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M. DU BOUILLON AU MÊME
ACaen, ce 26 septembre 1622.
MONSIEUK ,
Je vous dois mille remerciement^, non seulement du soin qu'il vous plaît prendre de me faire tenir les lettres de mon cousin Malherbe, mais de votre bienveillance particulière en les voulant accompagner des vôtres et de vos agréables nouvelles. Nous étions ici fort en peine pour le bruit de paix qui couroit, et on nous le faisoit si confus, que nous n'osions y ajouter encore beaucoup de foi ; mais à présent que nous en voyons les particularités , nous en prendrons plus d'assurance. Ceux qui faisoient des vœux pour la prospérité des armes du roi ne s'imaginoient pas que le parti et la religion se pût relever du penchant de sa ruine; mais Montauban et la Rochelle subsistent, et si le roi donne son pouvoir et amoindrit son autorité dans ce parti , c'est encore une seconde tache dans les débris de leur naufrage. Il ne nous appar-
DE MALHERBE. r,o3
li(Mit pas (rcntrt'rdaiis le (•al)iMi't, ni (rcnqnérir les <;aii- S(!s (>t les inotits des conseils et des résolutions de nos rois , pourceque Dieu leur a donné un pouvoir absolu dans leur état, et nous a laissé seulement la {jloire de l'obéissance; mais la liberté Françoise qu'ils ont concédée à leiu's peuples fera contrôler les articles de cette paix. Toujours les plus sages et les plus judicieux Testimeront bonne si elle est durable. Je regrette qu'en revanche de votre courtoisie je ne puis vous mander quelque chose de nouveau; mais pour le présent il n'y a rien de considérable dans cette province, que les états du pays sont tenus et assignés aux premiers jours de décembre à tenir à Lisieux, à cause de la peste, qui est très cruelle à Rouen. J'écris un mot à mon cousin Malherbe ; je vous supplie, monsieur, de me faire tant défaveur que de lui faire tenir. Il me charge de lui faire payer une partie des cinq cents livres par-deçà -.^'^ussitôt que je l'aurai retiré, je vous l'enverrai comme il le désire. En attendant, continuez-moi, s'il vous plaît, l'honneur de votre bienveillance aussi long-temps comme je tâcherai de la mériter par toute sorte de devoirs et de soumissions et qualités. Monsieur, votre très humble et très obligé serviteur.
AU MÊME
A Caen, ce 3o septembre 1622.
Monsieur ,
Je ne vous ai pas assez servi pour mériter les faveurs que je reçois continuellement de vous. Si je ne le fais
pour Tavenir, accusez-en plutôt mon impuissance que le manque d'affection. Sij'étois en quelque autre lieu, je pourrois espérer qu il s'en présenteroit quelque occasion de les revancher ; mais, étant relégué ici comme au coin Je plus reculé du monde, il ne vous faut rien promettre d'un banni. Votre courtoisie aura toutes les qualités désirables en un vrai bienfait : vous donnez pour n'en rien attendre. Mais puisque votre inclination vous porte à obliger les personnes qui vous honorent, pardonnez, s'il vous plaît, monsieur, à la liberté que je prends d'exiger encore cette particulière faveur de votre bonté. Nous sommes en ces quartiers tous curieux de nouvelles , mais si malheureux pour une bonne ville, que nous en sommes toujours ou les derniers ou très mal informés. Tandis que mon cousin Malherbe étoit à Paris , nous tirions ce secours de lui; en son absence, faites-moi cette grâce que de commander à votre secrétaire de me donner la copie de celles que vous recevrez, s'il y a quelque chose de considérable. En cette demande, que vous jugerez peut-être incivile et trop hardie, ne vous imaginez pas que je souhaite que vous vous donniez la peine de m'écrire : rien moins; et à Dieu ne plaise que j'abuse jamais de l'honneur de votre bienveillance , en désirant de vous des choses injustes. Je sais par connoissance combien vous êtes arrêté dans l'occupation d'affaires toutes sérieuses ; ainsi je tiendrois à ruine de vous en divertir. Si vous me concédez ce que je désire, ce sera à cette condition , s'il vous plaît , que vous ne ferez que commander ; ce sera un convenu entre votre secrétaire et moi , que vous autoriserez de votre nom comme font les bons maîtres envers leurs serviteurs fidèles. Si vous m'obligez ,
DE MAlJIEHHi:. SoS
monsieur, de cette coiirtuisie, vous accroîtrez les obligations dont mon cousin Mallierbe vous est redevable, parceque ce sera une faveur extraordinaire que vous donnerez, non à ma personne, mais à son nom. En attendant que je vous en remercie , permettez que je fasse des vœux pour votre prospérité, en qtudité de votre très humble et très obéissant serviteur.
