‹ Poësies et messéniennesChapitre 18 sur 39 · D AN AK · texte numérisé non relu

D AN AK

Et les pales clartés que vomissaient leurs flancs, Sillonnaient les Ilots turbulens De cet océan sans rivages.

Le front déjà voilé des ombres du trépas ,

Seule sur un esquif, Danaë gémissante Levait au ciel ses yeux éteints par l’épouvante,

Ses yeux Son jeune fds reposait dans ses bras.

Enfin , avec transport sur son cœur elle presse Ce fils, l’unique objet de ses mornes douleurs, Puis de ses froides mains doucement le caresse , Et lui dit, le couvrant de baisers et de pleurs :

« Si jeune tu ne peux connaître « Toute l’horreur de notre sort,

« Pauvre enfant, tu souris peut-être « Au flot qui t’apporte la mort.

« Phébe , que ton céleste frère « Abaisse ses regards sur moi ;

DANAE.

« Fils de Latone, souviens- toi « Des infortunes de ta mère.

« Hélas ! rallumant son flambeau ,

« Que l’aurore tarde à paraître;

« Dieux! quelle nuit et quel berceau « Pour un enfant qui vient de naître !

« O mon fils ! il n’est plus d’espoir !

« Déjà l’abîme nous dévore :

« Sur mon sein je te presse encore,

« Mais je ne dois plus te revoir. »

Cependant Jupiter a tressailli de crainte:

Pâle , il s’est élancé , le courroux dans les yeux : C’est un père, un amant, c’est le maître des dieux; Il porte sur son front cette majesté sainte,

Qui consterne la terre et fait trembler les cieux:

La foudre à son aspect se tait épouvantée;

A ses pieds les autans déposent leur fureur;

9e. édition. 28

DANAE.

De la voûte du ciel, qu’elle avait insultée,

La mer précipitée

Dans ses gouffres sans fond retombe de terreur.

Il parle ; Danaé tremble a sa voix chérie ,

Se courbe sous sa gloire, et frissonne, et s’écrie:

« Grâce , dieu redouté , ne nous consume pas « De l’éclat dévorant dont ta gloire est armée. « Et toi , lève , ô mon fds , ta tête inanimée ;

« C’est ton père, tends-lui les bras !

« Il m’exauce, aucun bruit ne frappe mes oreilles;

La nuit a rallumé ses astres radieux ;

« Tu souris , tes beaux yeux se ferment , tu sommeilles ; « Dors , mon fds , sur la foi des dieux. »

Elle dit , et l’esquif , sous un ciel sans nuage ,

Poussé par les zephirs, glisse jusqu’au rivage.

Danaé sur des fleurs dépose son trésor ,

Cet enfant qu’a regret les flots semblent lui rendre,

DANAE.

L’écoute respirer, l’entend, l’écoute encor,

Ne peut se lasser de l’entendre,

Et le cœur agité d’un doux frémissement,

Sentant son sein pressé par la bouche vermeille De l’enfant qui s’éveille ,

Rend un pieux hommage à son céleste amant.

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