‹ Poésies (volume 2)Chapitre 26 sur 36 · INTIMITÉS · texte numérisé non relu

INTIMITÉS

Afin de louer mieux vos charmes endormeurs. Souvenirs que j'adore, hélas ! et dont je meurs, J'évoquerai, dans une ineffable ballade, Aux pieds du grand fauteuil d'une reine malade, Un page de douze ans aux traits déjà pâlis, Qui, dans les coussins bleus brodés de fleurs de lys, Soupirera des airs sur une mandoline, Pour voir, pâle parnri la pâle mousseline,

94 Intimités,

La reine soulever son beau front douloureux,

Et surtout pour sentir, trop précoce amoureux,

Dans ses lourds cheveux blonds, où le hasard la laisse,

Une fiévreuse main jouer avec mollesse.

Il se mourra du mal des enfants trop aimés;

Et parfois, regardant par les vitraux fermés

La route qui s'en va, le nuage qui passe,

La voile sur le fleuve et l'oiseau dans l'espace,

La liberté, l'azur, le lointain, l'horizon.

Il songera qu'il est heureux dans sa prison,

Qu'aux salubres parfums des forêts il préfère

La chambre obscure et son étouffante atmosphère,

Que ces choses ne lui font rien, qu'il aime mieux

Sa mort exquise et lente, et qu'il n'est envieux

Que si, par la douleur arrachée à son rêve,

La reine sur le coude un moment se soulève

Et regarde longtemps de ses yeux assoupis

Le lévrier qui dort en rond sur le tapis.

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Elle viendra ce soir ; elle me l'a promis. Tout est bien prêt. Je viens d'éloigner mes amis. De brûler des parfums, d'allumer les bougies Et de jeter au feu les fades élégies Que j'ai faites alors qu'elle ne venait pas; Et j'attends. Tout à l'heure elle viendra. Son pas Retentira, léger comme un pas de gazelle, Et déjà ce seul bruit me paiera de mon z Cle.

9fï Intimités.

Elle entrera, troublée et voilant sa pâleur.

Nous nous prendrons les mains, et la douce chaleur

De la chambre fera sentir bon sa toilette.

O les premiers baisers à travers la voilette!

C'est lâche! J'aurais dû me fâcher, j'aurais dû Lui dire ce que c'est qu'un bonheur attendu Si longtemps et qui manque, et qu'une nuit pareille Qu'on passe, l'œil fixé sur l'horloge et l'oreille Tendue au moindre bruit vague de l'escalier. C'est lâche! J'aurais dû me faire supplier, Avoir à pardonner la faute qu'on avoue Et boire en un baiser ses larmes sur sa joue.

pS Intimités.

Mais elle avait un air si tranquille et si doux Qu'en la voyant je suis tombé sur les genoux ; Et, me cachant le front dans les plis de sa jupe, J'ai savouré longtemps la douceur d'être dupe. Je n'ai pas exigé de larmes ni d'aveux, Car ses petites mains jouaient dans mes cheveux Tandis que ses deux bras m'enlaçaient de leur chaîne ; D'avance j'absolvais k trahison prochaine, Et, vil esclave heureux de reprendre ses fers. J'ai demandé pardon des maux que j'ai soufferts.

Il faisait presque nuit. La chambre était obscure. Nous étions dans ce calme alangui que procure La fatigue, et j'étais assis à ses genoux. Ses yeux cernés, mais plus caressants et plus doux, Se souvenaient encor de l'extase finie, Et ce regard voilé, long comme une agonie. Me faisait palpiter le cœur à le briser. Le logis était plein d'une odeur de baiser.

Intimités

Ses magnétiques yeux me tenaient sous leurs charmes ; Et je lui pris les mains et les couvris de larmes. Moi qui savais déjà l'aimer jusqu'à la mort, Je vis que je l'aimais bien mieux et bien plus fort Et que ma passion s'était encore accrue.

Et j'écoutais rouler les fiacres dans la rue.

Sa chambre bleue est bien celle que je préfère. Mon bouquet du matin s'y fane, et l'atmosphère Languissante s'empreint de parfums assoupis ; Les longs et fins rideaux, tombant sur le tapis, Attendrissent encor le jour discret et sobre Que leur verse une tiède après-midi d'octobre.

Intimités.

Au coin du feu mourant deux fauteuils rapprochés à

Semblent causer entre eux de nos prochains péchés. ]

Un coussin traîne là sans raison ; mais le fourbe .;

S'offrira tout à l'heure au genou qui se courbe. !

La plus lente caresse, amie, est la meilleure, N 'est-ce pas ? Et tu hais l'instant funeste où l'heure Rappelle avec son chant métallique et glacé Qu'il se fait tard, très tard, et qu'il est dépassé Déjà le temps moral d'un bain ou d'une messe. Car ce sont les adieux alors et la promesse De revenir. — Et puis nous oublions encor!

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