MALHERBE AU MEME
A Aix, ce 23 novembre iGj
Monsieur ,
Je me réserve à vous remercier de bouche de tant de bons offices que je reçois de vous; je pense être en chemin devant qu'il soit huit ou dix jours : tout ce que j'attends, c'est que le roi soit avancé vers Paris, afin qu'à tant d'autres incommodités je n'ajoute point celle d'être mal logé, ce qi i ne pourroit être autrement si je m'embarrassois dans le gros de la cour. M. de Savoie est auprès du roi; mais des cérémonies de cette réception et de ce qui s'y est passé, il faudra que vous le sachiez de M. de Valves, qui y a été continuellement; pour moi, l'âge et la saison me font désormais éviter les tournées qui ne sont point nécessaires. Je vous supplie , monsieur, si l'on m'envoyoit l'argent de Normandie, en bailler à M. Ycart ce qu'il a fourni pour moi, et me garder le reste à mon arrivée à Paris. Je vous ai des obligations, des offres que vous me faites, si grandes que je ne vous
5o6 LETTRES
en saurois exprimer le ressentiment. Cette démonstration de bonne volonté me sera toujours devant les yeux, jusqu'à ce que la fortune m'ait donné quelques moyens de m'en revancher. Je vous supplie y ajouter encore cette faveur de faire tenir à M. Ycart ce paquet que je vous adresse, et à madame Jouant une lettre que je lui écris pour me tenir ma chambre prête au vingtième du mois prochain. J'espère, monsieur, en ce temps-là n'être pas loin de vous, et vous dire avec plus de paroles ce de quoi je ne puis à cette heure vous ntretenir; cependant vous me conserverez , s'il vous plaît, en vos^bonnes grâces , comme votre serviteur très humble et très obligé.
Monsieur , excusez encore cette importunité : si M. Ycart a besoin de quelque recommandation en mon affaire , je vous supplie très humblement de l'assister de la vôtre envers les amis que vous avez au conseil.
M. DU BOUILLON AU MÊME
A Caen, ce 2 4 novembre 1622.
Monsieur ,
Je vous remercie très humblement du soin qu'il vous a plu prendre de nous envoyer les articles de la paix. Jusqu'à ce que nous les ayons vus, nous n'ajoutions pas une pleine foi à cette bonne nouvelle; mais d'autant que dans le contenu d'iceux il n'est point parlé de Montauban ni de la Rochelle, nous estimons qu'il y a quelque
DE MALIIKHBK. 507
chose de plus secret pour ces villes-là. On nous a ici écrit de Houeii et de Saint- M;dt) (jiie raniiée navale a choqué les vaisseaux (h* la Kochellc, et (ju'il y a eu viu{;t navires pris et douze coid(''s à fond, ft (h'iix mille soldats arrêtés prisonniers. Si cette victoire étoit véritahle, cet heureux succès rétabliroit la {gloire de M. de (iuise; mais parceque vos mémoires n'eu portent rien, je crains fort de la vérité de cette histoire : elle seroit assez d'importance et en considération pour s'en souvenir, et je joindrai qu'il est croyable- qu'elle seroit aussitôt arrivée à Paris que publiée ici. Depuis ina dernière , il n'est rien survenu de nouveau en cette province qui soit dif;ne de vous. On espéroit que les états tiendroient à Lisieux, à cause de la contagion de Rouen; mais M. de Longueville, qui est allé trouver le roi à Lyon, fait croire qu'ils seront assignés en un autre lieu et à une autre saison. Je vous baise bien humblement les mains, et suis, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
MALHERBE AU MÊME
A Paris, ce 19 décembre 1626.
