SCÈNE VIII
MARANCEY, TRENEUIL, AMÉLIE.
MARANCEY, en robe de chambre.
Il est là, dites-vous... et où est-il, ce cher Treneuil?
AMÉLIE, à part.
C'est lui !
MARANCEY.
Bonjour, mon cher... Ma femme vient de me dire que vous étiez ici, et j'accours... Mais je m'aperçois que je fais fuir madame... Il est vrai que cette toilette...
AMÉLIE, à part.
Je me soutiens à peine...
TRENEUIL.
Vous êtes très-bien... Permettez-moi de vous présenter à madame de Treneuil.
MARANCEY.
Sa femme ! Voyons s'il a eu bon goût Madame
Que vois-je !... Amélie!
TRENEUIL.
D'où vient votre surprise ?
MARANCEY.
Que je m'estime heureux de cette rencontre!... Madame n'est point une étrangère pour moi; le château qu'elle habitait, en Normandie, est voisin de celui de mon père : j'ai eu l'honneur de l'y voir quelquefois.
TRENEUIL.
Vraiment !
AMELIE, avec embarras.
En effet, je crois me rappeler...
MARANCEY, à part.
Elle se rappelle... Ça commence à se compliquer... Ma femme, d'un côté, Amélie, de l'autre... Je m'attends à en voir sortir une troisième de dessous terre... Cette petite Amélie, c'est qu'elle est plus jolie que jamais.
TRENEUIL.
Nous venons d'être témoins de la joie de madame de Marancey en apprenant votre retour... C'était un transport, un ravissement...
MARANCEY.
Que je partage bien, je vous jure... (Regardant Amélie.) Après une longue séparation, c'est un bonheur si grand de retrouver ce qu'on aime, ce qu'on n'a jamais cessé d'aimer.
TRENEUIL.
Quelle chaleur!
Oui, je suis heureux comme je ne l'ai pas été depuis longtemps... Je bénis rétoile qui m'a conduit ici, et qui me rapproche d'un de mes meilleurs amis... Ce cher Treneuil... (A part.) Avant une heure, je redeviendrai fou de cette femme.
TRENEUIL.
Malheureusement ce plaisir sera de courte durée... Nous quittons Bade.
MARANCEY, a Amélie.
Quoi ! madame, vous partez?
AMÉLIE
Oui, monsieur.
MARANCEY.
Sans doute, quelques raisons graves...
TRENEUIL.
Un enfantillage, un caprice de madame ; et c'est pour cela que je m'empresse d'y souscrire. Quel mérite y a-t-il à faire la volonté de sa femme, lorsqu'elle est raisonnable ?... Quand vous êtes entré, j'allais demander des chevaux de poste.
jso oeuvres de en. de Bernard.
marancey.
Pas de façons avec moi, je vous prie... (A part.) Je pourrai la voir seule... (Haut, à Amélie.) Et où allez-vous?
TRENEUIL.
A propos, Amélie, où allons-nous?... Ma foi, nous déciderons cela à Rastadt, au premier relais. Cet air aventureux complète le romanesque de notre départ. Ne dirait-on pas un amant qui enlève la dame de ses pensées ?... Avouez que c'est piquant, et que vous voudriez être à ma place.
Parbleu !... Mille pardons, madame.
TRENEUIL.
Le premier mouvement vous a trahi... Mais, puisque vous le permettez, je vais faire mes préparatifs.
(Il sort.)