‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 1 sur 85 · ET LES ŒUVRES DE BERTIN · texte numérisé non relu

ET LES ŒUVRES DE BERTIN

L ERS la fin du xvin' siècle, alors pu ' Dorai et son icoU brillaient de tout leur L faux éclat, et qu'Andri Ckéniern'avail >re écrit, mime pour ses amis, aucun :es vers qui devaient renouveler la I poésie vieillissante, la France vit apparaitre un jeune poète çui, ni sous un ciel plus chaud, Heoi dans l'étude, Jion des Grecs, il est vrai, comme l'auteur de l'Aveugle, mais des Latins, dont U s'était pénétré, vint heureusement rerr^lacer le cliquetis de mets et ttidies, alors si fart à la mode, par une vivaeiti, une tendresse d'expressions, nies de sentiments vrais, et dont il aaait diji tromé les modèles doits Fan-

II Notice sur la vie

Uquiti. Ce poète, c'est Bertin, dont nous rééditons aujourd'hui les eewores, de tout temps chères aux gens de goût, aux délicats.

Antoine de Bertin, dit le chevalier de Bertin, naptit, le 10 octobre 1752, dans cette belle île Bourbon, aujourd'hui île de la Réunion, qui comptait alors, avec VUe de France, sa voisine dans la mer des Indes, et avec VUe de Saint-Domingue, dans la mer des Antilles, toutes deux perdues depuis pour nous, parmi les plus riches colonies de la mère patrie, à qui elle appartenait depuis 1642. Quelques mois plus tard, le 6 février de Vannée suivante, y naissait également un autre poète qui fut son compagnon ^études, de plaisirs et de gloire, le chevalier de Pamy, dont le nom est inséparable du sien» Dans une de ses pièces les plus brillantes, dans V élégie où il peint le mois des vendanges, avec une richesse de coloris qui semble empruntée à Properce, Bertin iest souvenu de cet anniversaire qui se liait dans son esprit avec les sai^ sissantes peintures de la terre natale.

Quels cris dans les airs retentissent !

Quels chants sur ces coteaux d'un del ardent brûlés ! Déjà, le thyrse en main, s'unissent Les Faunes aux Sylvains mêlés :

Les fougueux Egipans bondissent , Et sous leurs pas au loin gémissent La terre et les bois ébranlés.

Le front chargé des fruits d'une heureuse vendange,

Et les œuvres de Bertin, m

La bouché teiiite encor des raisins qu'il a bus,

Et penché sur -son char, le Dieu vainqueur du Gange

Du plus riche des mois nous verse les tributs.

Je naquis dans ce mois : voici le jour que j'aime... ^.

Sa famille, qui avait occupé de grands emplois dans la colonie, était riche et puissante. Son père, qui parait avoir été, de 1763 à 1767, gouverneur de VUe, entoura sa jeunesse de tout ce que le hixe créole, joint au prestige de V autorité, pouvait avoir de plus brillant. Même en faisant la part de l'exagération naturelle aux poètes, les premières années de Bertin durent être une sorte ^enchantement dont Vimage resta d'autant plus vivement gravée dans sa mémoire, quelle contrasta davantage avec la situation modeste à laquelle le réduisirent plus tard des revers de fortune. C'est ce sentiment qu'on retrouve dans ces vers oi^ la tristesse du présent mêle son amertume atfx souvenirs d'un heureux passé.

O tristesse ! ô regrets ! ô jours de mon enfance ! Hélas ! un sort plus doux m'étoit alors promis. Né dans ces beaux climats et sous les cieuxamis Qu'au sein des mers de l'Inde embrase te tropique, Elevé dans l'orgueil du luxe asiatique, La pourpre, le satin, ces cotons précieux Que lave aux bords du Gange un peuple industrieux, Cet émail si brillant que la Chine colore.

Ces tapis dont la Perse est plus jalouse encore. Sous mes pieds étendus, insultés dans mes jeux. De leur richesse à peine avoient frappé mes yeux. Je croissois, jeune roi de ces rives fécondes :

Et l'Océan, au loin se perdant sous les cieux, 1. Les Amours, liv. III, élégie xvii.

IV Notice sur la vie

Sembbit oîtnx encor, pour amuser aes yeux, Dans leur cours différent cent barques passagères Qu'eznportoient ou la rame ou les voiles légères.

Que falloit-il de plus? Dociles à ma voix, Cent esclaves choisis entouroient ma jeunesse ; Et mon père, éprouvé par trente ans de sagesse, Au créole orgueilleux dictant de justes lois, Chargé de maintenir l'autorité des rois, Sembloit dans ces beaux lieux égaler leur richesse. Tout s*est évanoui... *.

Les parents du jeune Berlin étaient liés étroitement avec la famille Des Forges de Parny, dont l'un des membres, M, Des Forges-Boîicher, avait été gouverneur général des îles de France et de Bourbon, et V enfance de notre poète se passa presque autant dans la magnifique propriété du Gol, appartenant à ce dernier, que sur le domaine paternel. On en retrouve le souvenir attendri dans le tableau pittoresque que nous offre de ses premières années passées à VUe Bourbon, Vépitre qu'il adressa à son vieil ami.

Que j'aime encore, après quinze ans d'absence,

Ce Gol, témoin des jeux de mon enfance 1

Sur le penchant d'un fertile coteau ,

Il m'en souvient, s'élève le château;

L'art a mêlé, sous son riche portique.

Le goût français au luxe asiatique...

De vos jardins, la mer calme et tranquille

Paroît au loin un cristal immobile...

Champs fortunés, ombrages toujours verts,

Ah! que ne puis-je, oubliant l'univers.

Dans votre sein couler des jours prospères !

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