ET NUNC ET SEMPER
^ ous l'éclat blanc du jour, sous la fraîcheur des cèdre», '
' Sous la nuit où poudroie un peuple de soleils,
Longtemps j'ai promené mes souvenirs, pareils !
Aux tragiques douleurs des Saphos et des Phèdres ; ,
Mais l'azur clair, les bois profonds, les blondes nuits En moi n'ont point versé leurs influences calmes ; Sous les astres, sous les rayons et sous les palmes, Sans espoir je promène encore mes ennuis.
Et nunc et seviper. t/
Que la forêt frémisse ainsi qu'un chœur de harpes, Ou que le soir s'embaume aux calices ouverts, Le son ou le parfum des maux jadis soufferts Descend sur ma pensée en funèbres écharpes.
Ames tristes des fleurs, chastes frissons des bois, Me haïssez-vous donc, puisqu'il faut que je sente Dans vos arômes chers les baisers de l'absente Et que j'entende en vos échos vibrer sa voix ?
LÉTAPE
A Albert Mérat.
Les longs récits autour du poêle, à la caserne, La guinguette et l'amour ne sont plus de saison. Boucle ton sac et sangle à tes reins la giberne ; Conscrit, le régiment change de garnison.
La route est sèche et blanche, et lointain l'horizon ; Si tes pieds sont meurtris, marche dans la luzerne. Et ne regarde pas le houx de la taverne : Les traînards ont la belle étoile pour maison.
L'Etape. I y
— Je suis du régiment de misère. La tombe, Dernière étape, est loin encore, et je succombe De fatigue, de faim, de soif et de chaleur.
Je marche, sans espoir que mon tourment s'apaise, Et, comme un soldat fait de l'arme qui lui pèse. Je ne puis que changer d'épaule ma douleur.
sous LES BRANCHES
Palpitante encore du bal, Elle voulut, la blonde fille, M'accompagner jusqu'à la grille Où j'avais lié mon cheval.
Malgré l'appel des ritournelles, Au jardin nous nous attardions, Et les choses que nous disions Étaient tristes et solennelles.
Sous les branches.
Nous avions pris le long chemin, Nous avions pris le chemin sombre.
Je ne la voyais pas dans l'ombre, Mais je la tenais par la main.
Nos baisers rythmaient nos paroles, Et nous suivions, tendres et las, La voûte obscure des lilas, Qui s'étoilait de lucioles.
Et ma chevelure baignait,
Comme dans l'eau les pleurs d'un saule,
Son front posé sur mon épaule.
Son doux front qui s'abandonnait.
Et pour que l'opaque ramure Couvrît notre rêve enchanté De silence et d'obscurité, La brise apaisait son murmure.
■sO.