‹ Poésies (volume 2)Chapitre 6 sur 36 · LA TREVE · texte numérisé non relu

LA TREVE

La fatigue nous déscnlace.

Reste ainsi, mignonne. Je veux Voir reposer ta tête lasse Sur l'or épars de tes cheveux.

Tai»-toi. Ce que tu pourrais dire Sur le bonheur que tu ressens Jamais ne vaudrait ce sourire Chargé d'aveux reconnaissants.

La Trêve. 23

Sous tes paupières abaissées Cherche plutôt à retenir, Pour en parfumer tes pensées, L'extase qui vient de finir.

Et pendant ton doux rêve, amie, Accoudé parmi les coussins, Je regarderai l'accalmie Vaincre l'orage de tes seins.

BOUQUETIERE

Un maître, de qui la palette Se plaisait aux sombres couleurs, A peint un élégant squelette Portant iiii frais panier de fleurs.

Prùs de lui la danse macabre, Comme les plis d'un noir drapeau, Ondoie ; et reîtres â grand sabre, Ecoliers la pipe au chapeau,

Bouquetière.

Moines chauves, rois lourds d'hermine, Bourgeois à ventres de bedeaux.

Mendiants fiers de leur vermine, L'emplâtre à l'œil, la loque au dos,

Tous passent, enlaçant des filles.

Ou marchant d'un air rogue et sec.

Ou clochetartt sur des béquilles, Au son du fifre et du rcbec.

Pourtant la bande tout entière Suspend sa danse et son caquet Devant la maigre bouquetière, Et chacun lui prend un bouquet.

Vieil artiste mélancolique,

Quels sont ces fous? Dans quel dessein

Cachent-ils comme une relique

Ces fleurs mortelles dans leur sein?

Je ne sais. Mais sur ma poitrine.

Souvenir des amours défunts, Une fleur jadis purpurine A vécu ses derniers parfums.

Le Reliquaire.

Ainsi qu'on fait d'une amulette, Je la garde là, mais j'en meurs :

Et je songe au morne squelette Prodiguant ses funèbres fleurs.

Page 1