‹ Poésies (volume 3)Chapitre 14 sur 56 · EN FACTION · texte numérisé non relu

EN FACTION

Sur le rempart, routant mon lourd fusil de guerre, Je vous re>cii, pays que j'explorais naguère, Montrougc, Geuiilly, >i:ux hameaux oublia Qui caliez vos toits bruns parmi les peuplier*. Je respire, surpris, sombre ruisseau de Biùvre, Ta forte odeur de cuir et tes miasmes de ûàvre.

En Faction. 8j

Je vous suis du regard, pauvres coteaux pelés, Tels encor que jadis je vous ai contemplés, Et dans ce ciel connu mon souvenir s'étonne De retrouver les tons exquis d'un soir d'automne. Et mes yeux sont mouillés des larmes de l'adieu, Car mon rêve a souvent erré dans ce milieu Que va bouleverser la dure loi du siège. Jusqu'ici j'allongeais la chaîne de mon piège ; Triste captif, ayant Paris pour ma prison, Longtemps ce fut ici pour moi tout l'horizon ; Ici j'ai pris l'amour des couchants verts et roses; Penché dès le matin sur des papiers moroses, Dans une chambre où ma fantaisie étouffait, C'est ici que souvent, le soir, j'ai satisfait, A cette heure où la nuit monte au ciel et le gagne, Mon désir de lointain, d'air libre et de campagne. Me reprochera-t-on, dans cet affreux moment, Un regret pour ce coin misérable et charmant? Car il va disparaître à tout jamais. Sans doute Les boulets vont couper les arbres de la route ; Et l'humble cabaret où je me suis assis. Incendié déjà, fume au pied du glacis ; Dans ce champ dépouillé, morne comme une tombe, Il croule, abandonné. Regardez. Une bombe

84 Ecrit pendant le Siège.

A crevé ces vieux murs qui gênaient pour le tir; Et, tels que mon regret qui ne veut point partir, Se brûlant au vieux toit, quelques pigeons fidèles L'entourent, en criant, de leurs battements d'ailes.

Octobre 1870.

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