‹ Poésies et théâtreChapitre 86 sur 86 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

iMme DE VALDAUNAIE, GUERLAND, BARBERIN.

Arrêtez.

M°»e DE VALDAUNAIE.

Horace î

Ne craignez rien, madame, vous êtes sous ma protection ; malheur à qui l'oublierait !

M™ DE VALDAUNAIE.

Je me meurs !

Un mot, Guerland... je vous ai trompé à Paris ; vous venez de prendre votre revanche. Il est temps que la partie se décide en faveur de Fun de nous, car elle devient ridicule pour tous deux.

Mme DE VALDAUNAIE.

Au nom du ciel î

Pensez-vous que j'aie été dupe delà comédie que vous êtes venu jouer ici ? Vous vouliez m'éloigner, afin d'exercer ensuite sur une femme sans défense le despotisme de terreur que vous avez usurpé, mais qui va finir.

Mme DE VALDAUNAIE.

Horace, pas un mot de plus... monsieur, rappelezvous...

GUERLAND.

Mon cher Barberin, permettez-moi de vous le dire, vous faites ici de la chevalerie hors de propos ; à chaque instant, c'est un nouvel appel à votre épée... Elle est fort redoutable, assurément ; mais avant de l'offrir, ne devriez-vous pas attendre qu'on eût réclamé son appui ?

J'use de mon droit.

GUERLAND.

Ce n'est ni vous ni moi qui pouvons juger de la légitimité de votre intervention ; mais une personne que vous oubliez de consulter. . . Madame accepte-t -elle votre protection?... vous nomme-t-elle son défenseur ?... en un mot, vous autorise-t-elle à vous placer ainsi entre elle et moi ?

(Madame de Valdaunaie se place enlre eux.)

MADAME DE VALDAUNAIE. 31 6

Valérie...

GUERLAND.

Vous m'avez souvent rappelé le respect qu'on doit aux emmes. A votre tour, ne l'oubliez pas... pour se prononcer entre nous, madame doit être libre.

BARBERIN, à madame de Valdaunaie. Vous Fentendez ?... de grâce, un seul mot.

GUERLAND.

Oui, parlez, madame ; nous attendons votre arrêt.

Mme £)E VALDAUNAIE, après avoir longtemps regardé Barberin, s'avance vers Guerland.

Valérie !

GUERLAND.

Arrière, monsieur... vous Favez dit, le choix d'une femme est sacré.

C'est lui... et moi, pour prix de mon amour, je me vois trompé, trahi.

Mme DE VALDAUNAIE.

Horace î

GUERLAND.

Je vous attends, madame.

316 ŒUVRES DE Cil. DE BERISARD.

M^ DE VALDAUNAIE à Guerland.

Un moment, monsieur... (A Barberin.) Horace, je vous ai trompé, mais je ne vous ai pas trahi. Il est des destinées contre lesquelles se brisent les volontés les plus fortes, les espérances les plus chères. Laissez-moi subir la mienne sans essayer de la partager. Je le sens, elle vous serait fatale, car je porte avec moi le malheur... je veux que vous viviez, voilà mon seul crime... Pour sauver votre vie, il fallait faire deux parts de la mienne ; ne vous plaignez pas de celle que je vous donne... et maintenant... maintenant... adieu, pour toujours... (A Guerland.) Monsieur, emmenez votre femme.

Sa femme?... lui, c'est impossible... songez vous à Darneville ?

Monsieur...

Grand Dieu !

GUERLAND.

M™ DE VALDAUNAIE.

Ah ! maintenant je sais tout. . . Ce Darneville que vous avez cru votre rival...

GUERLAND.

Parlez...

MADAME DE VALDAUNAIE. 3 l 7

Cette lettre de Borel m'a tout appris. (Il montre La lettre à

Guerland.)

M»e DE VALDAUNAIE.

N'achevez pas, au nom de ma mère.

Votre mère ! Croyez-vous qu'elle voudra acheter au prix de l'honneur de sa fille, l'oubli d'une faute expiée par vingt ans d'une vie irréprochable ?

GUERLAND.

Quel mystère !

BARBERIN, donnant la lettre à Guerland.

Lisez.

M™ DE VALDAUNAIE.

Ma mère, pardonnez-moi... Ce secret auquel je sacrifiais mon bonheur, ce n'est pas moi qui Fai révélé.

GUERLAND, les yeux sur la lettre.

Son frère !

M™ DE VALDAUNAIE.

Je vous en conjure... Que la mémoire de ma mère soit sacrée pour vous, comme elle l'a été pour moi.

GUERLAND.

Son frère !

BARBERIN, à Valérie.

Eh bien ! direz-vous encore : Je suis la femme de cet homme ?

M«»e DE VALDAUNAIE,à Barberin.

Je dirai, comme je l'ai déjà dit : Je t'aime, je ne veux pas que tu meures... (A Guerland.) Monsieur, la sœur de celui que vous avez tué vous offre sa main. (Musique.)

GUERLAND.

Votre main... Je suis indigne de la toucher. Elle ne peut être le gage d'un mariage impossible, et je n'ose la recevoir comme signe de pardon... Ne craignez pas que j'ajoute une profanation cruelle à tout le mal que je vous ai fait. Un exil éternel est la seule expiation que je puisse vous offrir et je pars... Horace, dites à votre femme de me pardonner.

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