LA VIEILLE NÉGRESSE
Le soleil achevait son parcours éclatant ; La vieille Anastasie avait fermé sa case ; Kilo allume son fou qui pétille et s'embrase.., Dans son petit jardin je m'arrête un instant, L'élégant bananier, avec sa large feuille, Abritait les fruits d'or que le nègre recueille.., Pour le pauvre africain c'est l'arbre nourricier i Avec sa femme il aime aussi son bananier»
Mais laissons le jardin rempli de poésie; Dans sa case allons voir la vieille Anastasie.
1 Je peins tel une ancienne esclave de mon père oui me le plus tendre attachement.
38 FLKORS DES ANTILLES
Je l'appelle : A ma voix, elle ouvrit tout à coup.
Le soir elle buvait toujours un petit coup.
Et je le reconnus à sa tête exaltée.
« Bonsoir maître * et soudain, elle m'offrit un banc;
Elle vit au berceau son jeune maître blanc ;
De joie en ma présenco elle était transportée.
Sur trois roches, formant le foyer daus un coin» Bouillaient, dans un grand pot, la morue et l'igname. [ La fumée étouffait dans ce réduit on flamme.
Maringouin et moustique étaient chassés bien loin. La nuit, elle pouvait dormir, la pauvre vieille,
Sans piqûre à sa peau, sans bruit à son oreille.
Son visage annonçait au moins quatre-vir gts ans, Et ses cheveux crépus étaient devenus blancs. Son regard était vif, ses membres étaient grêles; Mais quand retentissaient les sons du bamboula, Sa jupe, entre ses mains, s'ouvrait comme deux ailes, Son pied tremblait, son pied qui jamais ne trembla. Comme se dilataient ses deux larges narines, A ces airs de Guinée, à ces airs d'autrefois, Qu'avait chantés sa mère... Emotions divines ! Sa mère, son pays, sa case, ses grands bois, Et les vagues roulant sur la plage africaine!... Peut-être aussi, peut-être, un souvenir d'amour I... Et ses dieux qu'elle allait adorer chaque jour 1... Et les grands revenants dont la nuit était pleine