‹ PoésiesChapitre 54 sur 59 · SUR LA PLAGE · texte numérisé non relu

SUR LA PLAGE

La pleine mer moutonne au loin sur les brisants. Dans les rocs qu'ont usés les flots et les jusants, La lame écume et bout au pied de la falaise ; Et, debout dans le vent, la jeune Granvillaise, Un bras devant les yeux, regarde à l'horizon ; Car l'équinoxe approche, et voici la saison Oîi la côte normande a le plus de naufrages ; Et les gens sont au large ; et, par ce temps d'orages. Le brave matelot auquel elle a permis De l'embrasser un soir de printemps, son promis, Est parti, ruisselant sous sa cape cirée.

264 Jeunes Filles.

Pour pêcher le hareng, dans un chasse- marée. Et pas un seul bateau n'est encor revenu ! Anxieuse, elle attend, le roc sous son pied nu, Et laisse son jupon se tordre au vent. La bise Fait saillir ses seins durs sous la cretonne bise Et palpiter aussi, blanches dans un rayon, Les ailes du bonnet qui semble un papillon. Une main sur les yeux, l'autre sur l'encolure, Elle est vraiment superbe ainsi ; sa chevelure A le reflet luisant des ailes du corbeau, Et ses yeux, en dépit du hâle de la peau Et des lourds cheveux noirs tordus comme des câbles, Ses yeux sont bleus ainsi que le chardon des sable<; Belle enfant que je vis sur la plage, un matin, Je suis las de Paris et du quartier d'Antin, Des sentiments d'album, des beautés de keepsakc. A mes amours passés qui, lorsque les dissèque Mon souvenir, s'en vont en cendres sous raesdoif ' Je préfiire le rêve heureux que je te dois, Car il m'a transporté, pendant une minute, En pleine mer, là-bas, sur la barque qui lutte, Et j'ai cru que j'étais le rude matelot Qui, pour te revenir, va profiter du flot. Oui, de ma voile au loin tu vois la silhouette;

Sur la jplage. 26$

Tu crains que ce ne soit d'abord une mouette;

Mais notre mât bientôt au soleil a relui,

Et tu sens ton cœur battre, et tu dis : « C'est bien lui ! »

Bas les voiles ! Le flux nous prend comme une épave.

J'aborde ; le galet a craqué sous l'étrave;

Et je saute dans l'eau, tout joyeux, et d'abord,

Avant que de courir au cabestan du port.

Pour haler le bateau, comme les camarades.

Je te prends par la taille et, malgré tes bourrades.

J'applique sur ton cou, dont frissonn ela chair,

Vn gros baiser salé par la brise de mer.

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