SCÈNE VII
Mme DE VALDAUNAIE; BARBERIN, entrant en chantant.
Mme DE VALDAUNAIE, se jetant entre ses bras.
Horace !
BARBERIN.àparL Elle sait toul.
MADAME DE VALDAUNAIE. 293
M™ DE VALDAUNAIE.
M'aimez-vous?... dites : M'aimez-vous?
Si je vous aime, chère Valérie ! quelle preuve vous faut-il de ma tendresse? voulez-vous ma vie?
Mme DE VALDAUNAIE.
Oui, votre vie, je la veux... elle est à moi : vous me l'avez dit tant de fois, elle est mon bien. Jurez-moi, sur votre honneur, que vous n'en disposerez pas.
Pensez-vous que j'aie envie de me tuer?... le suicide est fait pour les pauvres diables qui sont souffrants, difformes ou misérables; grâce au ciel ! je ne suis ni l'un ni l'autre.
M«ne DE VALDAUNAIE.
N'espérez pas me tromper par cette gaieté affectée... il
est ici.
Toujours cette crainte.
M^o DE VALDAUNAIE.
Je l'ai vu, et qu'avais-je besoin de le voir ?... croyezvous que la terreur n'ait pas un instinct aussi subtil, aussi infaillible que celui de l'amour? Quand il doit venir, avant
que mes yeux ne l'aient aperçu, avant que mon oreille n'ait reconnu son pas, un frisson au cœur me dit : C'est lui! et jamais cette voix ne m'a trompée.
HENRIETTE, entrant et s'approchant de madame de Valdaunaie,
à voix basse.
Hôtel du Lion d'or, sur la petite place, à cinquante pas d'ici.
M™ DE VALDAUNAIE.
C'est bon... Laisse-nous. (Henriette sort.) Eh bien ! vous n'essayez plus de m'abuser ?
Pourquoi mentirai s-je!... Oui, il est ici ; mais est-ce une raison de pâlir et de trembler? ne suis-je pas près de vous? d'ailleurs pourquoi toujours nous occuper de lui? le hasard seul Ta amené à Toulon ; il ne sait pas même que vous y êtes... il est venu...
Mme DE VALDAUNAIE.
Il est venu pour vous tuer... regardez-moi en face... dites-moi si vous n'êtes pas convenus de vous battre?
Quel enfantillage ! ne sommes-nous pas amis?
M-« DE VALDAUNAIE.
Horace, s'il vous tue, j'en mourrai. Voulez-vous que je meure?... Si je vous dis : N'allez pas à ce duel, partons
MADAME DE VALDAUNAIE. 2 95
ce soir pour l'Italie, pour l'Espagne, pour... n'importe quel pays, où il ne puisse nous retrouver... Si je vous dis cela, mon Horace, m'obéirez-vous ?
Ferais-je une action qui m'attirerait votre mépris?
Mme DE VALDAUNAIE, à part.
J'ai donc deviné. (Haut.) Il est possible que je m'alarme à tort; mais enfin vous ne refuserez pas sans doute de me rassurer. Jurez-moi de rester ici jusqu'à demain.
Qu'est-il besoin de serment? doutez-vous du bonheur que j'aurai à être votre prisonnier?... pourquoi faut-il que je le doive à la peur ?
Mme DE VALDAUNAIE, à part.
Ainsi, ce n'est que demain qu'il se bat.
(Elle se prépare à sortir.)
Vous sortez ?
Mme DE VALDAUNAIE.
Oui, monsieur.
Où donc allez-vous?
M™ DE VALDAUNAIE.
Vous avez vos secrets, j'ai les miens, ne m'interrogez
pas!
Vous reviendrez bientôt ?
M««e DE VALDAUNAIE.
Oui, bientôt... vous m'attendrez sans sortir. J'ai votre parole... songez qu'y manquer, ce serait renoncer à moi.
Si je ne vous inspire pas de confiance, enfermez-moi.
(Madame de Valdaunaie sort par le fond et ferme la porte en
dehors.)