaire tardât plus de de«ix mois ou trois au plus. Elle dit au roi ce que je disois; lequel s'étant avancé vers moi me dit qu'il n'avoit jamais vu de si beaux vers que ceux que je lui avois donnes : je lui dis que j'en allois faire pour la prise de la Rochelle qui seroient encore meillevu's; il me dit que je le fisse. Voilà de la besogne pour moi; Dieu me fera, s'il lui plaît, la grâce d'en sortir avec autant d'honneur que je suis sorti de ceux que vous avez vus. J'ai envoyé à M. Astruç le remerciement que monseigneur le cardinal m'en a daigné
faire; il vous montrera la copie de la lettre qu'il m'en a écrite. Je ne sais plus que vous dire; Dieu veuille que bientôt je vous mande la prise de la Rochelle! C'est, monsieur, tout ce que j'ai à vous dire, sinon que je suis et veux être à jamais votre très humble serviteur.
FIjS.
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Échéonce
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