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SCÈNE X

Les Mêmes; GUERLAND; Chœur.

BARBERIN, àGuerland.

Ah! vous voilà!... le roman marche... Venez, je veux vous montrer l'héroïne... vous me direz si j'ai bon goût.

GUERLAND.

Mon ami, voulez-vous suivre un bon conseil... ne cherchez pas davantage à plaire à cette femme.

Vous l'aimez?

GUERLAND.

Je n'ai rien dit de semblable.

Mais alors, expliquez-moi...

GUERLAND.

Rien... mon conseil est absolu... Mais, croyez-moi... cette passion serait un malheur pour vous.

Vous m'intriguez furieusement... J'avais déjà pressenti un. mystère, et vous en faites une énigme... Quel est donc ce secret plein d'horreur?. . . Cet ange est-elle un vampire ? Tue-t-elle ses amants?... Y a-t-il danger de mort à l'adorer?

GUERLAND.

Oui.

Vous comprendrez, mon ami, qu'il ne manquait à

mon aventure que votre lugubre prédiction, pour m'y

engager davantage... Grâce à vous, la voilà tout à fait

poétisée.

(Pendant ces dernières répliques, madame de Verneuil a organisé plusieurs jeux dans le fond. — La contredanse se fait entendre ; plusieurs cavaliers prennent la main des dames et passent au salon. Guerland se perd dans un groupe.)

Du danger ! du mystère ! de l'amour ! salut à tous

trois... la garde royale est là! — {Musique.— Il s'avance

vers madame de Valdaunaie, qui est assise sur la causeuse, et passe

à sa gauche, où il reste debout devant elle.) Madame, permettez-

moi de vous rappeler que vous avez bien voulu me promettre une contredanse.

M™ DE VALDAUNAIE.

Je vous attendais.

Tenez-vous beaucoup à danser ?

M™» DE VALDAUNAIE.

Au bal, c'est assez l'usage.

Si vous saviez combien je hais ce bal, et tous ces gens

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qui se croient le droit de vous entourer de leurs hommages ! il me semble qu'ils s'emparent d'un bien qui ne devrait appartenir qu'à moi.

M^e DE VALDAUNAIE.

Vous êtes égoïste.

Égoïste à deux, c'est mon rêve... Hier, tous ces indifférents n'étaient pas là pour me gâter mon bonheur... Hier, ce jour si longtemps désiré ne s'effacera jamais de ma mémoire... Mais vous, sans doute, vous l'avez déjà oublié.

M^ DE VALDAUNAIE.

Je serais ingrate d'oublier les soins et les attentions dont vous n'avez cessé de m'entourer.

Des remercîments!... Qu'ai-je fait, madame? que ne s'est-il présenté quelque occasion de vous prouver mon dévouement... Mais non... un bonheur désespérant... une route superbe... un conducteur exact... des chevaux galopant toujours. .. et pas la plus petite catastrophe.

Mme DE VALDAUNAIE.

On n'est pas plus malheureux !

Car enfin, si j'avais eu le bonheur d'être blessé... tué pour vous...

2Gi ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.

M »'e DE VALDAUNAIE.

Tué pour moi !

BARBERIN, à part.

Encore ce tressaillement que je remarquais hier... cette émotion sans cause n'est pas naturelle.

(On entend la musique qui joue dans le salon.) JVWDE VALDAUNAIE.

Le quadrille est commencé.

On est si bien ici... Notre isolement au milieu de cette foule, ne vous rappelle-t-il pas notre douce intimité d'hier?... Cette causeuse ressemble à notre coupé... seulement, je n'ose plus m'asseoir ; et cependant j'aurais tant de choses à vous dire.

M^ DE VALDAUNAIE.

ïl me semblait pourtant que pendant notre voyage nous avions épuisé tous les sujets de conversation.

II en est un sur lequel j'ai dû, quoi qu'il en ait coûté à mon cœur, m'imposer une réserve complète.

M«>e DE VALDAUNAIE, faisant un mouvement pour se lever.

Monsieur !

Restez, madame, je vous en prie. J'attendrai encore...

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je garderai mon secret, jusqu'à ce qu'il me soit permis de penser que je puis vous le révéler sans vous déplaire. Je me tairai, dans la crainte qu'un regard sévère ne vienne détruire toutes mes espérances, comme je vois ces fleurs qui s'effeuillent sous vos doigts.

Mme DE VALDAUNAIE.

Oui, ces roses sont l'emblème de nos espérances, de nos illusions, de notre vie... Le matin, elles fleurissent, et le soir...

(Pendant ce temps, Guerland, qui depuis quelque temps lésa observés, s'avance insensiblement jusqu'à eux.)

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