‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 34 sur 85 · LA MOISSON · texte numérisé non relu

LA MOISSON

MA maîtresse retourne à sa maison des champs. Quel cœur barbare et dur peut rester à la ville ? Fuyons; dérobons-nous à sa pompe servile, A ses frivolités I à ses discours méchants.

Loin des remparts poudreux qu'arrose en vain la Seine, Courons des fruits vermeils admirer les couleurs, Et, sous le frais abri des forêts de Vincenne, Du Lion dévorant éviter les chaleurs.

Viens, Tau tel est paré; viens, la victime est prête; Descends du haut des cieux, bienfaisante Cérès 1 Prends ta Êiucille en main , et couronne ta tête De bluets et d'épis, trésors de tes guérets.

O mes Lares ! ce jour doit être un jour de fête; Des plus riants festons j'ornerai vos portraits. Écartez loin de nous et la pluie et Torage, Dun jour tranquille et pur éclairez nos moissons.

p6 Poésies de Bertin,

Voyez-vous ces vieillards, ces filles, ces garçons. Tout un peuple courbé qui s'empresse à l'ouvrage, £t détonne gaiement de rustiques chansons ?

Ils vont de rang en rang : sous leur main diligente Déjà ces longs tuyaux, d'énormes grains chargés, Tombent sur les sillons, en faisceaux partagés. Le van chasse dans l'air une paille indigente ; La terre au loin gémit sous l'effort des batteurs. Vers le soir, au château la troupe cantonnée Se délasse en riant du poids de la journée.

Et le plaisir succède à ces soins enchanteurs. Amis, qu'attendez- vous I Mêlons-nous à la danse De ces pâtres joyeux, folâtrant sous l'ormeau : Le flageolet aigu marque assez la cadence ; Conduisons tour à tour les belles du hameau.

Qu'on tire cent flacons de la glace pilée ; Versez-moi d'un vin frais qui ternit le cristal : Je ne rougirai point, ce soir, dans la vallée De vous suivre en tremblant et d'un pas inégal ; Tout sied en ce beau jour. Buvons à Catilie, Buvons à Nîvemois*, buvons à Maillebois*.

1. Louis-Jules-Barbon Mancini-Mazarini, duc de Nivernais (171(^-1798). Il avait remplacé, en 174}, Massillon à TAcadémie française. Il habitait me de Tournon le bel hôtel qui aujourd'hui sert de caserne. Veuf, le 10 mars 1782, d'Hélène- Angélique-Françoise Phélypeaux de Pontchartrain, il se remaria, le 14 octobre de la même année, à Marie-Thérèse de BrancaSy célèbre dans la société du temps sous le nom de comtesse de Rochefort, et avec laquelle il était lié depuis longtemps.

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