I. Joseph Legros, célèbre chanteur de FOpéra (i7]9-i79S
MaîSi par malheur, je ne saurois vous suivre, » Me dit encore un important du jour :
« Je connois trop et la ville et la cour.
Voulez-vous point qu'après la comédie, Un fol essaim, à souper chez Lydie, En ricanant m'afiuble d'un couplet ?
Non, non, partez : laissez-moi, s'il vous plaît, Rire avec eux au bout de l'hémisphère.
Est-on oisif pour n'avoir rien à faire ?
Et n'ai-je pas mes chiens à. caresser, Glycère à voir, des cheveux à tresser * Pour l'embellir, ou calmer sa rivale ?
Comment remplir cet immense intervalle.
Qui de leurs nuits doit séparer vos jours ?
Ici du moins nos soleils sont plus courts.
Sous l'équateur que peut-on faire ? on pense ? Cest bien assez de digérer en- France :
Et pour mes nerfs, trop prompts à s'agacer, Le fier Bouvard me défend de penser*. »
Ainsi raisonne aux foyers du théâtre Un étourdi, du fracas idolâtre.
Qui croit peut-être, en son esprit borné.
Que de vos bois l'habitant fortuné, D^un autre dieu noire et grossière image.
Eut l'âme épaisse, et le mufle sauvage Du Cafre errant dans le sable africain.
I. Du temps de Bertln, les femmes portaient de fausses tresses, dont on s'occupait dans les boudoirs, comme de faire de la broderie ou des nœuds. (Note de l'édition de j823,)
a. Michel-Philippe Bouvard, célèbre médecin (17x^-1787).
204 Poésies de Bertin»
On sait qu'un jour, pour mieux tromper Vulcain, Mars et Vénus dans vos bois descendirent; L'Amour survint, et vos peuples naquirent L'homme soudain se sentit né de Mars.
Vers un ciel pur élevant ses regards, II tend son arc, et d'un bras qu'il déploie Décoche un trait qui va percer sa proie.
Le trait lancé retombe au même instant, Et lui rapporte un ramier palpitant Le jour entier signala son adresse.
L'ombre, à son tour, vint servir sa tendresse; Et vers l'aurore, accablé de désirs.
Il s'endormit, mais rêva ses plaisirs.
Quel doux souris ! quelle rougeur charmante A son réveil embellit son amante !
Dieux ! que d'attraits ! En vain ses long cheveux Couvrent son corps de leur voile onduleux :
Ses longs cheveux et sa taille légère Trahiroient seuls le secret de sa mère.
Si l'un de Mars eut la noble fierté, De Vénus l'autre a toute la beauté.
Vous, que Vénus, ainsi que Mars, protège, Ne quittez pas le séduisant cortège Des Jeux badins, des Amours paresseux; En cheveux blancs buvez le vin mousseux, Et puis dormez au sein de la victoire :
La volupté sied très bien à la gloire.
Pour la servir avec vous plus longtemps,
Poésies diverses. 205
Jallois déjà sur les flots inconstants Des vents du sud braver la violence ; Mais l'airain gronde, et l'Europe en silence De la discorde attend l'instant fatal.
Le nouveau monde a donné le signal.
Mars, sous les traits de mon auguste maître ^ Plus beau, plus jeune, et plus vaillant peut-être. Me dit : « Restez, accompagnez mes pas; Soit qu'aux Germains portant un sûr trépas, Du sein, des balfi, des plaisirs, et des fêtes. Je vole au Rhin promis à mes conquêtes*; Soit que, de Londre effrayant les remparts, Je montre un jour aux sanglants léopards L'appui du trône et le vengeur d'un frère. »
C'en est donc fait : une rive si chère N'aura de moi que mes foibles écrits.
Partez, mes vers ; je demeure à Paris.