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AU MUSEE DU LOUVRE

Un jour, — pardonnez-moi ce crime,ôgrands pU^u^u Un jour, je promenais dans le Louvre, aux Antique», Mes rêves d'art intime et de modernité. Le Musée est très frais et très calme en été. Après le Carrousel torride et son asphalte, Il est doux, par les jours trop chauds, d'y faire halte ; Car la sérénité des vieux marbres d'Hellaa Rafraîchit le flâneur respectueux et las, Et lui verse dans l'âme une paix infinie.

Ce fut un jour de juin, devant la Polymnie, Que je vis cette enfant assise et copiant.

Au musée du Louvre. 267

Pauvre fille ! Elle était sur un étroit pliant,

Tenant sur ses genoux, comme sur une table,

Son carton, et souvent, d'un air inconfortable,

Se penchant de côté pour tailler son fusain.

Près d'elle j'aperçus, là, sur le banc voisin,

Son petit mantelet, vieux de plusieurs années.

Et son chapeau de paille aux brides bien fanées.

Me sembla-t-elle au moins jolie ou belle ? Non,

Mais charmante pourtant : un visage mignon,

Le teint mat, les cheveux châtains, de beaux yeux tristes

Qu'elle levait, avec l'ardeur des vrais artistes.

Sur la Muse accoudée en sa robe aux longs plis.

Au fond de ces grands yeux, d'attention remplis.

Je devinais le sort de cette jeune fille :

Elle était à coup sûr de très humble famille ;

Elle devait avoir un vieux père, je crois,

Quelque officier avec sa retraite et la croix ;

Plus de mère, puisqu'on la laissait seule au Louvre...

Et, pris par l'intérêt du roman qu'on découvre,

Mon esprit de poète errant le complétait :

Quand elle avait appris à dessiner, c'était

Afin de s'employer plus tard dans quelque école ;

Mais, conquise par l'Art qui charme et qui console.

Elle y trouvait déjà bien mieux qu'un gagne-pain.

268 Jeunes Filles.

J'entrais en scène alors sous les traits d'un rapin

Portant le large feutre et la vareuse usée,

Qui, comme elle, venait travailler au Musée

Et bientôt trouvait doux de la voir tous les jours.

Et puis j'imaginais nos timides amours.

Dans le salon carré négligeant mes copies,

Je venais dessiner la Diane de Gabies,

Près de la jeune fille au profil pur et fin.

Quelle audace il fallait pour lui parler enfin,

Un jour, en prétextant d'emprunter une estompe '

Oh ! les regards furtifs qu'il faut qu'on interrompe

Quand passe lentement l'importun visiteur !

Pourtant je finissais par plaire, avec lenteur ;

Et, bien qu'en me parlant elle fiit inquiète,

A cause du gardien dormant sur la banquette,

Elle me confiait tout, espoirs et douleurs ;

Et parfois j'apportais dans ma boîte à couleurs

Des fruits qui s'écrasaient un peu, — c'était dorams

Mais dont elle voulait bien accepter l'hommage

Et dont nous déjeunions tous deux, en partageant,

Sous la protection du regard indulgent

Des dieux grecs, qui gardaient leurs poses sculpturales

Et songeaient aux amours naïfs des pastorales.

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