SCÈNE XI
M™e DE VALDAUNAIE, puis BARBERIN.
M°>e DE VALDAUNAIE.
Il vivra !... Mon Dieu ! soutenez mon courage !...
(Elle va s'asseoir à gauche du théâtre.) BARBERIN, à part.
Maintenant, Valérie peut rentrer... (Il aperçoit madame
de Valdaunaie.) Eh quoi ! VOUS étiez là?
Mm3 DE VALDAUNAIE, assise et montrant la porte à droite.
Là!
Et vous avez entendu ?. . .
M»e DE VALDAUNA1E.
J'ai tout entendu.
Eh bien ! quelle que soit l'émotion qu'ait dû vous causer la vue de Guerland, je suis content que vous ayez été témoin de cette scène. Me croirez-vous maintenant quand je vous jurerai que vous n'avez plus rien à redouter de lui?
M™ DE VALDAUNA1E.
Je vous croirai.
Ne vous avais-je pas dit qu'il reconnaîtrait à la fin l'extravagance de sa conduite? Vous l'avez entendu.... vous êtes délivrée de lui pour jamais.
Mme DE VALDAUNAIE.
Je ne le crains plus.
Que vous me rendez heureux, en parlant ainsi... Dès à présent, plus d'inquiétude, plus de terreur.
M-«e DE VALDAUNAIE.
Vous ne vous battrez pas... pour qui pourrais-je trembler?
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Vous n'avez donc plus aucune peur de lui ?
M™ DE VALDAUNAIE.
Non... A défaut de pitié, il a de Phonneur. On peut se fiera sa parole.
Sans doute... et je suis enchanté de vous voir cette confiance... Cependant je ne sais... Quand j'y réfléchis, je trouve quelque chose d'étrange dans sa conduite.
M™» DE VALDAUNAIE, se levant.
Nous avons donc changé de rôle... Je vous dis que je suis tranquille, et c'est vous qui vous forgez des inquiétudes chimériques. Je ne veux pas que vous vous occupiez de cet homme.
Vous ai-je jamais désobéi ? (A part.) En attendant, j'aurai l'œil sur lui.
M™ DE VALDAUNAIE.
Maintenant il faut vous rendre votre liberté.
Je ne la demande pas... On est si bi< n en prison.
Mme DE VALDAUNAIE.
Tl est temps de nous séparer... Horace, vous m'aimez, n'est-ce pas ?
Si je vous aime !
M«e DE VALDAUNAIE.
Oh ! dites-le-moi... Autrefois je refusais de vous écouter; aujourd'hui j'ai besoin de vous entendre... Ditesmoi que votre attachement est à l'abri des coups de la destinée; que rien ne pourra me l'enlever, ni l'absence, ni la mort... que si jamais vous venez à me perdre, mon souvenir du moins vivra dans votre cœur... que, quoi qu'il arrive, vous n'aurez jamais pour moi, ni haine, ni mépris, ni indifférence... mais que vous m'aimerez toujours... Dites-moi : Toujours.
Toute la vie... Comme votre main tremble!... Vous
pâlissez.
M^ DE VALDAUNAIE.
Les émotions de cette journée m'ont épuisée.
Vous avez besoin de repos, et je n'y songeais pas. Pardonnez-moi : le bonheur rend égoïste. Demain , je vous retrouverai plus calme qu'aujourd'hui ; mais aussi
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aimante, n'est-il pas vrai, chère Valérie? Jamais votre voix ne m'a paru si attendrie ; jamais vous ne m'avez regardé ainsi.
M»e DE VALDAUNAIE.
J'ai quelque chose à vous demander.... Cette bague que vous portez toujours, depuis longtemps je la désire, donnez-la-moi.
BARBERIN, lui donnant la bague.
Mon âme avec elle.
M™ DE VALDAUNAIE.
Elle ne me quittera jamais... Maintenant, partez; il le faut, Horace... Adieu, adieu.
Adieu !... à demain, ma Valérie, à demain.
(Il sort par la petite porte à droite.)