Il y a si long-temps que je ne vous ai écrit que je ne sais si vous connoîtrez ma lettre; la paresse en est une cause, mais les affaires sont la principale. J'ai si peu accoutumé d'en avoir que la moindre que j'aie ne me permet aucun divertissement. Monseigneur le cardinal m'a promis toute sorte de faveurs; vous pouvez penser si j'en
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dois espérer bonne issue. Sitôt que j'en serai hors, je m'en vais lui rendre en rime ce qu'il m'aura prêté en prose. Je suis vieux, et par conséquent contemptible aux muses, qui sont femmes; mais en son nom je crois que je ne leur demanderai rien qu'elles ne m'accordent. Quoi que je die et que j'écrive de lui, je pourrai bien le satisfaire, mais moi jamais. Je lui donnai, il y a environ un mois ou cinq semaines, un sonnet que je vous envoie; vous m'en direz votre avis : aussi bien n'avons-nous point de nouvelles. Vcus avez '^u le congé donné à Barradas. Nous avons un sieur Simon, page de la même écurie, qui a pris sa place. Le roi, mercredi dernier, le présenta à la reine sa mère. C'est un jeune garçon de dix-huit ans ou environ. La mauvaise conduite de l'autre lui sera une leçon , et sa chute un exemple de faire mieux. J'ai ouï dire à madame la princesse de Conti qu'elle avoit vu qu'un jour le roi, par caresse, lui jeta quelques gouttes d'eau de naffe(i) au visage dans la chambre de la reine. Il se mit en telle colère, qu'il sauta sur les mains du roi , lui arracha le petit pot où étoit l'eau , qui est un pot de porcelaine , et le lui cassa à ses pieds : ce n'est pas là l'action d'un homme qui vouloit mourir dans la faveur. Bais, son oncle , du déplaisir qu'il a eu de son éloignement, est mort deux jours après. Je crois que le principal sentiment qui le porta à cette extrémité fut qu'il avoit répondu pour lui de dix-huit ou vingt mille écus. M. le cardinal a été cinq ou six jours à Grosbois; il en revient demain : il se porte bien, grâces à Dieu. Vous pouvez penser comme je prie pour un homme qui m'a dit qu'il veut faire toutes mes affaires.
i) Eau de fleiir d'orange.
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Les notables continuent toujours leurs assemblées, mais lentement. M. leur président fait bien souvent l'école buissonnière ; mais, sans llattcr et sans mentir, on dit qu'il y fait des merveilles, et (jnii donne toute l'espérance qu'on peut avoir d'un f;rand prince. J'oubliois à vous dire qu'il y a quatre ou cinq jours qu'étant avec M. d'Arbaud, il vint un homme d'é(jlise lui présenter im papier; il lui demanda ce que c'étoit; il lui dit que c'étoit un placet pour un archevêché que le roi lui avoit accordé. Je lui demandai quel archevêché c'étoit; il dit que c'étoit celui d'Aix: je contestai là-dessus, et lui dis que ce ne pouvoit être celui d'Aix, pourcequ'il étoit au frère de M. le cardinal , qui ne pouvoit être mort qu'il n'en fût plus (jrand bruit. Je lui demandai si ce n'étoit point Ays, il dit que non. M. d'Arbaud là-dessus prit son placet , et l'ayant regardé , dit : « Voilà Aix en Provence bien écrit : tenez , gardez bien votre placet. » Le pauvre homme s'en retourna bien étonné; mais M. d'Arbaud ni moi ne savons qui il est. Je n'ai pas l'honneur d'être connu de M. notre archevêque, mais je ne désire pas que nous le changions; je crois qu'aussi en faitesvous : je sais bien le goût que vous avez pour les personnes de son mérite. Adieu, monsieur; devant que de finir, je vous dirai que les Espagnols ont pris une île entre Irlande et Angleterre , et la fortifient. Les deux reines en oyant(i)hier ensemble, la reine dit à la reine mère que c'étoient ses enfants qui se battoient. On attend ici M. le maréchal de Bassompierre , qui a rhabillé tout le malentendu entre France et Angleterre : les choses y vont comme on le sauroit désirer. Adieu encore un
(i) Pour, entendant parler de cette nouvelle.
5io LETTRES
coup, j'ai plus babillé que je ne pensois; je vous baisé bien humblement les mains, et suis, monsieur, comme toujours, votre serviteur très humble et très affectionné.
Je suis très humble serviteur de M. de Valves.
ATJ MÊME.
A Paris, ce 27 juillet 1627.
