A MES AMIS
AMis^ au printemps de mes jours (On croit tout permis à cet âge) J'allois, dans mon culte volage, Visiter en pèlerinage La Terre-Sainte des Amours.
Je reconnus sur le rivage Le batelet d'Anacréon.
Des fleurs pendoient au pavillon, Les Jeux formoient son équipage ; Silène en étoit le patron.
Je brisai le tissu frivole Des rubans qui le retenoient; Et sur le fleuve, au gré d'Éole, Je m'abandonnai, sans boussole.
Aux tourbillons qui m'entraînoient.
Enfant chéri de la paresse, Peu fêté de la docte cour.
Sans art, mais non pas sans ivresse, J'osai célébrer tour h tour
244 Poésies de Berlin.
Le vin, le plaisir et Famour,
Entre les bras de ma maîtresse.
Je me flattois que sa beauté
Du connoisseur qui toujours fronde
Désarmeroit la gravité;
Mais monsieur Bardus irrité ^
Troubla bientôt ma paix profonde
£t mon aimable obscurité.
Ce géant baisse sa visière,
£t, cuirassé d'un triple airain,
Vient aux yeux de l'Europe entière
Combattre, la lance à la main,
Mes vers armés à la légère.
Ainsi l'implacable vautour
S'élance sur deux tourterelles,
Qui dans un bosquet, loin du jour,
Mêloient leurs becs, battoient des ailes.
Aux pieds des autels de l'Amour.
I. Il ne saurait s'agir ici, comme on l'a cru, de Fréron, mort en 1776, et dont VAnnée littéraire {J7Q0 y t,lll, p. 2^) avait loué plus que critiqué les Amours.