‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 78 sur 85 · LE CLAIR DE LA LUNE · texte numérisé non relu

LE CLAIR DE LA LUNE

SOMMEIL, triste Sommeil, viens fermer ma paupière; Et vous, en^ts du soir, tumultueux Désirs, Fuyez. Uastre des nuits poursuivant sa carrière Verse encor sur ces murs des torrents de lumière, £t pour huit jours entiers éloigne mes plaisirs. , Que je hais la splendeur calme et silencieuse De ce globe argenté qui roule dans les airs.

Pour arrêter mes pas quelle main odieuse D'innombrables soleils a semé ces déserts ?

Tombez, sources de feu; laissez régner les ombres, £t qu'un brouillard ami se répande sur nous.

Hélas ! j'entends sonner l'heure du rendez-vous. L'Amour aux soirs brillants préfère les nuits sombres : C'est le temps fortuné des larcins les plus doux.

I. Cette pièce, qui fait partie du recueil de 1780, liv. III, élégie xUf ne fut pas reproduite dans celui de i78S> où ne figurent pas non plus les trois pièces suivantes, parues dans VAlmanach des Muses de 177$, 1777 et 1778.

286 Poésies de Berlin.

Alors, un bras tendu, la maîtresse captive

Du lit d'un vieil époux s'esquive adroitement,

Et confiant au mur sa marche fugitive

Ses souliers à la main, va trouver son amant.

Alors, sous des ormeaux, demi-nue et voilée,

La Dryade au plaisir invite le passant;

Le Faune alors poursuit la Nymphe échevelée.

On n'entend que des ris, et la porte ébranlée

Retentit sous les coups du marteau bondissant;

Éloignez-vous, fuyez de ces lieux solitaires.

Esclaves, retirez vos flambeaux indiscrets.

Vénus à tous les yeux veut cacher ses mystères.

Gardez-vous, en courant, d'effrayer nos bergères,

Ou, la flamme à la main, d'interroger de près

Sous les mouchoirs trompeurs leur visage et leurs traits.

Qu'il se taise du moins l'imprudent téméraire

Qui dans ces jeux charmants nous auroit reconnus ;

Qu'il jure par sa sœur, qu'il jure par sa mère,

Qu'il atteste les dieux qu'il ne s'en souvient plus.

Quiconque au doigt montrant la place fortunée.

Osera révéler les secrets de l'amour.

Sentira que Vénus d'un sang barbare est née,

Et que des flots amers elle a reçu le jour.

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