Monsieur ,
Vous n'avez point eu de réponse de moi sur le fait de la contestation entre monseigneur Tarchevêque et messieurs du parlement, parceque lorsqu'on parla à M. Tévêque de Chartres , il me dit qu'il avoit été enquis sur le même sujet de votre part il y avoit quinze jours , et qu'il y avoitrépondu. Tout ce que j'y ajouterai, c'est que de tous les évêques à qui j'en ai parlé, il n'y en a pas un qui n'ait dit qu'il avoit toujours attendu l'offrande aux degrés qui sont devant l'autel; un seul me dit que messieurs du parlement faisoient ce qui leur plaisoit dans le palais, et que le parlement ne devoit pas avoir même de puissance dans son église. Je me trompe , ou il ne pouvoit pas me dire plus ouvertement : « Je prétends, à la première promotion, être nommé pour le chapeau de cardinal. » Je vous remercie de vos nouvelles : les nôtres sont bonnes pour la santé du roi, grâce à Dieu; mais il est aujourd'hui venu un courrier à sa majesté, qui dit que les Anglois ont mis pied à terre en l'île de Ré, et que, sur l'empêchement qu'on leur a voulu donner, il s'est fait un
DK MALIIFJIHI-:. 6m
{jrand roinbat,où nous avons perdu LaRochebaritaud, le baron de Cbantal, et Kostiui Icr, IVcre de M. deToiras : pour It; nonil)rt' des morts, on en parle diversement; nous en saurons dans deux jours la vérité, je ne me plais pas à écrire des bourdes. Par cette voie, j'écris à M. le premier président plus au long tout ce que je sais; vous le verrez à votre aise dans sa lettre : je suis pressé du sommeil, je serai plus dilijjent une autre fois. Cette fois , monsieur, vous ne contesterez que je suis, monsieur, votre très humble serviteur.
Monsieur ,
AU MEME
A Paris, ce 4 octobre 1627.
Je ne suis pas diligent comme je devrois être; mais je suis vieux, et vous, qui êtes jeune, ne faites pas mieux que moi. Vous avez ici M. d'Agut, qui vous fait penser que vous n'avez que faire des autres ; et certes vous avez raison, il ne manque point de bons avis; aussi Topinion que j'en ai n'est pas une des moindres excuses de mon silence. Quoi qu'il en soit , il faut tout trouver bon de ses amis; je crois que, quand les autres fois vous auriez voulu contester ponctuellement avec moi là-dessus, à cette heure que vous me voyez embarrassé dans une si malheureuse affaire comme celle de la mort de mon pauvre fils , vous ne ferez point difficulté de me remettre quelque chose de votre droit. Je désire toujours vos bonnes grâces, et ne me manquera que des occasions
pour le vous témoigner. Vous verrez ce que je sais de nouvelles dans celles que j'écris à M. le premier président. J'espère au premier jour vous mander le parteinent de beaucoup de gens; les affaires prennent ce chemin-là : je m'assure que c'est autant votre souhait comme le mien. Pour mes assassins, les marauds peut-être croient que leur cas va bien, parceque je les laisse en repos ; mais je veux qu'ils sachent qu'avec l'aide de Dieu ils se trouvent accablés d'un côté d'où ils ne se guettent pas. M. de Gordes , si vous le voyez , vous dira avec quelle affection le roi me promit qu'ils n'auroient jamais de grâce ni d'abolition; il y étoit présent. Dieu sait comme je dépeignis à sa majesté l'horreur de l'assassinat et la basse condition des drôles. Il m'exhorta de les faire prendre, et que du reste je m'assurasse que j'aurois justice. Si je n'eusse empêché toute confiscation, il y a longtemps qu'elle fût donnée : mon intérêt seul en a été le retardement. Adieu, monsieur: je parle à vous comme à mon ami; aussi suis-je tout-à-fait votre serviteur.
J'ai oublié , aux nouvelles que j'ai écrites à M. le premier président, de lui dire que demain la reine, mère du roi , s'en va pour huit ou dix jours à sa maison de Mousseaux.
Le roi devoit être hier à Saumur : il y eu a qui croient que de là il ira voir ses vaisseaux à Morbihan ; les autres, qu'il ira à la Rochelle, qui n'est qu'à vingt-quatre ou vingt-six lieues de Saumur.
I)K MALHRUBIv 5/3
Monsieur ,