AUX TURCS
ous que jamais Vénus n'a brûlés de ses flammes, De la beauté craintive oppresseurs odieux.
Dites-moi donc, au nom des dieux, Pourquoi vous enfermez vos femmes I
De vos goûts dédaigneux esclaves couronnés ,
Ces objets ingénus des bornes de TAsie
Sont pour vous tous les ans en triomphe amenés.
Vous dépeuplez la Circassie :
En êtes-vous plus fortunés ?
Vous ne connoissez pas ces transports pleins de charmes Et la crainte, et Tespoir, et ces jalouses larmes. Ces refus qui toujours irritent le désir.
Et le premier baiser de la bouche qu'on aime : Ce baiser, gage du plaisir, £t plus doux que le plaisir même.
Dans un sérail voluptueux
Où fume l'encens d'Arabie,
Couchés sur un sopha, vous recevez les vœux
288 Poésies de Bertîn,
De cent jeunes beautés aux superbes cheveux.
Aux épaules d'albâtre, à la jambe arrondie.
Au beau sein agité d'un désir amoureux.
Vous en avez, comme on peut croire, A Tœil noir et d'azur, au regard vif et doux. Mais vous en avez tant! hélas! qu'en £ûtes-yoosr
Mes chers amis, j'ai lu Thistoire,
Et s'il faut le dire, entre nous,
Salomon est le seul époux Qui jadis en servit près de mille avec gloire.
Son talent aux mortels n'est pas donné toujours-; £t lorsqu'en vos jardins, sur le soir des beaux jours, Des groupes demi-nus sous des gazes légères Cherchent en soupirant les plus sombres détours.
Et sous les palmiers solitaires Vont respirer le frais et rêver aux amours.
Malgré les lois du grand prophète ,
Messieurs, il est aisé de voir
Qu'au sérail l'on n'a qu'un mouchoir.
Et que rarement on le jette.
Du sexe aimable que je sers Que ne puis-je venger la vertu poursuivie.
Et lui rendre, en brisant ses fers, La liberté qu'il m'a souvent ravie I Mais je laisse au Russe indompté.
Qui n'aime point du tout à rire, Le soin de renverser l'empire Où l'on opprime la beauté.