‹ Poésies et théâtreChapitre 61 sur 86 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes; GUERLAND.

LANDRY, annonçant.

Monsieur de Guerland.

BARBERIN, allant à lui.

Cher ami ! (A madame de Vemeuil.) Madame, j'ai l'honneur de vous présenter M. de Guerland, officier supérieur de cavalerie. (Guerland salue.)

M«>< DE VERNEUIL

Soyez convaincu, monsieur, qu'un ami de M. de Barherin sera toujours reçu avec plaisir pai mon mari et par moi.

GUERLAND.

J'étais loin de m'attendre, madame, à l'honneur de vous être présenté... j'espère que vous voudrez bien excuser.

M™ DE VERNEUIL

C'est moi, au contraire, qui suis charmée...

BARBEKIN.

Mais comment avez-vous su que j'étais à Grenoble?., je croyais avoir gardé le plus sévère incognito.

2iC OUVRES DE Cil. DE BERNARD.

GUERLAND.

Rien de plus simple... hier, fort tard, lorsque arrivait la diligence de Lyon...

Vous voulez dire ce matin...

GUERLAND.

Ce matin, soit... comme je traversais la grande rue, près des messageries, il m'a semblé, à la lueur d'un réverbère, vous reconnaître lorsque vous descendiez de voiture.

Comment ! c'était vous qui rôdiez autour de la diligence, enveloppé dans un grand manteau... eh bien! mon cher ami, vous pouvez vous flatter d'avoir causé une frayeur mortelle...

M*« DE VERNEUIL

A vous?

Non, pas à moi ; mais à une jeune dame qui arrivait par la même voiture ; elle s'est enfuie à votre approche, sans prendre le temps d'achever une phrase d'adieu qu'elle m'adressait... J'avais déjà bâti, sur ce sujet, un roman où je faisais jouer un rôle superbe de mari jaloux, ou d'amant trompé.

MADAME DE VALDAINA1E. 2 4 7

Vous en serez pour vos frais d'imagination.

Mme DE VERNEU1L.

C'est dommage.

GUERLAND.

Enfin, pour achever de répondre à votre question, ce matin, en me rappelant que votre famille est alliée à celle de madame de Verneuil, j'ai pensé...

M^ DE VERNEUIL

Qu'il venait nous faire une visite? détrompez-vous... nous ne devons le plaisir de le voir qu'à la frayeur que lui ont inspirée deux voyageurs monstres, qui devaient être ses compagnons de route... c'est une histoire qu'il vous contera... J'espère, monsieur, que vous passerez le reste de la journée avec nous ?

GUERLAND.

Madame...

Mme DE VERNEUIL.

On danse ce soir à la préfecture, et quoique mon invitation soit un peu tardive...

GUERLAND.

Veuillez m'excuser, madame... j'aime peu le monde... d'ailleurs, je ne danse jamais.

2i8 ŒUVRES DE CH. DE BERNARD.

Belle raison ! qui danse dans un bal ?

M™ DE VERNEUIL

J'espère, monsieur, que l'éloquence de votre ami triomphera de votre résistance.

(Elle salue, et sort par le fond.)

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