‹ Poésies et théâtreChapitre 48 sur 86 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

AMÉLIE, puis M'"e DE MARANCEY.

AMÉLIE, seule.

La guerre! que veut-il dire ?... Ce sourire cruel... l'agitation d'Alphonse... Je frémis de deviner... malheureuse, qu'ai-je fait? si j'allais être la cause d'une querelle... d'un duel, peut-être... si les jours de mon mari...

Ah ! cette idée est horrible. (A madame de Marancey qui

rentre.) Madame, c'est le ciel qui vous envoie.

Mme DE MARANCEY. .

Qu'avez-vous donc, ma chère? quelle émotion !...

AMÉLIE, ouvrant la fenêtre.

Regardez... ne voyez-vous pas?...

Mme DE MARANCEY, regardant par la fenêtre.

Je vois votre mari qui se promène avec le mien dans le jardin. Qu'y a-t-il de si effrayant ?

AMÉLIE

Vous ne voyez pas de quel air ils se parlent... M. de Marancey s'éloigne rapidement... il fait signe à mon mari de l'attendre... Alphonse reste seul. Nul doute...

ils viennent de régler les conditions d'un combat qui ne peut manquer d'avoir lieu d'ici à quelques heures.

Mme DE MARANCEY.

Se battre !... (A part.) Est-ce que M. de Treneuil voudrait tuer mon mari, parce que je me suis moquée de lui ?... ce serait original.

AMÉLIE

Venez, il n'y a pas un instant à perdre... il faut les séparer... unissez- vous à moi.

M«>e DE MARANCEY.

Se battre! vous n'y songez pas... deux amis! mais pour quelle raison ?

Je dois tout vous dire.

M™ DE MARANCEY.

Quoi donc ? parlez.

AMÉLIE

Eh bien!... aujourd'hui, ici même, votre mari... vous ne m'en voudrez pas ?

Mme DE MARANCEY.

Achevez.

AMÉLIE

Eh bien... il m'aime... ou du moins il me le dit.

Mme DE MARANCEY.

Je le reconnais bien là... pauvre enfant ! et vous croyez que je vous en voudrais pour cela?... s'il me fallait haïr quand mon mari se passionne, je serais en guerre avec toutes les femmes un peu jolies de ma connaissance.

AMÉLIE

J'ai tout avoué à Alphonse; et je crains...

Mme DE MARANCEY.

Ceci, entre nous, est un peu naïf... on n'ennuie pas un mari de ces choses-là... Et là-dessus, voilà M. de Treneuil qui entre en fureur et qui fait de la jalousie, de l'Othello ! C'est délicieux !

(Elle rit.) AMÉLIE.

Vous riez ?

Rassurez— vous... je mettrai ordre à ce duel... s'il est question d'un duel... Ce serait réellement dommage de laisser s'entre-tuer deux amis si bien faits pour s'entendre.

AMÉLIE

Vous serez notre ange tutélaire... Mais que ferez-vous ?

Mme DE MARANCKY.

Je dirai à ces belliqueux paladins : M. de Marancey a

l'audace d'adresser une déclaration à madame de Treneuil... M. de Treneuil a l'insolence non moins grande d'être amoureux de madame de Marancey... l'un vaut l'autre.

AMÉLIE

Alphonse vous aime ?

M«>e DE MARANCEY.

Il me Ta dit.

AMÉLIE

Vous me trompez, madame... c'est le dépit d'apprendre l'inconstance de M. de Marancey qui vous fait dire cela.

M"» DE MARANCEY.

Je vous ferai observer que quand vous m'avez parlé de l'amour de mon mari, je vous ai crue... Il y a sans doute inégalité dans nos mérites ; mais soyez sûre qu'en revanche il y a parité dans la trahison de ces messieurs.

AMÉLIE

Non, je ne vous crois pas... Alphonse m'est fidèle... il n'aime que moi.

Mme DE MARANCEY, à part.

Voilà une incrédulité un peu impertinente... (Haut.) Tenez-vous beaucoup à être convaincue?...

AMÉLIE

Oui, madame... Il me faut une preuve !... une preuve, entendez-vous?

Mme DE MARANCEY.

Si je vous faisais voir M. de Treneuil à mes genoux?

AMÉLIE

Madame... (A pan.) Je tremble malgré moi...

M^ DE MARANCEY.

Attendez, cela ne sera pas long... Est-il encore là ?

(Elle prend un livre sur la table el s'approche de la fenêtre.) Oui, il se promène au-dessous de cette fenêtre. Ah!... (Elle

laisse tomber le livre en dehors.) Mille pardons, monsieur;

c'est trop de bonté ! (A Amélie.) Il monte; maintenant il faudrait vous cacher.

AMÉLIE

Me cacher !

M'«e DE MARANCEY.

Vous ne prétendez pas, sans doute, qu'en votre présence il tombe à mes genoux... Eh bien ! vous n'osez tenter l'épreuve ?

AMÉLIE

Je veux savoir la vérité, dussé-je en mourir.

C'est uniquement pour vous obliger... Vous me permettez, n'est-ce pas, d'être un peu coquette?./., car, en ce moment, je suis brouillée à mort avec M. de Treneuil.

AMÉLIE

Je l'entends... où me cacher?

M-»e DE MARANCEY.

Là, derrière cette psyché.

(Amélie se place derrière la psyché.)

M»»» DE MARANCEY, à part.

J'ai donné une leçon au mari... c'est au tour de cette petite dame.

(Elle va s'asseoir sur la causeuse.)

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