SCÈNE IV
BARBERIN, Mme DE VERNEUIL.
Ce cher Guerland !... j'étais loin de m'attendre à cette rencontre.
M™ DE VERNEUIL
C'est un de vos amis, vous me le présenterez.
J'allais vous en demander la permission.
MADAME DE VALDAUÏSAIE. ?4 3
Mme DE VERNEUIL.
Sans doute quelque aimable étourdi de votre genre ?
Guerland, un étourdi !... c'est au contraire un homme grave, sérieux, beaucoup trop peut-être pour son bonheur.
Mme DE VERNEUIL.
Et vous dites qu'il est votre ami ?
Quoi déplus naturel?... tout le monde ne puise-t-il pas du charme dans le contraste ? pourquoi n'en serait-il pas ainsi de l'amitié ? ce qu'il y a de certain, c'est que, différents de caractère et d'opinions, lui sortant de la garde de l'empereur, moi faisant partie de la maison du roi, nous avons été fort liés à Paris... c'est le parrain dont je vous parlais tout à l'heure.
M^e Dfc VERNEUIL.
Ah ! c'est un militaire !
C'est-à-dire, c'était un militaire; car malgré tout ce que j'ai fait pour l'engager à reprendre du service, il s'est obstiné.
Mme DE VERNEUIL.
Et quel motif si puissant ?
Il prétendait qu'on faisait des passe-droits aux anciens militaires... qu'on cherchait à humilier les soldats de Napoléon... Comme il est trop fier pour supporter une injustice, ou pour se plaindre, il s'est retiré.
Mme DE VERNEUIL.
Et j'en fais autant... car j'ai en horreur l'officier à demi-solde... je suis peu disposée à écouter une élégie sur la grande armée.
Kassurez-vous... quoique soldat de l'usurpateur, Guerland est d'une bonne et ancienne famille, et de plus possesseur d'une brillante fortune... c'est un homme bien élevé, qui garde ses convictions pour lui-même.... il a trop d'usage du monde pour parler politique à une jeune et jolie femme, et pour faire de l'opposition dans le salon d'un préfet.
MADAME DE VALDAUNAIE. 245