‹ Poésies (volume 3)Chapitre 8 sur 56 · SIMPLE AMBITION · texte numérisé non relu

SIMPLE AMBITION

Être un modeste croque-notes Donnant des leçons de hasard, Qui court Paris en grosses boites, Mais qui comprend Gluck et Mozart ;

Avoir quelque part un vieux maître; Aimer sa fille; et, chaque soir, Brosser son vieil habit et mettre Du linge pour aller les voir;

62 Les Humbles.

Ils logent loin ! Faire une lieue En chantonnant quelques vieux airs^ L'été sous la douce nuit bleue Et par les bons quartiers déserts;

Aimer d'un amour très-honnête; Avoir peur, en portant la main A certain cordon de sonnette Dont on sait pourtant le chemin...

— Ah ! monsieur Paul!... — Mademoiselle!

— Mon père vous attend. Voyez.

Voici votre violoncelle,

Son violon et les cahiers.

Demander comment va le maître, Qui survient, simple et cordial ; Oh ! le bon moment ! — La fenêtre S'ouvre sur le ciel nuptial ;

Les brises déjà rafraîchies Entrent avec des papillons Bien vite brûlés aux bougies Qui'jettcnt J- «-m.- r,x-.n«

Simple Ambition. C>3

Le concert commence. Elle écoute, Blonde, accoudiie et tout en blanc, Et son cœur frissonne sans doute Avec l'allégretto tremblant.

Puis, c'est le menuet, l'andante, Tout le beau poëme du bruit, Toute la symphonie ardente.

Et le temps passe. Il est minuit.

— Sauvez-vous. C'est une heure indue Pour vous qui logez tout là-bas ;

Et cette banlieue est perdue.

— Vous viendrez demain, n'est-ce pas?

— Mais avant de partir, encore Un peu de musique; pas trop...

Pendant que Julie élabore Trois humbles verres de sirop.

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