‹ Poésies et œuvres morales de LeopardiChapitre 3 sur 29 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

dances analogues. On a compris que ses écrits en prose étaient inséparables de ses poèmes, et que les uns expliquaient les autres. Le moment est donc venu de traduire également ces petits chefs-d'œuvre dont Manzoni disait, vers 1830 : « C'est peut-être ce qui chez nous a été écrit de meilleur en prose depuis le commencement du siècle. » Nous connaissons des Italiens qui, en 1879, souscrivent encore à ce jugement et placent les Opérette à côté des Promessi Sposi.

Notre traduction des Poésies aura peutêtre ceci de nouveau qu'elle a été faite, pour ainsi dire, à la lumière des écrits philosophiques. La vraie source de l'inspiration de Leopardi est dans sa philosophie, comme le montrera Y Essai qu'on va lire. C'est pour l'avoir oublié que M. Valéry Vernier s'est mépris parfois sur le sens général de certaines odes, et, quoique très-versé dans la langue italienne, a méconnu, croyons-nous, l'esprit intime des poésies. Nous devons beaucoup néanmoins à notre habile devancier, et nous sommes aussi l'obligé de

M. Bouché-Leclercq : les nombreux fragments de traduction qu'il a donnés dans son livre sur Leopardi, sa vie et ses œuvres nous ont servi plus d'une fois à contrôler notre propre travail. Nous n'avons pas, comme les Allemands, de traduction en vers de Leopardi. N'oublions pas cependant que Sainte-Beuve a traduit ainsi l'Infini, le Soir du jour de fête, l'Anniversaire, le Passereau, V Amour et la Mort. Nul n'est entré plus avant que le grand critique dans la pensée du poète. Il profite souvent des similitudes des deux langues pour donner d'ingénieux équivalents. Voici, dans la traduction de l'ode Amore e morte, la plus heureuse de ces rencontres :

Quando novellamente

Nasce nel cor profondo

Un amoroso affetto, Languido e stanco insieme con esso in petto Un desiderio di morir si sente :

Corne, non so : ma taie D'amor vero e possente è il primo effetto.

Lorsque nouvellement au sein d'un cœur profond Naît un germe d'amour, du même instant, au fond,

Chargé d'une fatigue insinuante et tendre Un désir de mourir tout bas se fait entendre. Comment? je ne sais trop; mais telle est, en effet, D'amour puissant et vrai la marque et le bienfait.

Sainte-Beuve n'est pas toujours aussi heureux. Partout où Leopardi est simple et vrai, il échoue. D'ailleurs, mettre en alexandrins les vers lyriques italiens, n'est-ce pas déjà commettre un premier contre-sens?

Un autre poète, M. Auguste Lacaussade, ne voulant que s'inspirer de Leopardi sans adopter son pessimisme, a donné une imitation de la pièce A se stesso, qui se trouve ainsi admirablement traduite. M. Lacaussade, qui ne songeait pas à traduire, a laissé de côté les derniers vers, c'est-à-dire la conclusion philosophique :

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